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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
Thelma, Louise et Nous
Au Théâtre des Halles à 11h

Vous avez aimé le film de Ridley Scott, devenu culte. Elles, elles l'ont découvert il y a peu et il a résonné si fort chez elles qu'elles en ont fait un objet théâtral pas banal, revigorant à souhait.
Elles, vous les avez reconnues, ce sont nos « Thelma et Louise » à nous, bien frenchies : Nolwenn Le Doth et Anna Pabst, du collectif « Le Bleu d'Armand », associées à Nicolas Bonneau qui signe le texte et la mise en scène, aidé de la géniale Fanny Chériaux pour la bande musicale. Allez, en route ! Vroom, vroom, c'est parti !
Exit l'Arkansas et le Colorado, elles vont s'adapter, d'autant qu'on a les mêmes couleurs, les mêmes ambiances dans notre bon pays. Donc... Cap sur la Bretagne et la Provence ! Roussillon, c'est un peu les canyons du Colorado, pour peu que vous enleviez les grilles, les pancartes publicitaires, les vigiles et tout le toutim. Et puis, vous connaissez leur formule, à nos Thelma et Louise : « On le dit, on le fait ! ». Alors, entre réalité et fiction, entre récits mêlés, entre leur propre road-trip, haletant, et le film, elles dressent le même constat, quarante ans après : rien n'a changé, on n'en a pas fini avec le patriarcat, la domination masculine. Elles ont pourtant la « fureur de vivre » (tiens, ça ne vous rappelle rien ?), sont prêtes à tout vivre à fond mais pas n'importe comment. Aussi, entre les vannes machistes, les allusions graveleuses et le passage à l'acte d'un blaireau aviné - l'une d'entre elles est abusée, enfin, soyons clairs, violée - la sororité entre en jeu. L'autre nana prend le flingue et tire. C'est violent ! Oui, c'est violent mais ce qui est violent pour elles, ce n'est pas tant le meurtre mais le viol. En bonnes féministes, elles ont bien ingéré le concept de « meurtre utile », peu orthodoxe, il est vrai par rapport aux lois de la Justice. C'est un peu le retour de la loi du talion. Cette violence qu'on attribue plus souvent aux hommes, elle devient pour elles légitime. Et d'ailleurs, au ball-trap, un truc de mecs auquel elles vont s'adonner un moment pour se défouler, elles vont la confisquer, se la réapproprier, cette violence.

Nolwenn Le Doth et Anna Pabst, dans cette connivence évidente et cette sincérité de jeu ont su tisser des liens entre les héroïnes du film, leur propre histoire... et nous, ce qui explique le titre « Thelma, Louise et Nous » car nous sommes concernés, le combat féministe est toujours d'actualité. Les faits sont têtus, il y a du boulot avant d'arriver à l'équilibre hommes-femmes mais cette énergie, presque joyeuse en dépit des événements dramatiques, elles la manifestent en chantant, en dansant. Leur « toto-mobile », une bagnole qui prend presque des allures d'élément de cartoon et le comptoir sont, comme dans le film, les deux pôles de l'histoire, qui occupent chaque bout de la scène, une scène qu'elles remplissent d'allégresse et de mélancolie. Comme dans la vraie vie.

Elles sont si jolies, Anna et Nolwenn, elles ont cette fougue de la jeunesse, cette appétence de vivre si communicative, aidées par les jolies compositions musicales d'Anne Sylvestre et surtout de Fanny Chériaux que le public, aimanté par leur récit, semble ne pas vouloir les lâcher. A ces militantes contemporaines au sourire éclatant, qui savent donner du sens à leur révolte par le biais du théâtre, on crie « Bravo, mille bravos ! ». Venez vite découvrir cette pépite incontournable d'Avignon, avant qu'elles n'affichent définitivement « complet ». Il est prudent de réserver. Assurément.
Paru le 10/07/2026