Spécial Avignon par Patrick Adler
Où vont les larmes quand elles sèchent ?
Théâtre des Béliers - 12h35
Les producteurs ont crié "Yes !" quand ils ont reçu les droits pour le théâtre du roman à succès de Baptiste Beaulieu. Et Régis Vallée s'est imposé comme une évidence à Lena Bréban. Oubliez le CV long comme un jour sans fin, oubliez les états de service et les multiples récompenses de ce fidèle compagnon de Michalik. Régis Vallée, à la scène comme à la ville, c'est "l'ange du sourire", la bienveillance, l'empathie et la douceur incarnées. On devrait ajouter l'humilité car il fut le premier surpris d'avoir été choisi pour ce rôle qui lui va pourtant comme un gant et qu'il incarne à la perfection. Il affiche "complet" depuis le début et pour tout le festival. Mais chacun le sait, Régis Vallée est, depuis longtemps, dans la cour des Grands !
Il déboule à la hâte, casque en main, sac à dos, avec cet éternel sourire de gamin heureux de vivre. Lui, c'est Jean (dans la pièce). Il a trente-six ans, est médecin de famille après des années aux urgences où il a vu un système à bout de souffle, un manque de moyens évident, où un enfant, faute de temps, est mort dans les bouchons avant d'avoir pu être soigné. Il en a vécu des épreuves, Jean, qui l'ont marqué, aguerri, au point de ne plus pleurer. Les larmes ne coulent plus, certes, mais le coeur saigne car l'homme n'est qu'empathie. Il n'est qu'à le voir au milieu des siens - entendez ses patients - devenus en un tournemain sa famille, ceux qu'il soigne, avec qui il prend du temps, ceux qu'il écoute, patiemment, sans jugement aucun, même quand ils déraisonnent. Ce type est une bouffée d'air pur, un exemple d'humanité, de ceux qu'on aimerait avoir pour ami car les belles âmes comme lui ne sont pas légion. Ce grand gaillard énergique qui ne lâche rien et semble s'amuser de tout porte un regard juste sur tous ces corps qui s'expriment et qui souffrent. Ces gens, il leur parle, il les touche. Avec leur consentement car s'il est le "sachant", "l'expert", c'est leur corps à eux et il leur appartient. De Josette, la féministe poilue ("elle a le poil révolutionnaire", sic) à l'atrabilaire Madame Morin et sa chaise emblématique, à Didier, Sophie, tous font corps avec ce médecin, véritable boule de douceur.
Régis Vallée n'a pour support de jeu qu'un meuble à tiroirs sur roulettes qu'il déplace à sa guise et avec lequel il s'amuse follement. De toutes ces ouvertures, il en tire qui un objet, qui un vêtement. Une planche avec un rond pré-découpé se soulève, il y passe sa tête, s'y adjoint une perruque, des boucles d'oreille. Ainsi compose-t-il ses personnages, cette galerie de patients qu'on voit défiler avec bonheur, dont on suit l'histoire. Parfois, il saisit sa guitare, entonne une chanson sur l'air de "ça va" que le public reprend à l'unisson. Car c'est aussi cela, la "touche" Breban/Vallée, cette douce interactivité qui crée du lien comme le médecin de famille sait en créer dans l'histoire.
C'est un moment rare, une parenthèse enchantée que, chaque jour, les spectateurs vivent. Il leur avait dit de patienter dans cette salle 2 des "Béliers" devenue salle d'attente imaginaire où le public est justement devenu une heure durant... sa patientèle. Ils auraient bien aimé que la consultation se poursuive car entre rires et émotion, Régis Vallée joue avec maestria sur tous les registres.
Se dire qu'il y a vingt-cinq ans déjà, avec toute la "dream team" de Michalik, il arpentait les rues d'Avignon pendant le festival avec son ukulélé et tractait avec ce sourire étincelant qui est sa marque de fabrique. De "Edmond" aux "Producteurs" en passant par "Le Porteur d'histoires" et "Peau d'homme", Régis Vallée (bien servi par Léna Bréban qui signe ici une adaptation poétique formidable du roman) fait partie de ces talents qui nous éclaboussent. Quel bonheur !
Régis Vallée n'a pour support de jeu qu'un meuble à tiroirs sur roulettes qu'il déplace à sa guise et avec lequel il s'amuse follement. De toutes ces ouvertures, il en tire qui un objet, qui un vêtement. Une planche avec un rond pré-découpé se soulève, il y passe sa tête, s'y adjoint une perruque, des boucles d'oreille. Ainsi compose-t-il ses personnages, cette galerie de patients qu'on voit défiler avec bonheur, dont on suit l'histoire. Parfois, il saisit sa guitare, entonne une chanson sur l'air de "ça va" que le public reprend à l'unisson. Car c'est aussi cela, la "touche" Breban/Vallée, cette douce interactivité qui crée du lien comme le médecin de famille sait en créer dans l'histoire.
C'est un moment rare, une parenthèse enchantée que, chaque jour, les spectateurs vivent. Il leur avait dit de patienter dans cette salle 2 des "Béliers" devenue salle d'attente imaginaire où le public est justement devenu une heure durant... sa patientèle. Ils auraient bien aimé que la consultation se poursuive car entre rires et émotion, Régis Vallée joue avec maestria sur tous les registres.
Se dire qu'il y a vingt-cinq ans déjà, avec toute la "dream team" de Michalik, il arpentait les rues d'Avignon pendant le festival avec son ukulélé et tractait avec ce sourire étincelant qui est sa marque de fabrique. De "Edmond" aux "Producteurs" en passant par "Le Porteur d'histoires" et "Peau d'homme", Régis Vallée (bien servi par Léna Bréban qui signe ici une adaptation poétique formidable du roman) fait partie de ces talents qui nous éclaboussent. Quel bonheur !
Plus d'informations : theatredesbeliers.com/spectacle/ou-vont-les-larmes-quand-elles-sechent/
Paru le 09/07/2026




