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© Vincent Berenger
Zoom par Jeanne Hoffstetter
C’est si simple l'amour
Théâtre de l’Atelier

Soirée de première triomphale pour Alma et Robert, couple dans la vie comme sur scène. Dans l'euphorie et pour prolonger la fête, ils reçoivent chez eux Hedda, amie comédienne sur la touche appartenant à la même Compagnie, et Jonas son mari psychologue.
"Miroir, mon beau miroir...". Celui que nous tend Lars Lorèn en nous conviant à cette soirée n'est guère flatteur et nous ne sommes pas, loin s'en faut, les plus beaux en ce monde.
Tout en parlant de la représentation qui vient d'avoir lieu au théâtre, comme dans une sorte d'abyme, les amis sont aussi en représentation les uns vis-à-vis des autres. C'est qu'entre autres vicissitudes, le bonheur ne se porte pas si large qu'il y parait au sein de ces deux couples.
Alors au diable l'hypocrisie, cessez cette comédie, ôtez les masques et regardez-vous nous dit l'auteur. Si ce n'était tragique, ça en deviendrait comique. Ça en devient comique.

Retour à la soirée. Allez buvons un coup, buvons-en deux et "merde" aux conventions, oh pardon ! Commencée dans la joie et l'amitié, l'alcool aidant fait peu à peu de cette soirée un cauchemar. Car oui, entre le bien et le mal, le blanc et le noir, le vrai et le faux, le théâtre qu'est la vie et celui auquel les comédiens nous invitent, il y a nous et nos paradoxes, nos turpitudes...
Qu'il est violent ce miroir si bavard que nous tend Lars Lorèn ! Mais qu'il est jouissif aussi à travers son humour plus noir que noir.
Charles Berling (qui joue également, entouré de Caroline Proust, Bérengère Warluzel et Alain Fromager) a tiré du texte de "cet orfèvre du dialogue", la substantifique moelle en installant quelques spectateurs sur scène, assis dans ce salon, lesquels se demandent si ce qui se joue là devant eux est du lard ou de cochon, si les comédiens qui les frôlent, s'adressent à eux parfois, se déchirent vraiment ou s'amusent.

Parce qu'il s'extrait des modes de communication modernes, le théâtre est plus que jamais important, raison pour laquelle le metteur en scène nous invite ici à un retour aux principes fondamentaux de l'art théâtral, dans un décor sans fioritures mettant en relief l'échange humain et le jeu des acteurs dans un registre difficile. Gageons qu'après la tournée en province, Paris accueillera avec le même intérêt ce pari ambitieux qu'a choisi Charles Berling en produisant, jouant et montant simultanément deux pièces* de Lars Lorèn datant des années 90. Deux pièces qui grattent, jouées sur le fil, auxquelles il voulait se frotter depuis longtemps, deux pièces opportunes dans le monde binaire auquel nous appartenons aujourd'hui. "Mais chaque représentation est à gagner parce que c'est un drôle de combat avec le vide, avec la grâce, avec la violence et avec le tragique."
* Lost and found, également au théâtre de l'Atelier.
Paru le 26/05/2026

(7 notes)
C'EST SI SIMPLE L’AMOUR - DIPTYQUE LARS NORÉN
THÉÂTRE DE L'ATELIER
Jusqu'au mercredi 1 juillet

THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Charles Berling a choisi de mettre en scène deux huis clos inédits – C’est si simple l’amour et Lost and Found – aux dialogues rigoureux et aux non-dits implacables de l’un des plus grands dramaturges du XXe siècle, le suédois Lars Norén. Soirée de première dans un théâtre. Les rôles principaux de...

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