Spécial Avignon par Philippe Escalier
Tout le bleu du ciel
Chêne Noir
Mikaël Chirinian porte à la scène le roman phénomène de Mélissa Da Costa.
Ce livre fait partie des quelques-uns que des millions de lecteurs ont serrés contre eux comme un talisman. Tout le bleu du ciel, paru en 2019, devenu l'un des plus vastes succès de la littérature française récente, est de ceux-là. Le porter au plateau relevait de la gageure. Mikaël Chirinian s'y est risqué, signant l'adaptation et la mise en scène d'un spectacle présenté cet été au Théâtre du Chêne Noir, dans le foisonnement du Festival Off d'Avignon.
Ce livre fait partie des quelques-uns que des millions de lecteurs ont serrés contre eux comme un talisman. Tout le bleu du ciel, paru en 2019, devenu l'un des plus vastes succès de la littérature française récente, est de ceux-là. Le porter au plateau relevait de la gageure. Mikaël Chirinian s'y est risqué, signant l'adaptation et la mise en scène d'un spectacle présenté cet été au Théâtre du Chêne Noir, dans le foisonnement du Festival Off d'Avignon.
L'argument tient dans une annonce, lancée sur internet comme une bouteille à la mer. Émile, vingt-six ans, apprend qu'un Alzheimer précoce ne lui laisse que deux années à vivre. Plutôt que d'attendre la fin entre les murs blancs d'un hôpital, il choisit de partir. Une inconnue, Joanne, répond à l'appel et accepte le marché, à une seule condition posée par le jeune homme, celle de ne jamais le ramener vers les soignants. Les voilà sur les routes, sans carte ni destination, unis par ce même désir de tout quitter.
Révélée par ce premier roman avant de confirmer, livre après livre, une place singulière dans le paysage éditorial, Mélissa Da Costa a touché un public immense en osant regarder la fragilité en face sans jamais renoncer à la lumière. Là résidait la difficulté de l'adaptation, tant l'émotion du texte naît d'une intériorité, d'un dialogue muet entre un homme qui s'efface et une femme qui se cherche. Transposer pareille matière au théâtre supposait de trouver la juste distance, ni pathos ni pudeur excessive, pour que la salle éprouve pleinement cette urgence de vivre qui donne au récit sa force. Tout autant que les applaudissements, le silence quasi religieux qui unit la salle en cette première dit assez la fascination et l'émotion partagées.
Mikaël Chirinian fait le pari de la sobriété et du mouvement. Le récit épouse la forme d'un carnet de voyage, celui qu'Émile tient au fil des kilomètres, et la scène devient l'espace mental d'un homme qui veut tout voir avant d'oublier. Les images de Mike Guermyet ouvrent des horizons, la musique de Pierre-Antoine Durand accompagne la course, les lumières de François Leneveu dessinent ces ciels changeants que le titre appelle. Rien de larmoyant dans cette traversée, car l'humour y tient sa place, la tendresse aussi, et cette lucidité désarmante des êtres qui n'ont plus rien à perdre.
Au cœur du dispositif, trois interprètes tout à fait remarquables. Audran Cattin prête à Émile sa jeunesse et cette vitalité qui refuse la résignation. Blanche Sottou compose une Joanne mystérieuse, dont le passé affleure peu à peu. Laetitia Franchetti incarne Marjorie, la sœur d'Émile, présence qui rattache le fugitif à tout ce qu'il laisse derrière lui. Ensemble, ils tissent une relation où la gravité n'exclut jamais la joie, où chaque étape rapproche de l'essentiel.
Mikaël Chirinian n'est pas un inconnu de cette maison. On l'y avait admiré la saison passée, bouleversant interprète de "La Disparition" de Josef Mengele dans la mise en scène de Benoît Giros. Il revient cette fois de l'autre côté du plateau, avec la même exigence, celle d'un artiste qui sait combien la scène peut agrandir un texte et transformer un roman intime en expérience partagée.
