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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
Le Procès Fouquet Au coin de la lune. 14h30
Au coin de la lune - 14h30

A ma gauche, Fouquet, surintendant "bling-bling" des finances du Roi Louis XIV, à ma droite l'austère Colbert qui finira en Premier Ministre du Roi. Sur fond d'intrigues, de corruption, cette rencontre de deux égos promet, d'autant que l'auteur Alexandre Delimoges s'est fort bien documenté. Les faits sont donc avérés. Le match peut commencer. C'est "du brutal", comme dirait Audiard.
Voltaire a tout dit de lui : "A six heures du soir, Fouquet était Roi de France, à deux heures du matin, il n'était plus rien". C'est dire la violence de la Cour.

On ne défie pas le roi avec tant de magnificence, tant de luxe. On ne s'amuse pas à épater le Roi. Crime de lèse-majesté ? Cette soirée qui se voulait mémorable trouva son pendant : la suspicion. D'où venait cet argent ? Prise illégale d'intérêts, dirait-on aujourd'hui. Fouquet a-t-il piqué dans la caisse ? Il a beau avoir le panache, l'intelligence, le verbe face au triste Colbert, il ne pourra contrer les fausses allégations (on dirait aujourd'hui "fake news") de son contradicteur, ses mensonges éhontés. "La calomnie, Monsieur, vous ne savez guère ce que vous dédaignez", eût dit Beaumarchais.

Ils portent beau tous deux quand ils arrivent sur scène en costume d'époque sur une musique de Lully. Colbert (excellent Bernard Bollet) est vêtu de noir, la couleur de l'austérité. Fouquet (convaincant Alexandre Delimoges) est plus "tendance", a un côté "fashion week" très travaillé, avec force couleurs, des dentelles et une canne à pommeau. Coté voix, la différence se prolonge. Colbert est un baryton-basse, Fouquet un ténor léger. Pour rester dans le domaine musical, Colbert est la grosse caisse et Fouquet... la cymbale. C'est dire s'ils sont en tout diamétralement opposés, y compris dans la gestuelle. A l'emphase de l'un répond la mécanique froide de l'autre.

Plus d'une heure durant, ces deux experts es/économie vont s'affronter à coup de piques bien senties dans une atmosphère de sortie de fête puisque nous sommes à Vaux, un certain 17 août 1661.
Colbert réussit ensuite à faire arrêter Fouquet à Nantes par un certain... D'Artagnan (ça devrait vous parler). Nous entrons dans le deuxième et dernier acte de la pièce. Le procès commence. Alexandre Delimoges a voulu, comme Robert Hossein jadis, interagir avec le public. Aussi, bon nombre de spectateurs se voient-ils investis de la mission de lire les témoignages de tel ou tel pendant que le procès avance.
Un procès qui n'est, à l'évidence, qu'une parodie de procès. On le voit aisément par la transposition d'habits de l'un vers l'autre. Fouquet se voit ainsi dépossédé de tous ses colifichets pour finir en oripeaux ou presque. C'est habile !
C'est surtout magistralement interprété par les deux comédiens qui, dans cette manière de polar historique, rendent le récit passionnant.

Ce "Procès Fouquet", après "Eiffel" et "Le Radeau de la méduse" s'annonce déjà comme un nouveau succès théâtral pour Alexandre Delimoges. L'écriture est, comme toujours, ciselée, la mise en scène sobre mais efficace (bravo, Robert Kiener). On apprend et on rit beaucoup car il est des passages qui ne sont pas sans rappeler le "Ridicule" de Patrice Leconte. Souhaitons-lui le même succès !
Paru le 15/07/2026