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D.R.
Spécial Avignon par Philippe Escalier
Ninie, les combats d'une génération
La Factory - 17h10

Portée par une troupe soudée, une pièce ravive la lutte pour le droit des femmes à choisir leur vie, à l'heure de la loi Veil.
À la Chapelle des Antonins, la jeune compagnie Supertrouper présente avec "Ninie, les combats d'une génération" une pièce d'émancipation qui se garde de toute leçon d'histoire. Nous sommes à Paris, en 1974, au moment où l'Assemblée débat de la loi portée par Simone Veil. Nicole, que ses proches appellent Ninie, mène avec John une vie amoureuse en apparence paisible lorsqu'un dîner entre amis vient fissurer cet équilibre. Elle y rencontre Annie, militante du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception, et découvre que vivre, c'est d'abord choisir.

Le premier mérite d'Élise Konczak, autrice du texte, est d'avoir refusé la fresque édifiante. Elle choisit l'intime, les amours et leurs déchirures, l'emprise tapie dans la tendresse, l'homophobie ordinaire qui s'insinue à voix basse. La mise en scène d'Ambre Doligez accompagne ce mouvement avec une belle sûreté. Sur un plateau presque nu, les couleurs franches des années 1970 et les chansons de l'époque ne relèvent jamais du simple clin d'œil nostalgique. Elles relancent le récit, en soutiennent l'allant, et installent ce rythme tendu où le rire n'est jamais loin de la gravité.

Et puis, il y a la troupe. C'est sans doute là que le spectacle touche le plus juste. Les six interprètes portent l'aventure avec toute leur force et leur authenticité, signe déjà très sûr d'une véritable maturité collective. Élise Konczak donne à Ninie une fêlure discrète sous l'aplomb, une manière de vaciller sans céder. À ses côtés, Éléonore Allard, Romain Debat, Malo Leclerc-Debruyne, Baptiste Pinchon et Hanna Ramey-Loby composent un ensemble remarquablement accordé. Chacun trouve sa place, sa couleur, sa nécessité. Ce que l'on admire surtout, c'est la qualité d'écoute, la générosité du jeu, l'évidence du collectif. Rien ne paraît forcé chez ces jeunes comédiens, dont on sent qu'ils ont construit le spectacle comme une aventure commune.

Ce qui frappe, au fond, c'est la manière dont la pièce fait entendre le présent à travers un passé récent. Les droits que l'on croyait assurés y retrouvent leur fragilité première, et la liberté de disposer de soi redevient ce qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être, un combat. Sans jamais hausser le ton, Ninie rappelle que l'émancipation se conquiert dans des gestes minuscules, un refus, un aveu, un départ.

Saisissant l'Histoire au plus près des corps et des choix, la pièce tient debout par la seule énergie de la jeunesse d'une bande qui avance à l'unisson. Nul doute que nous avons vu naître une troupe faite pour durer. Supertrouper, voilà bien un nom qu'il faudra retenir.
Paru le 08/07/2026