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© Vehel Studio
Spécial Avignon par Patrick Adler
Samuel Certenais - Garçon
La Scala - 18h05

C'est quoi, être un homme aujourd'hui ? C'est la question que se, (que nous) pose Samuel Certenais, lui qui est passé par tous les processus d'identification au père et qui, depuis son séjour prolongé à l'hôpital, a radicalement changé sa manière de voir le monde. Instructif, poignant, drôle et surtout très nouveau. Coup de coeur absolu !
Ah, cette figure du père, viril, très viril ! Le "tu seras un homme, mon fils" le projette footeux, solide, mettant sous le boisseau toutes ses émotions. Et l'enfant suit. Il est fier de son papa. Il fait tout comme lui, du foot, comme lui. Le foot, ça sociabilise, le foot c'est une affaire d'hommes, de guerriers. Et quand il rapporte sa première coupe, il est la fierté de son père, lui qui en a tant glané dans sa vie. Las !

Atteint d'une ostéocondrite primitive de la hanche, le gamin se voit contraint de tout abandonner et se retrouve deux ans durant dans un centre de rééducation pour handicapés. Réapprendre à marcher, à marcher droit. Ce sont des années d'apprentissage qui, curieusement, vont le rapprocher, cette fois, de sa mère et des femmes en général avec cette question ingénue mais pas si bête : "Au fond, les femmes enceintes et les handicapés n'ont-ils pas les mêmes problèmes de mobilité ?"

S'engage alors un processus de déconstruction que Samuel nous présente avec une telle décontraction qu'on adhère. A fond. Dans un flux ininterrompu, on assiste à ses premiers émois, ses premiers baisers. Il dit tout sans ambages, sans fausse pudeur. Il est cash, c'est un jeune d'aujourd'hui, guilleret, assumé, drôlissime, avec ses failles, ses questionnements d'ado en passe de devenir homme. Et là encore, c'est une femme, Sabrina, une "latino" du centre, décomplexée et "caliente" à souhait, qui va lui faire son éducation. Ainsi, il va peu à peu balayer tous les clichés, jeter aux orties tous les tabous et s'assumer pleinement face à sa bande de potes. Samuel, c'est ce pote beau gosse au sourire étincelant qu'on rêve d'avoir car il assume tout avec joie et humour. Et plus on avance dans son histoire, plus il pousse le curseur. C'est dire s'il est taquin !

Sa féminité assumée pourrait choquer (surtout les hommes qui semblent être venus prendre un cours avec lui) mais son sourire de gamin renverse la table, tout passe avec lui, comme la brosse à dents qui lui donne ses premiers plaisirs anaux. Vous ne vous y attendiez pas, à celle-là ? For sure ! Eh bien, Samuel l'a fait. Bien sûr, il s'est longtemps questionné sur son identité sexuelle avec son goût de plus en plus prononcé pour le "féminin, les robes et les godemichés. Peut-être par peur d'être rejeté par le groupe. Un groupe, ce sont des codes, un laisser-passer pour s'intégrer. Il n'y a pas de lâcher-prise dans les groupes de mecs, on ne s'embrasse pas, sauf au foot quand on a marqué un but et pourtant "il n'y a pas plus gays que vingt footeux dans les douches des vestiaires", dixit Samuel. Mais ce rapport au corps, au toucher, est encore tabou chez les mecs. Même son meilleur ami, celui avec qui il va faire une coloc', ne connaît pas la simple étreinte amicale, alors lui demander des câlins...

Mais revenons à Sabrina, le phare dans sa nuit de questionnements : elle a réponse à tout et le libère définitivement ! Débarrassé de ses oripeaux du patriarcat, il ôte son pantalon, le tee-shirt rentré devient robe et il danse, danse, il est enfin "Princesse", libéré, délivré. Il se prend en photo et l'envoie même à sa mère, une autre "Princesse Mulan", dont il s'est beaucoup rapproché depuis l'accident.

Samuel Certenais, c'est une bouffée d'oxygène dans ce monde de brutes, c'est peut-être celui qu'on attendait au théâtre, celui qui observe que le modèle masculin a changé à travers les époques et qu'il est grand temps de se libérer, d'assumer sa part de féminité comme son identité sexuelle - il est et reste hétérosexuel -. L'homophobie aujourd'hui gagne du terrain. Il en a fait l'amère expérience en défilant dans les rues en robe. Tabassé, humilié, il a - pour la première fois - trouvé le réconfort dans l'étreinte accordée par son meilleur ami.

Quant à son père, qui a vu reproduite en grand la photo de son fils en robe, il a pu lui dire - fièrement - "je t'aime, mon fils". La reconnaissance suprême. C'est émouvant, puissant et beau. Beau comme le sourire, l'œil rieur et complice, l'auto-dérision de Samuel qui est le premier au théâtre - après Thierry Lopez dans "Ich bin Charlotte, mais là, il jouait un personnage - à aborder ce sujet. Avec lui, tout est pertinent, intelligent et drôle car on rit de bout en bout. Dirigé de main de maître(sse ?), avec grande finesse, par Noémie de Lattre, il nous délivre une leçon de liberté et d'acceptation de soi qui devrait faire école. Samuel Certenais, sans le savoir, est peut-être en passe de devenir une icône ! Il est déjà pour nous un artiste majeur, témoin et acteur de son temps ! Respect. Admiration.
Paru le 17/07/2026