Zoom par Patrick Adler
Nage libre
Studio Hébertot
L'équipe du Studio Hébertot doit nager dans le bonheur depuis l'arrivée de Jean-Pierre Hané. Sa programmation éclectique et de très belle facture voit le public affluer de nouveau. Après "La sœur de Shakespeare", "Mentor" et autres joyeusetés, c'est une nouvelle pépite qui s'offre à nous : "Nage libre", tirée d'une histoire vraie, celle de trois nageuses juives, chassées par le nazisme, revenues cinquante-neuf ans après à Vienne pour se voir restituer leurs médailles respectives. Cette pièce, portée par trois remarquables comédiennes (Francine Bergé, Bernadette Le Saché et Flore Lefebvre des Noëttes), est un petit chef-d'œuvre.
Pour les besoins de la pièce, les noms ont été volontairement changés mais sous Rachel, Hannah et Esther on reconnait Ruth Langer, Judith Deutsch et Lucie Goldner, les trois héroïques championnes qui ont eu le cran de refuser de participer aux Jeux olympiques de 1936.
Elles reviennent toutes d'un exil forcé et très long, l'une de Buenos Aires, l'autre de New York et la dernière de Tel Aviv. Ces retrouvailles dans un cabaret Viennois vont leur permettre d'évoquer des souvenirs et de retrouver le bon vieux temps du club Hakoah ("la force", en hébreu), un club rendu célèbre par ses exploits sur deux disciplines : la natation et le football. La réflexion est douce-amère, il y a de la nostalgie, de l'amertume mais aussi le bonheur de savourer cette parenthèse enchantée, cette intimité retrouvée, de rattraper le temps perdu, de s'accorder une nouvelle jeunesse. Leur corps, à l'image de la ville, a changé mais elles le célèbrent avec poésie et bonheur car ce corps a été leur arme, leur émancipation, leur charme. En se remémorant aujourd'hui les grands moments qui ont jalonné leur vie, leurs records sportifs, bien sûr mais aussi leurs conquêtes sentimentales, les trois vieilles dames rient à gorge déployées et cette fraîcheur, cet humour mêlé d'ironie offre avant la cérémonie annoncée un parfum de comédie. C'est pétillant et frais comme le champagne qu'elles commandent à M. Lust, que campe le merveilleux Nicolas Struve. Curieux nom pour ce personnage un brin maléfique (die Lust, c'est "le plaisir" en allemand). Ce M. Lust est directeur du cabaret "Die Hölle" (traduisez "l'enfer"). Engoncé dans sa livrée, devenu entre-temps conseiller municipal de Vienne, il accumule les bourdes et représente les vestiges d'une ville qui semble avoir gardé ce petit antisémitisme ordinaire et fait excuse au temps sur l'air de "Ça ira mieux demain".
La cérémonie sans pompe, sans officiels, est également à l'image de la ville : légère, très légère, trop légère. Les dames apprécieront. On n'effacera pas les blessures, l'affront faite à ces femmes guerrières, mais à l'heure où l'on parle de réconciliation, où l'Autriche entre dans la Communauté Européenne, toutes y trouveront leur compte. Un peu. Hanna pourra enfin voter, Rachel savourer sa médaille et Esther transmettre son histoire à Lou, sa petite-fille.
Dans ce mélange réussi du passé et du présent, de la petite histoire et de la Grande Histoire, sur fond de musiques aussi inspirées qu'inspirantes d'Érik Slabiak, Lisa Wurmser, autrice et metteur en scène, nous offre un moment d'une rare intensité et d'une élégance folle. C'est profond, puissant, émouvant et beau et surtout merveilleusement servi par ce quatuor de haut vol ! C'est au Studio Hébertot et nulle part ailleurs.
Elles reviennent toutes d'un exil forcé et très long, l'une de Buenos Aires, l'autre de New York et la dernière de Tel Aviv. Ces retrouvailles dans un cabaret Viennois vont leur permettre d'évoquer des souvenirs et de retrouver le bon vieux temps du club Hakoah ("la force", en hébreu), un club rendu célèbre par ses exploits sur deux disciplines : la natation et le football. La réflexion est douce-amère, il y a de la nostalgie, de l'amertume mais aussi le bonheur de savourer cette parenthèse enchantée, cette intimité retrouvée, de rattraper le temps perdu, de s'accorder une nouvelle jeunesse. Leur corps, à l'image de la ville, a changé mais elles le célèbrent avec poésie et bonheur car ce corps a été leur arme, leur émancipation, leur charme. En se remémorant aujourd'hui les grands moments qui ont jalonné leur vie, leurs records sportifs, bien sûr mais aussi leurs conquêtes sentimentales, les trois vieilles dames rient à gorge déployées et cette fraîcheur, cet humour mêlé d'ironie offre avant la cérémonie annoncée un parfum de comédie. C'est pétillant et frais comme le champagne qu'elles commandent à M. Lust, que campe le merveilleux Nicolas Struve. Curieux nom pour ce personnage un brin maléfique (die Lust, c'est "le plaisir" en allemand). Ce M. Lust est directeur du cabaret "Die Hölle" (traduisez "l'enfer"). Engoncé dans sa livrée, devenu entre-temps conseiller municipal de Vienne, il accumule les bourdes et représente les vestiges d'une ville qui semble avoir gardé ce petit antisémitisme ordinaire et fait excuse au temps sur l'air de "Ça ira mieux demain".
La cérémonie sans pompe, sans officiels, est également à l'image de la ville : légère, très légère, trop légère. Les dames apprécieront. On n'effacera pas les blessures, l'affront faite à ces femmes guerrières, mais à l'heure où l'on parle de réconciliation, où l'Autriche entre dans la Communauté Européenne, toutes y trouveront leur compte. Un peu. Hanna pourra enfin voter, Rachel savourer sa médaille et Esther transmettre son histoire à Lou, sa petite-fille.
Dans ce mélange réussi du passé et du présent, de la petite histoire et de la Grande Histoire, sur fond de musiques aussi inspirées qu'inspirantes d'Érik Slabiak, Lisa Wurmser, autrice et metteur en scène, nous offre un moment d'une rare intensité et d'une élégance folle. C'est profond, puissant, émouvant et beau et surtout merveilleusement servi par ce quatuor de haut vol ! C'est au Studio Hébertot et nulle part ailleurs.
Paru le 18/05/2026
(8 notes) STUDIO HÉBERTOT Jusqu'au dimanche 31 mai
THÉÂTRE MUSICAL. Inspirée d’une histoire vraie, Nage Libre éclaire le destin de trois nageuses juives autrichiennes du célèbre club Hakoah, destituées de leurs titres après avoir refusé de participer aux Jeux Olympiques de 1936. Forcées à l’exil, elles se retrouvent en 1995, invitées par la ville de Vienne. Rachel...
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