Spécial Avignon par Patrick Adler
Louison et Monsieur Molière
Petit Louvre
Depuis trente ans, le "Mois Molière", initié par le maire François de Mazières, voit sa ville - Versailles - se transformer en une gigantesque scène qui, chaque année, se prolonge même en Avignon pendant le festival. "Louison et M. Molière" est la première de ces pépites, après avoir eu l'honneur d'être "Spectacle d'ouverture" à Versailles. Une double réussite !
Elle est habile, inventive en diable, cette jeune metteuse en scène Axelle Masliah qui, en choisissant l'esprit et la forme du théâtre de tréteaux, a su adapter avec brio le roman de Marie-Christine Helgerson. La scénographie y est pour beaucoup. Dans ce jeu d'éléments escamotables, où les ouvertures se multiplient, le mouvement s'accélère, les comédiens apparaissent, disparaissent, des rideaux sont tirés - ah, c'était une chambre -, des fenêtres apparaissent, on change à vue de lieu, de scène. On s'y perd parfois mais c'est ô combien jouissif et entraînant. Le public ne s'y trompe pas qui, venu en nombre, est avant tout familial, comme à Versailles. Il va assister à l'irrésistible ascension de Louison - exceptionnelle Marjorie Dubus, déjà repérée dans "Les liaisons dangereuses", mis en scène par Arnaud Denis - qui voit sa petite famille de comédiens lyonnais débarquer à Paris pour intégrer la troupe de M. Molière. Elle voudrait bien en être, elle aussi mais il lui faut attendre. D'autant que sa mère, aux accents de "marâtre", ne voit pas d'un bon œil ce caprice d'enfant. "Dur, dur d'être un bébé", chantait Jordy mais quand on croit à son destin, tous les moyens sont bons pour se faire remarquer, "faire le singe" comme on dit, et quand on a la souplesse et la "vis comica" de Louison, on ne saurait tromper l'œil affuté du directeur du Théâtre Royal qui, lui, va vite déceler la pépite ("Il en faut du talent pour imiter un singe", dit-il). Il se souviendra quelques années après de ce "happening" inattendu sous la table. Entre -temps, la petite aura fait ses "humanités" aux Ursulines, dont elle sera chassée quand elle déclarera vouloir embrasser la carrière de comédienne, comme sa mère. Blasphème suprême puisque les acteurs étaient alors assimilés à des amuseurs de foire et, sans respect aucun, jetés dans la fosse commune à leur mort. Si ce sont "la voix et l'allure qui comptent", Louison, qui n'a jamais abandonné ce rêve de ressembler à sa mère et trouve réconfort auprès de son "petit papa chéri" et de sa douce servante Frosine, va connaître une longue période d'apprentissage. Elle va travailler sans relâche. D'autant qu'elle sait déjà lire couramment et qu'elle a quelques aptitudes à se mouvoir sur scène. Ainsi, la chrysalide va progressivement se muer en papillon et accéder à son quart d'heure de gloire warholien en interprétant... Louison, la petite fille du Malade Imaginaire. Las, M. Molière mourra et Louison connaîtra quelques déboires avant de reprendre le métier et devenir la 35è sociétaire de la Comédie-Française. Entre tragi-comédie (la mort de son père spirituel) et conte de fées (retour de l'amour filial et le partage de l'affiche avec ses parents), Louison connaît les affres de l'enfance, ses désillusions, ses échecs que son impétuosité, son énergie aideront à surmonter. "Je ne suis plus un singe", conclue-t-elle. Elle s'est révélée. Le public est béat d'admiration face à une telle performance.
On vit l'histoire comme une épopée. Le rythme est soutenu, tempéré parfois par le chant d'Axelle Masliah qui campe tour à tour Madeleine et Armande Béjart. Chez les parents, Damien Jouillerot est un "papa chéri" aussi truculent qu'émouvant, Louise Rebillaud, une mère tour à tour garce, cabotine et tendre, en tout cas très convaincante, comme la tendre Frosine que campe Valérie de Monza et l'incontournable Emmanuel Lemire en M.Molière. Courez-y... en famille ! Les enfants sont émerveillés. Tous ces costumes d'époque, pensez-donc !
Vous allez vivre un moment délicieux et... élégant !
On vit l'histoire comme une épopée. Le rythme est soutenu, tempéré parfois par le chant d'Axelle Masliah qui campe tour à tour Madeleine et Armande Béjart. Chez les parents, Damien Jouillerot est un "papa chéri" aussi truculent qu'émouvant, Louise Rebillaud, une mère tour à tour garce, cabotine et tendre, en tout cas très convaincante, comme la tendre Frosine que campe Valérie de Monza et l'incontournable Emmanuel Lemire en M.Molière. Courez-y... en famille ! Les enfants sont émerveillés. Tous ces costumes d'époque, pensez-donc !
Vous allez vivre un moment délicieux et... élégant !
Plus d'informations : theatre-petit-louvre.fr/avignon/pl26-louison-et-monsieur-moliere/
Paru le 05/07/2026




