Spécial Avignon par Patrick Adler
Le voyage d’Alice en Suisse
Les Lucioles - 12h05
De l'intime à l'universel, il n'y a qu'un pas que ce collectif a su franchir avec pudeur et élégance. Au moment où la loi s'apprête à être votée en France mais où les tensions subsistent, cet "accompagnement des morts3 qui met chacun devant ses responsabilités interroge. Lui faire écho au théâtre est salutaire. On se sent peut-être moins seuls. Bravo !
Alice est atteinte d'une maladie incurable. Pour alléger ses souffrances, elle fait le choix, difficile mais salutaire, de se rendre en Suisse, un des rares pays européens à pratiquer "la mort assistée". Une expression qui fait peur. Il faut savoir que même en Suisse, la bataille pour la fin de vie assistée n'est pas gagnée. il faut que la maladie des patients entre dans la norme fixée par l'Ordre des Médecins.
Le bienveillant Dr Gustav Strom en fera les frais, qui finira radié dudit Ordre. Et pourtant, Alice le dit "Depuis que je sais que ma vie est bientôt finie, je vais mieux". C'est son choix, un choix qu'on se doit d'entendre, un choix respectable, qui crée néanmoins des dommages collatéraux : la culpabilité de Lotte, la mère (émouvante et si juste Valérie Vogt) qui, hébétée, ne comprend pas. Le dernier voyage est-il si simple ? A en juger par les atermoiements de ce patient anglais qui part, revient... Rien n'est si simple.
Gustav Strom connait cela par coeur. Alice, elle, est décidée, elle a su tissu un lien - presque intime - avec Gustav, loin du déni de la mère. Pragmatique, elle a tout prévu : elle a réglé tous les papiers administratifs, acté la date de libération de l'appartement comme la clôture du compte bancaire. Elle a une souffrance invisible, qui fait qu'on ne la comprend pas forcément, comme si le fait de sortir, changer d'air était une réponse en soi. Alors, elle est seule dans sa bulle. Seul Gustav la comprend et même si cette connivence enchante Alice qui eût peut-être aimé le pousser dans ses retranchements avant de mourir, il reste professionnel jusqu'au bout.
Mise en scène avec pudeur et sobriété, la pièce n'est en rien revendicative. Elle laisse le spectateur seul juge. Tout au plus s'offre-t-elle un tour poétique avec les interventions enchantantes du musicien Charles Saint-Dizier qui, elles aussi, atténuent la douleur et les tensions. Le collectif nous offre une distribution au cordeau, sans emphase, sans surjeu, même si l'on s'amuse des interventions "appuyées" de Walter (formidable Sébastien Ventura). La sobriété d'Anne-Laure Denoyel (Alice) et de Nicolas Buchoux (Dr Strom) est remarquable.
On ressort forcément ému, voire bousculé mais quand le théâtre sait être utile, on aurait tort de s'en priver.
Le bienveillant Dr Gustav Strom en fera les frais, qui finira radié dudit Ordre. Et pourtant, Alice le dit "Depuis que je sais que ma vie est bientôt finie, je vais mieux". C'est son choix, un choix qu'on se doit d'entendre, un choix respectable, qui crée néanmoins des dommages collatéraux : la culpabilité de Lotte, la mère (émouvante et si juste Valérie Vogt) qui, hébétée, ne comprend pas. Le dernier voyage est-il si simple ? A en juger par les atermoiements de ce patient anglais qui part, revient... Rien n'est si simple.
Gustav Strom connait cela par coeur. Alice, elle, est décidée, elle a su tissu un lien - presque intime - avec Gustav, loin du déni de la mère. Pragmatique, elle a tout prévu : elle a réglé tous les papiers administratifs, acté la date de libération de l'appartement comme la clôture du compte bancaire. Elle a une souffrance invisible, qui fait qu'on ne la comprend pas forcément, comme si le fait de sortir, changer d'air était une réponse en soi. Alors, elle est seule dans sa bulle. Seul Gustav la comprend et même si cette connivence enchante Alice qui eût peut-être aimé le pousser dans ses retranchements avant de mourir, il reste professionnel jusqu'au bout.
Mise en scène avec pudeur et sobriété, la pièce n'est en rien revendicative. Elle laisse le spectateur seul juge. Tout au plus s'offre-t-elle un tour poétique avec les interventions enchantantes du musicien Charles Saint-Dizier qui, elles aussi, atténuent la douleur et les tensions. Le collectif nous offre une distribution au cordeau, sans emphase, sans surjeu, même si l'on s'amuse des interventions "appuyées" de Walter (formidable Sébastien Ventura). La sobriété d'Anne-Laure Denoyel (Alice) et de Nicolas Buchoux (Dr Strom) est remarquable.
On ressort forcément ému, voire bousculé mais quand le théâtre sait être utile, on aurait tort de s'en priver.
Plus d'informations : www.theatredeslucioles.com/le-voyage-d-alice-en-suisse
Paru le 17/07/2026




