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© Benoît Maréchal
Portrait par Philippe Escalier
Matyas Simon
Un parcours marqué par l’exigence

Il y a dans son parcours quelque chose qui ressemble à une géographie intérieure aussi riche qu'inattendue. Un père hongrois, une enfance martiniquaise, une arrivée à Paris en 1999, et, depuis lors, une obstination tranquille à habiter le théâtre. Sa trajectoire révèle une cohérence rare : Molière et Dostoïevski, la création contemporaine, les planches intimistes du Théâtre Michel et les vastes plateaux de tournée.
Une généalogie hors du commun
La famille de Matyas Simon est, à elle seule, un roman. Du côté maternel, un arrière-arrière-grand-père, Émile Pathé, pionnier du phonographe. Du côté paternel, l'écrivain hongrois Zsigmond Móricz (1879-1942), pilier de la prose d'Europe centrale, dont l'œuvre réaliste est souvent rapprochée de celle d'Émile Zola.

La formation et les choix fondateurs
Arrivé dans la capitale en 1999, il mène de front trois apprentissages simultanés : une licence de Lettres modernes à Paris IV Sorbonne, les cours de Jean-René Lemoine et de Françoise Roche au Cours Florent, et un travail au Conservatoire du VIIe arrondissement sous la direction de Daniel Berlioux. Son parcours s'étend du répertoire classique, avec Molière, Voltaire et Feydeau aux créations contemporaines les plus inventives. En 2017, il incarne le Capitaine Keller dans «Miracle en Alabama » de William Gibson, un père éperdu face à l'isolement sensoriel de sa fille Helen Keller. L'année suivante, la comédie musicale «Bodyguard » au Palais des Sports lui ouvre une méthode de travail anglo-saxonne qui l'enrichit durablement.

Alan Turing, la consécration
« La Machine de Turing », la pièce de Benoît Solès mise en scène par Tristan Petitgirard, l'impose durablement parmi les figures solides du théâtre privé parisien. Récompensée de quatre Molières en 2019, la pièce connaît une longévité que peu d'œuvres contemporaines peuvent lui envier. Le 18 juin 2019, il reprend le rôle-titre et fait le choix de l'enfance retrouvée, approchant ce mathématicien de génie, grand sportif et quelque peu inadapté au monde, par cette innocence que rien ni personne n'avait jamais altérée en lui. Après plus de six cents représentations, le plaisir demeure intact, soir après soir, des deux côtés de la scène.

Vers de nouveaux horizons
Matyas Simon a pris garde de ne s'enfermer dans aucun registre. Il incarne Sherlock Holmes au Grand Point-Virgule en 2022, interprète plusieurs personnages dans « Une sale histoire », adaptation très originale de Dostoïevski au Festival d'Avignon en 2023 signée Benjamin Brenière, puis Marc-Antoine dans « Cléopâtre », d'Éric Bouvron dépouillée de tout décor, fondée sur la seule présence des corps et des voix. La dramaturge Violaine Arsac, dont il apprécie le travail, le remarque et lui propose « J'ai déjà vu un mur tomber », évocation de jeunes musiciens déchirés entre l'art, la liberté et l'amour dans le Berlin divisé. À cela s'ajoute une carrière à l'écran régulière, dans des séries comme « Profilage » ou «Tandem », dans le film « Budapest » de Xavier Gens, et plus récemment dans « Outrage » et « Elyas ». Sa voix, souple et modulable, lui vaut également un travail de doubleur de longue date. Un acteur qui avance sans fracas, convaincu que le théâtre se mérite autant qu'il se conquiert.
Paru le 17/05/2026