Spécial Avignon par Patrick Adler
La plaidoirie des forêts
Au Buffon à 14h45
"On avance, on avance, on n'a pas assez d'essenceS...".
En détournant ce standard de Souchon, vieux de plus de 40 ans, on s'aperçoit d'emblée que l'appel de Françoise Cadol et Remi Bichet comme de l'association « A.R.B.R.E.S » qui les a soutenus est plus que jamais d'actualité. Ces essences en question sont gage de survie. Les détruire, comme on le fait en Amazonie - le poumon de la terre - ou récemment à Paris, chez Plumeau, avec l'emblématique glycine centenaire, nous conduit à notre propre destruction. Aussi, dans le procès qui va se dérouler sous nos yeux et qui prend des allures d'un combat à la « David contre Goliath », c'est un plaidoyer pour l'héritage, la transmission, le vivant, qu'on va suivre, comme aimantés, par cette réflexion écologique qui nous fait naviguer entre le réel et l'imaginaire, entre le conte et le factuel, entre la gravité et l'humour. Une totale réussite !
En détournant ce standard de Souchon, vieux de plus de 40 ans, on s'aperçoit d'emblée que l'appel de Françoise Cadol et Remi Bichet comme de l'association « A.R.B.R.E.S » qui les a soutenus est plus que jamais d'actualité. Ces essences en question sont gage de survie. Les détruire, comme on le fait en Amazonie - le poumon de la terre - ou récemment à Paris, chez Plumeau, avec l'emblématique glycine centenaire, nous conduit à notre propre destruction. Aussi, dans le procès qui va se dérouler sous nos yeux et qui prend des allures d'un combat à la « David contre Goliath », c'est un plaidoyer pour l'héritage, la transmission, le vivant, qu'on va suivre, comme aimantés, par cette réflexion écologique qui nous fait naviguer entre le réel et l'imaginaire, entre le conte et le factuel, entre la gravité et l'humour. Une totale réussite !
L'arbre a 400 ans, il va, il doit être détruit. Dixit l'avocat de la partie civile, qui entend défendre l'entreprise Gaïa Moderne, vandalisée par « Les veilleurs de l'Argoat » qui sont une entrave au projet immobilier pharaonique qui entend créer emplois, richesses, progrès et tout le toutim. On connait la vieille antienne capitaliste. Simple bataille des Anciens et des Modernes ? Que nenni ! L'affaire est bien plus subtile, surtout quand elle est défendue par deux avocats qui vont aller jusqu'à convoquer le passé et ses légendes, l'histoire de l'arbre, faisant de lui le gardien de la mémoire, l'essence même du vivre-ensemble.
"On avance, on avance, on n'a pas assez d'essenceS".
Ce chêne quadri-centenaire est né d'un gland planté par une petite fille accusée, comme sa famille, de sorcellerie, au motif qu'elle "murmurerait au lobe des plantes". Manière d'allégorie face à tous ceux qui défendent aujourd'hui le vivant et sont taxés de vandalisme, considérés comme parias.
Et si le chêne avait des pouvoirs insoupçonnés ? On ne dit jamais assez l'importance des racines. Celles qui se transmettent par voie orale, de génération en génération. C'est cette tradition orale qui va servir d'appui à l'avocate de la défense qui, si elle apparaît un brin décalée voire perchée (divine Françoise Cadol, aussi lumineuse que drôle et convaincante) par rapport à son collègue aussi rationnel que passionné (formidable Rémi Bichet), ne craint pas d'affronter l'avocat de la partie civile (impérial Bernard Lanneau) qui, tel la statue du Commandeur, en impose par son discours construit, son ton martial et son œil coquin de vieux renard des Cours de Justice.
Tout se joue dans un tribunal (imaginaire) où la scénographe Pauline Gallot utilise pour l'action présente les éléments modulables, essentiels à la plaidoirie, soit deux pupitres et pour le conte, des vidéos projetées sur de longues toiles tendues avec, tout au long du procès l'intervention en temps réel du storyboarder Amaury Brumaud qui donne une dimension poétique à l'ensemble, allant jusqu'à faire de l'arbre le quatrième personnage de la pièce.
