Spécial Avignon par Patrick Adler
Arrabiata. Anouk Viale
Au bout là-bas - 20h45
Arrabiata, c'est un cri. Un cri de rage. Une rage qu'elle a pu enfouir pendant des années et qui ressort une heure durant, d'un seul jet. Un jet puissant, un jet orienté, réfléchi même s'il a parfois des allures de "désordonné". C'est un jet qui nourrit l'auditoire. A croire que Anouk Viale veut "nourrir sur scène". Le public, lui, a déjà faim d'elle, se nourrit de son expérience, boit ses paroles. Elle est un OTNI (un Objet Théâtral Non Identifié), elle est singulière mais elle est signifiante et surtout... magistrale !
Coup de coeur absolu !
Coup de coeur absolu !
Elle arrive en tenue de scène, toute de rouge vêtue, tendance Extravaganza. Robe de tulle rouge tomate, fanfreluches, diadème, tout est rouge chez elle, comme sa colère. Elle voit rouge, elle passe au rouge, met beaucoup de rouge à lèvres, rien ne l'arrête. Elle est kitsch, elle est pop, elle est rock. Elle est pour l'heure inclassable. Un mix de Nina Hagen et Bette Midler.
Elle nous décrypte par le menu ses années de music-hall, ses castings bidon ou elle a pu être invisibilisée, humiliée, comme dans la pub "Vache qui rit" (vous vous souvenez : "trop lourde, trop typée, trop cheap") Elle, elle est trop tout. Parce qu'elle déborde de talent. Elle sait tout faire, elle est d'une souplesse incroyable, c'est une femme-caoutchouc qui se déplie à l'envi, qui sait chanter, jouer du piano, de la trompette, vous offre un numéro de claquettes, et danse divinement.
La danse contemporaine, c'est la forme d'expression qu'elle privilégie et qu'elle maîtrise parfaitement. Mais elle maîtrise aussi le verbe. Elle est cette "gouailleuse" qui parle fort (d'aucuns diront qu'elle éructe, qu'elle vomit, comme dans ces castings où on l'a négligée après l'avoir fait attendre).
Aujourd'hui, elle n'attend plus, elle est dans l'urgence. Alors, oui, elle va la ramener sa grande gueule, elle va dire les choses, elle va s'exprimer, elle va parler pour toutes ces femmes qu'elle a connues, ces femmes qui l'ont marquée, qui l'ont "réparée" à coup de coton et mercurochrome, à coup de petits plats qui sentent bon la Méditerranée, la tomate bien rouge, le basilic, l'huile d'olive. D'ailleurs, elle a gardé ce sens de la transmission puisqu'à son tour elle répare. Elle rapièce ses habits. Tout le temps. Elle se répare aussi. Chacun son tour.
Ses séances chez la psy - un moment d'anthologie qui apporte un peu de légèreté et une vague de fraîcheur à sa colère non contenue - laissent apparaître une nana bien perchée qui en cherchant dans le dictionnaire la définition de "arrabiata" (enragé, en italien) et les clefs à sa colère, s'emmêle les pinceaux, l'appelant tour à tour arrabiata, batavia, ricotta... Anouk est irrésistible. Elle a la "vis comica". C'est une femme-clown moderne. Certes, elle peut choquer par son côté "garçon manqué" qui n'a "même pas peur" mais il y a, parallèlement à cette énergie débordante et cette auto-dérision touchante qu'elle tourne à chaque fois en burlesque, une infinie sincérité et ce goût des autres qui ne sont pas sans nous émeuvoir.
Anouk Viale, c'est la grande sœur rêvée, la bonne copine sur qui on peut compter, l'amoureuse qui doit tout donner pour peu qu'on la respecte, c'est un coeur gros comme ça, un coeur qui saigne mais qui continue de battre pour elle, pour sa survie mais surtout pour les autres. Car elle est généreuse dans le jeu, se livre comme jamais, s'offrant même quelques moments de partage avec son public.
Si vous aimez les spectacles coup-de poing, drôles, pas larmoyants pour un sou, des spectacles qui font sens, il est grand temps pour vous de rejoindre ce public chaque jour plus nombreux, de découvrir celle qui est déjà pour les initiés ... phénoménale !
Elle nous décrypte par le menu ses années de music-hall, ses castings bidon ou elle a pu être invisibilisée, humiliée, comme dans la pub "Vache qui rit" (vous vous souvenez : "trop lourde, trop typée, trop cheap") Elle, elle est trop tout. Parce qu'elle déborde de talent. Elle sait tout faire, elle est d'une souplesse incroyable, c'est une femme-caoutchouc qui se déplie à l'envi, qui sait chanter, jouer du piano, de la trompette, vous offre un numéro de claquettes, et danse divinement.
La danse contemporaine, c'est la forme d'expression qu'elle privilégie et qu'elle maîtrise parfaitement. Mais elle maîtrise aussi le verbe. Elle est cette "gouailleuse" qui parle fort (d'aucuns diront qu'elle éructe, qu'elle vomit, comme dans ces castings où on l'a négligée après l'avoir fait attendre).
Aujourd'hui, elle n'attend plus, elle est dans l'urgence. Alors, oui, elle va la ramener sa grande gueule, elle va dire les choses, elle va s'exprimer, elle va parler pour toutes ces femmes qu'elle a connues, ces femmes qui l'ont marquée, qui l'ont "réparée" à coup de coton et mercurochrome, à coup de petits plats qui sentent bon la Méditerranée, la tomate bien rouge, le basilic, l'huile d'olive. D'ailleurs, elle a gardé ce sens de la transmission puisqu'à son tour elle répare. Elle rapièce ses habits. Tout le temps. Elle se répare aussi. Chacun son tour.
Ses séances chez la psy - un moment d'anthologie qui apporte un peu de légèreté et une vague de fraîcheur à sa colère non contenue - laissent apparaître une nana bien perchée qui en cherchant dans le dictionnaire la définition de "arrabiata" (enragé, en italien) et les clefs à sa colère, s'emmêle les pinceaux, l'appelant tour à tour arrabiata, batavia, ricotta... Anouk est irrésistible. Elle a la "vis comica". C'est une femme-clown moderne. Certes, elle peut choquer par son côté "garçon manqué" qui n'a "même pas peur" mais il y a, parallèlement à cette énergie débordante et cette auto-dérision touchante qu'elle tourne à chaque fois en burlesque, une infinie sincérité et ce goût des autres qui ne sont pas sans nous émeuvoir.
Anouk Viale, c'est la grande sœur rêvée, la bonne copine sur qui on peut compter, l'amoureuse qui doit tout donner pour peu qu'on la respecte, c'est un coeur gros comme ça, un coeur qui saigne mais qui continue de battre pour elle, pour sa survie mais surtout pour les autres. Car elle est généreuse dans le jeu, se livre comme jamais, s'offrant même quelques moments de partage avec son public.
Si vous aimez les spectacles coup-de poing, drôles, pas larmoyants pour un sou, des spectacles qui font sens, il est grand temps pour vous de rejoindre ce public chaque jour plus nombreux, de découvrir celle qui est déjà pour les initiés ... phénoménale !
Plus d'informations : avignon-theatreauboutlabas.com/theatre-avignon-off/arrabbiata/
Paru le 16/07/2026




