Zoom par Patrick Adler
Le poids de l’eau
Au Guichet Montparnasse
Eluard disait : "Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous". Auraient-ils imaginé, ce fringant quinqua, vice-champion olympique et son cadet d'une vingtaine d'années, champion régional, que dans les vestiaires d'une piscine naîtrait une amitié qui irait grandissant ? Il aura fallu un mot, une question pour que l'histoire se mette en marche. Ce "Poids de l'eau" qui dit tout sur les fêlures, la pesanteur des souvenirs, la peur de l'engagement et... la solitude est puissant, émouvant et diablement bien joué !
Bien sûr, il y a bien quelques longueurs, comme dans la piscine, mais plus on avance dans l'histoire et plus on s'attache à Franck et Julien, que pourtant tout oppose : l'âge, le vécu, le rythme, le regard qu'ils portent sur le monde... A la juvénile arrogance, aux petits mensonges de Julien répond la douceur de Franck. A l'inexpérience de l'un répond la sagesse de l'autre. Par petites touches et avec une infinie pudeur, ils se rapprochent, baissent la garde. Une complicité forte naît alors avec, pour corolaire, le manque et cette soif inextinguible de communiquer, d'en savoir davantage sur l'autre, de se confier. Tout bascule alors : les fragilités, la peur de l'engagement se font jour quand chacun avoue avoir connu la trahison, la déception. Avec ce poids des souvenirs qui ressurgit, on frémit à l'idée qu'ils coulent tous deux dans le grand bain des sentiments. Mais ils ont chacun le goût de l'effort, de la performance et cette envie d'un ailleurs qui va les conduire à se dépasser. C'est la scène qui va servir d'exutoire à Julien, cette scène qu'il a déjà foulée et qu'il avait mise sous le boisseau.
Cette scène qui va les unir et, cette fois, c'est Julien qui prend les choses en main et qui va révéler à lui... Franck. Il est des fois où l'élève dépasse le maître. En jouant à être, ils vont finalement être, exister. Cette mise à nu pudique qui les libère de l'enfermement, qui voit parler leurs corps dans une chorégraphie élégante, qui annihile les tensions et ouvre le champ des possibles est en tous points émouvante. Alexandre Testagrossa est très convaincant en mentor fragile, tourmenté et aimant. Et Joseph Gabison, formidable dans sa variation de jeu, est très émouvant et attachant à souhait. C'est, assurément, un comédien à suivre.
Certes, il y a encore quelques maladresses dans la construction du récit mais elles n'entachent en rien l'émotion qui se dégage car cette histoire, on l'a suivie de bout en bout, on a ri, on a pleuré. Tant de sincérité ne saurait nous rendre insensibles. Alors, vous aussi, oubliez l'odeur du chlore et laissez-vous embarquer dans cette "love story" qui eût pu n'être qu'une "banale song" mais que Alexandre Testagrossa et Joseph Gabison ont su sublimer.
Cette scène qui va les unir et, cette fois, c'est Julien qui prend les choses en main et qui va révéler à lui... Franck. Il est des fois où l'élève dépasse le maître. En jouant à être, ils vont finalement être, exister. Cette mise à nu pudique qui les libère de l'enfermement, qui voit parler leurs corps dans une chorégraphie élégante, qui annihile les tensions et ouvre le champ des possibles est en tous points émouvante. Alexandre Testagrossa est très convaincant en mentor fragile, tourmenté et aimant. Et Joseph Gabison, formidable dans sa variation de jeu, est très émouvant et attachant à souhait. C'est, assurément, un comédien à suivre.
Certes, il y a encore quelques maladresses dans la construction du récit mais elles n'entachent en rien l'émotion qui se dégage car cette histoire, on l'a suivie de bout en bout, on a ri, on a pleuré. Tant de sincérité ne saurait nous rendre insensibles. Alors, vous aussi, oubliez l'odeur du chlore et laissez-vous embarquer dans cette "love story" qui eût pu n'être qu'une "banale song" mais que Alexandre Testagrossa et Joseph Gabison ont su sublimer.
Paru le 11/05/2026
(1 notes) THÉÂTRE DU GUICHET-MONTPARNASSE Jusqu'au dimanche 24 mai
THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Dans les vestiaires d’une piscine, deux inconnus se croisent pour la première fois. Le décor est banal, mais la rencontre, unique. Un élan inexplicable fait tomber les défenses et laisse place à des confidences brutes, des fragments de vies marquées par la douleur et la solitude. Entre l’odeur de ...
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