Et... Comme l'arbre cache la forêt c'est, avec sa palette graphique, tout le tribunal qui se voit progressivement végétalisé, manière symbolique de célébrer la victoire de la nature, qui enthousiasmerait l'écrivaine québécoise Margaret Atwood (cf « Surfacing »).
Vous l'aurez compris - et, par délicatesse, nous ne "spolierons pas la fin" - on navigue entre politique et poésie, entre conte et réel, mais cette pièce interroge, elle est nécessaire, voire indispensable aujourd'hui. Et plus que jamais. Comment peut-on y rester indifférent ?
D'autant que les trois magnifiques acteurs sont à eux trois le fleuron du doublage. Vous ne le saviez pas ? Quelles voix ! Vous allez donc pouvoir, au plaisir des yeux, ajouter celui des oreilles. Courez voir cette pépite, elle est signée Françoise Cadol et Remi Bichet, est remarquable d'intelligence, d'écriture et de jeu, est richement documentée, ce qui devrait vous faire avancer. Car "On avance, on avance mais... on n'a toujours pas assez d'essenceS" !
"On avance, on avance, on n'a pas assez d'essenceS".
Ce chêne quadri-centenaire est né d'un gland planté par une petite fille accusée, comme sa famille, de sorcellerie, au motif qu'elle "murmurerait au lobe des plantes". Manière d'allégorie face à tous ceux qui défendent aujourd'hui le vivant et sont taxés de vandalisme, considérés comme parias.
Et si le chêne avait des pouvoirs insoupçonnés ? On ne dit jamais assez l'importance des racines. Celles qui se transmettent par voie orale, de génération en génération. C'est cette tradition orale qui va servir d'appui à l'avocate de la défense qui, si elle apparaît un brin décalée voire perchée (divine Françoise Cadol, aussi lumineuse que drôle et convaincante) par rapport à son collègue aussi rationnel que passionné (formidable Rémi Bichet), ne craint pas d'affronter l'avocat de la partie civile (impérial Bernard Lanneau) qui, tel la statue du Commandeur, en impose par son discours construit, son ton martial et son œil coquin de vieux renard des Cours de Justice.
Tout se joue dans un tribunal (imaginaire) où la scénographe Pauline Gallot utilise pour l'action présente les éléments modulables, essentiels à la plaidoirie, soit deux pupitres et pour le conte, des vidéos projetées sur de longues toiles tendues avec, tout au long du procès l'intervention en temps réel du storyboarder Amaury Brumaud qui donne une dimension poétique à l'ensemble, allant jusqu'à faire de l'arbre le quatrième personnage de la pièce.
Et... Comme l'arbre cache la forêt c'est, avec sa palette graphique, tout le tribunal qui se voit progressivement végétalisé, manière symbolique de célébrer la victoire de la nature, qui enthousiasmerait l'écrivaine québécoise Margaret Atwood (cf « Surfacing »).
Vous l'aurez compris - et, par délicatesse, nous ne "spolierons pas la fin" - on navigue entre politique et poésie, entre conte et réel, mais cette pièce interroge, elle est nécessaire, voire indispensable aujourd'hui. Et plus que jamais. Comment peut-on y rester indifférent ?
D'autant que les trois magnifiques acteurs sont à eux trois le fleuron du doublage. Vous ne le saviez pas ? Quelles voix ! Vous allez donc pouvoir, au plaisir des yeux, ajouter celui des oreilles. Courez voir cette pépite, elle est signée Françoise Cadol et Remi Bichet, est remarquable d'intelligence, d'écriture et de jeu, est richement documentée, ce qui devrait vous faire avancer. Car "On avance, on avance mais... on n'a toujours pas assez d'essenceS" !
Plus d'informations : www.luna-theatres.fr/spectacle/la-plaidoirie-des-forets
Paru le 03/07/2026




