Spécial Avignon par Patrick Adler
Peines perdues
L’Oriflamme - 19h05
Une tragi-comédie écrite à quatre mains dans un théâtre "familial", c'est l'assurance d'une connivence de jeu. À découvrir.
Elle l'aura attendu son Alain. 20 ans. Elle, c'est Christine, une chic fille qui, en montant son bar il y a des années, est devenue l'âme du village, le sauvant de la déshérence. À son meilleur ami Didier, elle n'a jamais parlé d'Alain. Aussi, quand elle lui annonce qu'elle va s'installer avec lui ici, tout s'effondre chez lui. L'accusant de trahison, l'atrabilaire et jaloux Alain n'entend pas accueillir l'intrus avec les honneurs, d'autant que ledit Alain sort de vingt années de prison. Et là... c'est le pompon ! Le taulard, encore sous bracelet électronique, aura beau arguer l'erreur judiciaire, les faits sont têtus. Pour Didier comme pour le village dont il est la tête pensante, il a été condamné. Cela suffit à le discréditer à jamais, à le tuer socialement. Une bronca s'organise alors pour le chasser. Tous les moyens seront bons, y compris l'accusation d'un accident de voiture où un jeune du village est fauché. Alain a beau jeu de dire qu'il est limité dans ses déplacements avec le bracelet, l'argument est jugé irrecevable et la chasse à l'homme peut continuer. C'est alors qu'intervient Sophie, la fille de Didier, confidente de Christine. Elle porte bien son nom, Sophie. En grec, sophia, c'est la sagesse. Elle a beau être la plus jeune des quatre, c'est pourtant la plus mature, la plus conciliante aussi. Elle voit les désastres produits depuis l'arrivée d'Alain : le bar est désormais vide, les premiers tags apparaissent, une vitrine est brisée... Christine, en Mère Courage, fait front. Contre tout. Contre tous. Y compris contre Alain qui apprend qu'il y eut un coup de canif dans le contrat pendant sa détention. Pensez-donc ! Attendre vingt ans sans vivre sa vie de femme... L'affaire se corse. Vous aimeriez en savoir davantage. For sure, comme dirait l'autre. Et c'est là que, habilement, les auteurs ont glissé le coup de théâtre (attendu ?) que nous ne saurions éventer.
Il y a une belle densité dramatique et beaucoup d'humanité dans cette pièce bien ficelée et surtout bien servie : Patrick Zard est aussi convaincant qu'attachant en paysan rugueux et irascible, élevant seul sa fille. Daniel Hanssens, impeccable de rigueur, Anne Le Guernec très émouvante et Justine Grave parfaite dans le rôle.
Ce "Peines perdues" interroge tout un chacun : qui sommes-nous pour juger ? Les erreurs du passé doivent-elles nous suivre ad vitam aeternam ? Quid du pardon ? Et, question subsidiaire, dans lequel des quatre personnages nous reconnaissons-nous ?
À vous de répondre.
Il y a une belle densité dramatique et beaucoup d'humanité dans cette pièce bien ficelée et surtout bien servie : Patrick Zard est aussi convaincant qu'attachant en paysan rugueux et irascible, élevant seul sa fille. Daniel Hanssens, impeccable de rigueur, Anne Le Guernec très émouvante et Justine Grave parfaite dans le rôle.
Ce "Peines perdues" interroge tout un chacun : qui sommes-nous pour juger ? Les erreurs du passé doivent-elles nous suivre ad vitam aeternam ? Quid du pardon ? Et, question subsidiaire, dans lequel des quatre personnages nous reconnaissons-nous ?
À vous de répondre.
Plus d'informations : www.festivaloffavignon.com/spectacles/8974-peines-perdues
Paru le 08/07/2026




