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D.R.
Interview par Antoine Fernandez
François de Mazières
Festival Mois Molière à Versailles

Du 30 mai au 30 juin, la ville du Roi Soleil ouvre ses portes au Mois Molière. Ce festival populaire (par sa gratuité ou ses tarifs très modérés) et exigeant (par la qualité de sa programmation) fête ses 30 ans et François de Mazières, son créateur et maire de Versailles, nous conte l'histoire de ce rendez-vous devenu incontournable pour le spectacle vivant.
Comment est née cette idée de festival ?
Par passion. J'ai toujours été intéressé par la logique des troupes et c'est vraiment l'identité de notre festival : soutenir des troupes. Et l'idée, en le plaçant au mois de juin, c'est que ça serve d'avant-première à Avignon. L'esprit qui me fascine, c'est les premières années d'Avignon, cette simplicité, cette générosité partagée avec un public qui est là et qui est captivé.
Ici, il y a 200 bénévoles, on utilise des tas de salles dans toute la ville, qu'on a créées au fur et à mesure. Ce festival, c'est un moment de mobilisation d'énergie qui se diffuse tout au long de l'année. C'est une démocratisation culturelle de qualité.

Comment le festival a évolué depuis 30 ans ?
La première édition, c'est la notoriété de Francis Perrin qui l'a faite décoller. On allait dans tous les quartiers, Francis sur une charrette, avec sa troupe, et on jouait les farces de Molière. On a ressorti des photos pour un livre que je viens d'écrire sur les 30 ans du festival, et il y avait un monde dingue, c'était un succès populaire immédiat. Puis Jean-Daniel Laval a repris la direction du théâtre de la ville, et la tradition de la charrette, et j'ai fait la connaissance de Carlo Boso, maestro de la commedia dell'arte. Pour que le festival soit complet, je voulais qu'il tende la main vers la création contemporaine. On a ici une dizaine de compagnies en résidence, qui font leur création au Mois Molère.
Ma plus grande fierté, c'est que 30 ans après sa création, il a vraiment sa place. Il a son originalité et cet esprit collectif qui m'est très cher, ce sentiment de vivre en grandes communautés.

En quoi un tel festival est encore pertinent en 2026 ?
Ça n'a jamais été autant nécessaire parce que c'est très dur pour les troupes actuellement. Le danger, c'est qu'il y a de plus en plus de gens qui veulent faire du théâtre et de moins en moins de spectateurs. Et un autre danger, avec la logique de démocratisation culturelle, qui est formidable, c'est qu'on fait parfois de la soupe pour dire « on a fait de la culture. » Je pense qu'on a besoin au contraire de revenir à un esprit de qualité pour tout.
Notre festival est vraiment dans cette culture. Il y a dans les rues de la commedia dell'arte qui vous amène aux grandes écuries, au conservatoire, dans une salle de quartier, et tout le reste de l'année au théâtre parce qu'on a aiguisé la curiosité. C'est notre logique et le sens du festival.
Paru le 17/05/2026