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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
Le vent des peupliers
Au Cadencia à 18h45

Quelle belle idée que d'avoir repris cette pièce culte de Gérard Sibleyras dont les plus anciens se souviennent déjà de la distribution : Georges Wilson, Jacques Séreys et Maurice Chevit.
Une ode poétique et cruelle à la vieillesse, au temps qui passe. Pur bonheur que trois comédiens chevronnés - et parfaits chacun dans leur rôle - vont vous faire découvrir. Alors, en route pour le Cadencia avec Patrice Chartier-Crouzet, Christophe Chêne Cailleteau, Alain Fabre, dirigés de main de maître par un ex de la Comédie Française (excusez du peu) : M. Bernard Belin.
Ils sont sympathiques, drôles, parfois cruels, nos Fernand, Gustave et René. Dans cet hospice pour anciens militaires, ils attendent sur leur terrasse et bavassent. Comme des pies joyeuses et voleuses, toujours prêtes à se voler gentiment dans les plumes façon « Catherine et Liliane ». C'est le propre des vieux qui jouent les « guette-au trou ». Ils cherchent à voir. Mais quoi ? Qu'y a-t-il dans cette antichambre de la mort ? Sans actualité, ils s'en créent régulièrement. Besoin de changement. La seule chose qui ne saurait changer c'est ce décor au loin qui les enchante, les fait se balancer au gré du vent. Ah, les peupliers !
Alors, pour combler cette soif d'ailleurs alors qu'ils sont éternellement à la même place - on ne change pas les habitudes à cet âge, pensez donc ! - ils rêvent d'une fugue. Pas en « la mineur », non une vraie fugue, où ils partiraient avec armes et bagages. Mais quid des armes ? Ils n'ont plus tiré depuis longtemps. Quant aux bagages... Arriveront-ils seulement à dépasser la grille ? De toutes façons, ils seront stoppés net dans leur entreprise. Il y a bien eu un moment émoustillant quand ils ont découvert une rangée de collégiennes. C'était à la fois drôle et touchant car du premier au dernier, ils retombaient en enfance avec les premiers émois, la pudeur des sentiments.
Dire qu'ils sont amis serait mentir mais ils se sont habitués à cette cohabitation et ne sauraient se séparer même si chacun a son petit caractère. Il n'est qu'à voir les malaises réguliers d'un des leurs pour comprendre qu'ils sont là, quoi qu'il arrive.
C'est charmant, touchant. On oscille régulièrement entre rires et émotion car les trois interprètes sont d'une sincérité troublante.

Ces tranches de vie ne sauraient vous laisser de marbre... même si c'est ce qui les attend. Et... ce qui nous attend aussi. Mais écouter et voir jouer (aussi bien) du Sibleyras prolonge la vie. Si, si, vous verrez !
Paru le 10/07/2026