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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
J'ai besoin d'air. C'est pour ça que je fume.
Transversal

Comme dans tous les contes, tout commence par « Il était une fois ». Pour Clémence de Vimal, autrice et victime d'inceste, ce sera plutôt...une fois de trop ! Dans ce seule-en-scène brillant, elle témoigne sans ambages et même avec humour de son parcours personnel et de la nécessité impérieuse de parler, de mettre des mots sur les maux. Libérateur et poignant !
Sur scène, le cadre est de travers, une vieille malle ouverte trône. Des objets jonchent le sol, ils sont disproportionnés. Comme dans les contes. Bizarre. Vous avez dit bizarre ? D'autant que « tout devrait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles », eût dit Voltaire : née dans une famille « comme il faut » (pas comme ce cadre, dans lequel elle entre et sort au gré des âges), l'aristocratie catho-chic avec château et tout le toutim, on a connu pire ! Mais le rêve devient vite cauchemar quand Joël, le cousin d'Elisabeth, de dix ans son aîné, l'agresse sexuellement dans la maison de vacances. « Beaurivage », joli nom pour une villégiature. Mais quand on a cinq ans, des rêves de poupées et de peluches, quand on joue aux cartes ou aux petits chevaux, ces jeux-là sont interdits. Et le « beau rivage » donne des envies d'ailleurs. Sur scène, elle a gardé, adulte, sa robe à fleurs de petite fille. Une robe qui perd progressivement ses manches, se raccourcit, comme si sa vie partait en lambeaux. Le temps qui passe n'a rien effacé. Que dire ? Faut-il simplement dire les choses ? Le simple fait d'y penser est un sujet. Veut-on la dislocation du bloc familial ? Dans cette épreuve, les fratries s'affrontent. Joêl, biberonné au patriarcat, ne voit pas la faute. Elisabeth en revanche, est marquée. A vie. (« Tu seras habitée toute ta vie par l'invisible mais il te faudra traverser les ténèbres pour le savoir », sic). Entre l'addiction à la clope, l'anorexie, elle souffre. Elle veut le pardon du cousin. Qui s'y refuse. Alors, la demande personnelle devient démarche judiciaire. L'honneur de la famille est bafoué mais, contre vents et marées, la mère d'Elisabeth affiche un soutien sans faille à sa fille. Même le décès du grand-père, qui voit toute la famille se réunir et faire front, n'empêchera pas que ces agressions répétées du cousin soient enfin nommées : ce sont des viols ! Joël est donc un violeur.
Clémence de Vimal aura consigné pendant des années ses impressions, son ressenti sur des petits carnets, elle aura prié Jésus, puis la Justice pour qu'enfin la vérité éclate. Au grand jour. Un long travail de résilience a pris place. Est-elle capable d'aimer ? Trouvera-t-elle l'amour et la quiétude au quotidien ? Joyeuse, elle danse, son corps parle. Elle est libérée. Ou presque. Mais elle a parlé. Pour elle. Pour celles qui vont suivre. C'est salutaire.
L'exercice était difficile mais, en jouant seize personnages, en gérant écriture, mise en scène, en étant au centre du jeu - et quel jeu époustouflant d'énergie et d'émotion ! - elle s'est pris un grand bol d'air. Exit la cigarette ? Une chose est sûre : elle s'est retrouvée. Et le public, émerveillé et touché par cet ascenseur émotionnel, l'a découverte. Pépite !
Plus d'informations : theatretransversal.com/?page_id=133
Paru le 06/07/2026