Que reste-t-il quand on oublie tout ? La question, posée par Émile, traverse le spectacle et déborde largement son histoire. Car "Tout le bleu du ciel" ne parle pas seulement de la maladie ni de la mort. Il parle de la manière d'habiter le temps qui nous est donné, de la beauté saisie au vol, des rencontres qui sauvent. À l'heure des écrans rois où l'on court sans plus trop regarder autour de soi, cette fable lumineuse invite à ralentir, à lever les yeux, à oser enfin.
On sort d'une telle proposition avec l'envie curieuse de vivre plus intensément. C'est peut-être là le plus beau présent qu'un spectacle puisse offrir, non pas consoler du néant, mais réveiller l'appétit du monde. À midi et quart, quand le soleil d'Avignon frappe le plus fort, le Chêne Noir offre une heure vingt de grand air que l'on vient respirer avant de retrouver le chant des cigales et tout le bleu du ciel.
Révélée par ce premier roman avant de confirmer, livre après livre, une place singulière dans le paysage éditorial, Mélissa Da Costa a touché un public immense en osant regarder la fragilité en face sans jamais renoncer à la lumière. Là résidait la difficulté de l'adaptation, tant l'émotion du texte naît d'une intériorité, d'un dialogue muet entre un homme qui s'efface et une femme qui se cherche. Transposer pareille matière au théâtre supposait de trouver la juste distance, ni pathos ni pudeur excessive, pour que la salle éprouve pleinement cette urgence de vivre qui donne au récit sa force. Tout autant que les applaudissements, le silence quasi religieux qui unit la salle en cette première dit assez la fascination et l'émotion partagées.
Mikaël Chirinian fait le pari de la sobriété et du mouvement. Le récit épouse la forme d'un carnet de voyage, celui qu'Émile tient au fil des kilomètres, et la scène devient l'espace mental d'un homme qui veut tout voir avant d'oublier. Les images de Mike Guermyet ouvrent des horizons, la musique de Pierre-Antoine Durand accompagne la course, les lumières de François Leneveu dessinent ces ciels changeants que le titre appelle. Rien de larmoyant dans cette traversée, car l'humour y tient sa place, la tendresse aussi, et cette lucidité désarmante des êtres qui n'ont plus rien à perdre.
Au cœur du dispositif, trois interprètes tout à fait remarquables. Audran Cattin prête à Émile sa jeunesse et cette vitalité qui refuse la résignation. Blanche Sottou compose une Joanne mystérieuse, dont le passé affleure peu à peu. Laetitia Franchetti incarne Marjorie, la sœur d'Émile, présence qui rattache le fugitif à tout ce qu'il laisse derrière lui. Ensemble, ils tissent une relation où la gravité n'exclut jamais la joie, où chaque étape rapproche de l'essentiel.
Mikaël Chirinian n'est pas un inconnu de cette maison. On l'y avait admiré la saison passée, bouleversant interprète de "La Disparition" de Josef Mengele dans la mise en scène de Benoît Giros. Il revient cette fois de l'autre côté du plateau, avec la même exigence, celle d'un artiste qui sait combien la scène peut agrandir un texte et transformer un roman intime en expérience partagée.
Que reste-t-il quand on oublie tout ? La question, posée par Émile, traverse le spectacle et déborde largement son histoire. Car "Tout le bleu du ciel" ne parle pas seulement de la maladie ni de la mort. Il parle de la manière d'habiter le temps qui nous est donné, de la beauté saisie au vol, des rencontres qui sauvent. À l'heure des écrans rois où l'on court sans plus trop regarder autour de soi, cette fable lumineuse invite à ralentir, à lever les yeux, à oser enfin.
On sort d'une telle proposition avec l'envie curieuse de vivre plus intensément. C'est peut-être là le plus beau présent qu'un spectacle puisse offrir, non pas consoler du néant, mais réveiller l'appétit du monde. À midi et quart, quand le soleil d'Avignon frappe le plus fort, le Chêne Noir offre une heure vingt de grand air que l'on vient respirer avant de retrouver le chant des cigales et tout le bleu du ciel.
Plus d'informations : www.chenenoir.fr/event/tout-le-bleu-du-ciel-de-melissa-da-costa/
Paru le 06/07/2026




