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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Être ou ne pas être
Aux Gémeaux Parisiens - Festival SenS (Seul(e)s en Scène)

Enfant de la balle, lui se destinait plutôt au ballon rond. Et puis, il y eut à l'adolescence cette double fracture, ces huit mois d'immobilisation et cette décision brutale mais réfléchie et salutaire : il ne foulera plus la pelouse des stades mais... la scène des théâtres. En arborant ce sourire permanent, on se dit que le petit William n'a eu aucun mal à faire contre mauvaise fortune bon coeur, à ne pas en vouloir à la vie. Comme son père-mentor, le grand Daniel Mesguisch, il a appris à dire des mots qu'on a écrit pour lui et il s'en délecte. Aujourd'hui est un grand jour, qui fait SenS dans ce festival des Gémeaux Parisiens puisqu'il se livre comme jamais, avec cette fougue, cette sincérité qu'on lui connait. C'est vibrionnant, joyeux, passionnant, en un mot... VIRTUOSE !
Il dribble avec les mots comme il dribble avec les pieds et, sur scène, le public découvre, estomaqué, cette agilité retrouvée dès lors qu'il touche du pied comme de la tête le ballon. Tour à tour joueur, commentateur, arbitre, il nous dévoile sa panoplie du parfait gamin footeux, de l'album Panini à l'écharpe en passant par le bonnet et surtout ce sens déjà inné du collectif qui le fait adopter la novlangue "wesh" de ses potes de cité - lui l'intello surdoué hypermnésique - et rendre sa mère supportrice. William vit, mange, dort, rêve foot. On rit de sa passion de jeunesse (qui eût pu être sa destinée), on pleure de ses blessures mais après les arrêts de jeu, on reprend espoir, on change de terrain de jeu et là, tout revient en mémoire : son père, Statue du Commandeur, ami de Vitez, Pierre Debauche, le parrain passionné, celui qui lui met le pied à l'étrier, lui fait confiance, allant jusqu'à lui confier ses premières mises en scène, ses profs de théâtre qu'il carricature avec bonheur car, si on l'a beaucoup connu dans des drames, il s'avère ici irrésistible de drôlerie quand il campe son père découvrant le Parc des Princes, sa mère (muée en mère juive débordante de vitalité) ses copains, ses profs de théâtre... Il joue, il s'amuse - et nous amuse - follement, avec trois fois rien, quelques éléments modulables, un ballon, quelques maillots mais avec une telle générosité de jeu qu'il emplit la scène à lui tout seul.

Il faut avoir reçu beaucoup d'amour pour savoir en redonner autant car son long monologue est une ode, un hymne à l'amour, aux grands textes, aux grands auteurs, à l'autre William, à Hamlet et surtout une reconnaissance éternelle à ses parents, à ses pairs et... à la vie qui lui donne aujourd'hui cette éternelle jeunesse, ce sourire éclatant et ce succès amplement mérité. Il dit "apprendre les textes avec le coeur" (sic), comme son père, inoubliable Napoléon. Mais ce "fils de" est tout aussi... impérial. Comme quoi, les chiens ne font pas des chats ! Ne manquez sous aucun prétexte cette leçon de théâtre qui est aussi - vous comprendrez pourquoi - une leçon de vie ! Et si, par malchance, vous ne pouviez l'applaudir aux Gémeaux Parisiens, sachez qu'il sera aux Corps-Saints en juillet pendant tout le Festival d'Avignon !
Paru le 12/05/2026

(4 notes)
ETRE OU NE PAS... (ÊTRE) - FESTIVAL SENS (SEUL(E)S EN SCÈNE)
THÉÂTRE DES GEMEAUX PARISIENS
Jusqu'au lundi 1 juin

SEUL(E) EN SCÈNE. Faire son chemin dans l'ombre d'un père omniprésent ou tenter l'aventure de la reconnaissance par son travail, sa personnalité, son abnégation ? Par où commencer cette révélation de l'âme, cette déclinaison de soi-même, l'effeuillage tenu de nos parts d'ombre et d'effervescence, pourquoi l'amour d...

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