Zoom par Patrick Adler
Arrête avec tes mensonges
Belleville
Philippe Besson, auteur à succès, a souvent vu ses livres adaptés au cinéma, plus rarement au théâtre, exception faite du "Garçon d'Italie", repris il y a peu au Studio Hébertot. Avec "Arrête avec tes mensonges", le jeune metteur en scène, Valentin Nerdenne, qui est aussi danseur et comédien, revisite l'œuvre en version disco. Décoiffant !
Il y a le texte, bien sûr, émouvant et pudique, comme toujours chez Besson. Et il y a l'histoire, celle d'une rencontre imprévue, de celles qui font date dans une vie, de celles dont on ne se détache jamais. Entre Thomas l'adolescent taiseux et viril, tiraillé entre désir et engagement et Philippe, le fort en thème malingre, l'amoureux transi, ce sont deux mondes diamétralement opposés. L'un est fils de paysan, l'autre fils d'instit. C'est comme le rat des villes et le rat des champs. Mais les corps parlent et, après les premiers ébats en cachette derrière le gymnase, la chambre de Philippe, libérée, devient dans son petit bordel ambiant, le cabinet des curiosités sensuelles. Il y a les maladresses des débuts, l'émoi suscité par la passion naissante, que la chorégraphie, tantôt douce, tantôt violente, va sublimer sur des airs allant de Gloria Gaynor à Bronski Beat. Et c'est là toute l'originalité de la mise en scène aux accents "queer" qui fait de ce lieu intime, de ce refuge amoureux, un cabaret flamboyant avec la présence onirique d'une "conscience" (manière de pendant "Extravaganza" de Philippe) aux talons compensés, à la combi fuchsia, enguirlandée comme un sapin avec une couronne en forme de lustre à pampilles. Après la passion, la parenthèse enchantée, vient le temps, brutal, de la séparation. Elle devait être de courte durée. Elle perdure. Indéfiniment. Le silence s'installe avec ce parfum de mélancolie qui s'estompera un temps avec l'arrivé - tout aussi inopinée, des années après - de Corentin, le fils de Thomas, les premières nouvelles, la remise d'une lettre et les mots... qu'on n'attendait plus. Sur fond de pop-music, de rythmes planants reste ce sentiment d'inachevé, d'inaccompli, donnant presque raison à la formule "Les histoires d'amour finissent mal, en général".
C'est bouleversant mais jamais plombant, magnifiquement servi par un quatuor de belle facture (Thomas Laurent, Corentin Etienne et la lumineuse Anne-Laure Ségla), tous dirigés par Valentin Nerdenne. Les paillettes et les lumières de Téné Niakaté et Coline Thuissard comme la création de Greg Bette ajoutent à la délicatesse des mots, aux regards gênés, à la violence sourde des conventions sociales énoncées, une note esthétisante très bénéfique qui rend la pièce douce et presque... joyeuse. Valentin Nerdenne nous offre là une relecture très intéressante de l'œuvre de Philippe Besson, sans jamais la trahir, juste en laissant sortir de nouvelles couleurs de son nuancier personnel.
C'est bouleversant mais jamais plombant, magnifiquement servi par un quatuor de belle facture (Thomas Laurent, Corentin Etienne et la lumineuse Anne-Laure Ségla), tous dirigés par Valentin Nerdenne. Les paillettes et les lumières de Téné Niakaté et Coline Thuissard comme la création de Greg Bette ajoutent à la délicatesse des mots, aux regards gênés, à la violence sourde des conventions sociales énoncées, une note esthétisante très bénéfique qui rend la pièce douce et presque... joyeuse. Valentin Nerdenne nous offre là une relecture très intéressante de l'œuvre de Philippe Besson, sans jamais la trahir, juste en laissant sortir de nouvelles couleurs de son nuancier personnel.
Paru le 13/05/2026
(4 notes) THÉÂTRE DE BELLEVILLE Jusqu'au samedi 30 mai
THÉÂTRE CONTEMPORAIN à partir de 12 ans. Arrête avec tes mensonges c’est le souvenir de terminale de Philippe. Il vit à Barbezieux et va au même lycée que Thomas. Les deux garçons n’ont rien en commun, ils ne se sont jamais parlés. Pourtant, un jour de décembre, Thomas donne rendez-vous à Philippe. De cette première rencontre naîtra une ...
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