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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
L’Avare
Chêne noir - 17h

Tigran Mekhitarian a trouvé avec Molière une niche. Après l'excellent "Don Juan" au Théâtre des Brunes il y a quelques années - encensé dans nos colonnes - et le "Malade imaginaire " l'an passé, il s'est offert en même temps un petit détour par Gary et, fidélité oblige, est revenu à ses fondamentaux car Molière n'attend pas. Et c'est un "Avare" très original qui nous attend, un "Avare bandito" qui, d'emblée, refourgue sa cassette (ici, une mallette renfermant 950.000 euros en cash) à un élément du public avec la mission de ne jamais la céder. Si vous attendiez un avare perruqué vieillissant, à la voix chevrotante, passez votre chemin. L'Avare 2026 de Tigran a pris un sacré coup de jeune, il a l'arrogance et l'assurance du "Padrone", n'est en rien plaintif, plutôt madré et... armé ! On en ressort bousculés et admiratifs, une fois encore !
Le texte original a été un peu tronqué - très peu par rapport au "Malade Imaginaire", la voix urbaine s'est immiscée. L'Avare de Molière est de toutes les époques, de toutes les langues, il est "concernant" et c'est ce que va s'appliquer à rendre Tigran dans une mise en scène qui n'est pas sans rappeler Peter Brooks (pas de coulisses, tout le monde est en plateau et intervient pour jouer sa partition et transformer l'aire de jeu : un simple rectangle dessiné). Si lui a choisi de jouer Harpagon (avec un naturel confondant, il a déjà une signature vocale), sa distribution est de haute volée (il fait intervenir, entre autres, Nicolas le Bricquir, le génial créateur de "Denali", nommé aux Molières) et en bon chef de bande, il mène à la baguette (et au pistolet) les siens, tout en conservant une nonchalance mâtinée de colère. C'est un Harpagon noir que nous avons sous nos yeux, un Harpagon obsessionnel et bien amoché, un Harpagon bouffi de solitude qui ne se rassure qu'avec l'argent. Le public se régale qui devient complice et savoure l'interactivité que lui offre chacun des personnages quand il tente de récupérer la mallette dans la salle.

La pièce résonne en outre plus que jamais puisque c'est le patriarcat, la domination masculine qui sont pointés du doigts.

Rythmée par les danses, les chants, le jeu, elle se déguste sans temps mort. C'est la marque de fabrique de ce jeune metteur en scène qui n'a pas peur de s'attaquer au patrimoine théâtral et lui offre à chaque fois un éclairage nouveau, moderne, concernant. Sans doute une manière pour lui de rendre hommage au Maître. Le public ne s'y trompe pas qui débarque en nombre au Chêne noir. "L'Avare" affiche chaque jour complet. A juste raison. Bravo !
Paru le 13/07/2026