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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
Encore une Marylin (mais cette fois-ci la vraie !)
Essaïon - 10h00

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Marylin - la vraie - sans jamais oser le demander. Oubliez les biographies tapageuses, les témoignages bidon, les conférences ex-cathedra des pseudo-sachants ! Sophie Forte rétablit enfin la vérité sur cette icône fabriquée, cette fausse blonde touchante via la talentueuse Alice D'Arceaux et son acolyte Guillaume Nocturne. Bienvenue à l'Hollywood de l'Essaion ! Et puis c'est tout ! Pou-pou-pidou !
Elle a fourbi ses armes, la metteuse en scène, elle y a mis les moyens : pas moins de deux grands portants qui supportent les robes de la star, une malle fourre-tout où disparaissent peu à peu habits, perruques et autres colifichets, un tabouret, une guitare, un cadre (Miroir, mon beau miroir, qui est la plus belle à Hollywood ?) et surtout deux interprètes magnifiques : Alice d'Arceaux, ô combien crédible, qui excelle aussi bien dans l'humour que dans l'émotion et Guillaume Nocturne qui, à son corps défendant - à moins que ce ne soit encore une trouvaille de la facétieuse Sophie Forte - a créé un rôle sur mesure : l'acteur-meuble. Et Dieu sait s'il y excelle, car Marylin, dont les retards sont légendaires, lui donne l'occasion de "meubler" à l'envi, souvent en musique. Facétieux à souhait, il est une I.A. à lui tout seul puisqu'il campe tous les personnages qui auront jalonné la vie de la star : de Di Maggio à Arthur Miller en passant par Yves Montand, Clark Gable et combien d'autres... Dans le cadre (qu'il doit porter, comble de tout, c'est dire si l'homme est "rentable") ou hors-cadre, il est là et ne joue pas que les utilités. Issu de l'école mythique du "Barber Shop" où il excelle une fois encore, il a appris à jouer collectif et à petits moyens.
C'est donc un biopic à la fois fantaisiste et très documenté qui nous est présenté. Sophie Forte, pour cette parenthèse Avignonnaise, a su choisir les moments-phares de la vie de cette native des Gémeaux qui comme son signe, a toujours dû composer avec ses deux facettes : Norma Jean Baker et Marylin Monroe, créature fabriquée (Marylin était le prénom le plus populaire après la 2è Guerre Mondiale et Monroe le nom de sa grand-mère). Le rendu est drôle, facétieux et très émouvant car la petite voix intérieure qui revient, comme un gimmick, dans la pièce, montre à chaque fois le revers de la médaille, la solitude de l'actrice qui se voulait Jean Harlow pour la blondeur (son modèle), a accepté de se refaire nez, menton, poitrine (alouette ? lol), a dû supporter les railleries des journalistes ("C'est de vous, ça ?", sic). Elle avait pourtant un sens aigu de la répartie : "Un baiser est une gourmandise qui ne fait pas grossir" ou "Rater à Hollywood, c'est aussi pénible que de mourir de soif dans une oasis". De cette prétendue "ravissante idiote", on oublie trop facilement qu'elle sut imposer Ella Fitzgerald au Macumbo, admirer Simone Signoret, qu'en perdant ses cheveux vers la fin de sa vie, elle dut porter des perruques. On apprend beaucoup sur Marylin. Merci qui ? Merci, Sophie ! Et... si elle obtint les faveurs du plus grand de l'époque, Arthur Miller, c'est qu'elle avait ce petit truc en plus que les autres n'ont pas, Marylin. Comme Alice D'Arceaux qui se démultiplie avec agilité dans toutes ses compositions, sait chanter et jouer avec talent. Elle est Marylin de bout en bout, drôle, touchante, parfois même bouleversante.
Une chose est sûre : on ne verra plus l'égérie d'Hollywood de la même façon et on se souviendra longtemps de Yves Montand, Arthur Miller et Clark Gable, démystifiés en un tournemain par le merveilleux clown-musicien Guillaume Nocturne qui, comme son nom ne l'indique pas, ne joue pas qu'en soirée puisque le spectacle démarre... à 10h !
Le choix de Sophie s'imposait. Marylin est plus vivante que jamais à l'Essaïon !
Paru le 09/07/2026