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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
Les Glaces
Le 11 - 22h30

Peut-on guérir de ses blessures ? Quand le passé resurgit et vous renvoie à un viol de l'enfance, il y a de quoi être désarmé. Surtout quand les accusés restent dans le déni. Dans cette pièce "coup de poing", où Rebacca Deraspe ne porte aucun jugement, laisse juste à penser, on oscille entre larmes et colère. Prix Michel Tremblay 2023 qui récompense la meilleure œuvre dramatique au Québec, elle pose la question du consentement. Quand les femmes reprennent leurs droits, se mettent à parler, ce sont les glaces qui fondent. Brillant, magistral !
Sur scène, on joue le tout-en-un. Pas de plateaux tournants, de doubles décors. Ici, c'est la lumière qui sanctuarise le lieu comme le jeu. On passe ainsi d'un endroit à l'autre avec facilité et sans se perdre. La bande-son, très travaillée, complètera voire accentuera l'intensité dramatique. Elle devient hypnotique, tout comme l'histoire qui se déroule sous nos yeux. Une histoire... glaçante ! Noémie apprend que son fils est accusé de viol. Coup de grâce pour elle qui revoit aussitôt le film de sa vie, le viol de deux amis d'enfance. Comment faire ? Parler expose tout un chacun à un cataclysme familial, voire social. Et pourtant... Et pourtant il faut que la vérité éclate et que la justice soit rendue. Les deux hommes accusés patinent à qui mieux mieux, dans leur défense, allant jusqu'à minimiser la faute. L'un des deux, Vincent, a quitté Marianne, sa femme, s'est réfugié chez son père qui va à son tour s'interroger sur sa responsabilité de père face au semblant de remords du fils. Un semblant de remords seulement car son acolyte Sébastien considère, lui, que le silence de Noémie avait valeur d'acceptation, de consentement. En somme, il suit le vieil adage "Qui ne dit mot consent". C'est oublier la sidération de la personne abusée. Vincent ne dit mot. Pathétiques arguments, comme le désespoir qui s'abat sur le père de Vincent. Le cataclysme annoncé est en marche. Contre toute attente, la bravache et responsable Noémie prend les devants en contactant la mère de la fille violée par son fils.
La suite de l'histoire, vous la découvrirez en vous rendant au 11. C'est puissant, glaçant mais comme la justice réparatrice à laquelle on fait de plus en plus souvent appel, ça soulage un peu. Un peu seulement car le choc post-traumatique est là, puissant et ravageur. Et la parole des femmes, enfin libérée, ne masque pas pour autant leur douleur ni leur courage.
Saluons la distribution, en tous points excellente et la mise en scène léchée de Sophie Langevin qui rend la pièce...captivante !
Plus d'informations : www.11avignon.com/fr/les-glaces
Paru le 09/07/2026