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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
Le silence de Claire Lagrange
Théâtre des Doms à 12h30

Si du silence on dit qu'il est d'or, il intrigue, interroge, émeut. Céline Delbecq, par le truchement des objets, a choisi de nous raconter une histoire, celle de Claire, dont le silence oppressant est nécessaire à sa résilience, à sa reconstruction. A partir d'un décor en miniature et des personnages « Playmobil » posés sur un plateau, manipulés par Isabelle Darras et projetés sur un écran, elle va donner vie à l'ensemble, se faisant à la fois autrice, metteure en scène et comédienne. Elle va ainsi raconter l'histoire, camper chaque personnage. En optant pour un « théâtre d'objets », elle offre une dimension poétique et un rythme évolutif. C'est brillant, original, pas forcément accessible à tout un chacun mais le travail est remarquable tant par l'écriture que par le jeu.
Claire est en guerre, elle veut sauver le monde. Depuis toute petite, elle est « visitée ». Dans cet univers psychiatrique blanc et vide où une fissure apparait, où la forêt étouffe, elle dessine, à coté de pensionnaires comme Sylvia et Jean qui, forcément, s'interrogent.
Que signifie ce poisson à écailles et bulles d'air ? Est-il la symbolique de l'exutoire de Claire ? Ces bulles d'air sont-elles un sas de récupération, un espoir face à la forêt oppressante?

Comme dans un jeu de piste, on avance à pas feutrés, on glane çà et là les éléments qui peu à peu lèvent le voile sur Claire. Claire chante. Pourquoi chante-t-elle ? Entre la directrice qui ne jure que par les chiffres, qui compte, et Claire qui se réfugie dans un conte, il y a un gap et une communication impossible. Si, médicalement, on l'a fait revenir au calme (sic), la colère est là, qui gronde, comme l'orage, comme le vent qui s'infiltre dans la fissure de la fenêtre qu'on a voulu colmater mais qui a fini par s'ouvrir à nouveau. L'orage, c'est la guerre.

Dans son silence, si on veut bien suivre son cheminement, si on est attentif aux détails qui s'ajoutent à chaque fois jusqu'à l'exposition finale du tableau figurant ce poisson original qui fait sens avec son prénom : Claire, on finit par se dire que ce silence-là, oui, il est d'or. Pour toutes ces émotions-là, pour cette inventivité folle dans les méandres de la psyché de Claire, faisons un instant taire les mots et écoutons ce « Silence de Claire Lagrange » avec recueillement.
Paru le 03/07/2026