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D.R.
Dossier par Philippe Escalier
Le mariage de la gastronomie et du théâtre

Il existe à Paris quelques adresses où la table et la scène entretiennent une complicité naturelle, accueillant les spectateurs avant ou après le spectacle. Le Grand Colbert, 2, rue Vivienne (2e), salle Belle Époque classée monument historique, attire ainsi depuis des décennies les habitués des théâtres voisins. Le cinéma s'est lui aussi emparé de ce décor, Nancy Meyers y ayant filmé la célèbre scène du dîner entre Jack Nicholson et Diane Keaton dans « Tout peut arriver ». C'est dans cet esprit de connivence entre les arts et le goût que vient s'inscrire Thalie, la nouvelle adresse que la Maison Mavrommatis a ouverte le 19 mars 2026, dans l'enceinte même du Théâtre du Palais-Royal (1er).
Thalie
un décor sous le signe de la douceur et de la comédie

Dans la mythologie grecque, Thalie était la Muse de la comédie et de la poésie bucolique. Le nom, choisi avec soin, résume à lui seul l'ambition du lieu, célébrer la joie et l'art de vivre. L'architecte Régis Botta, qui signe ici un cinquième projet pour la maison, a imaginé un intérieur feutré, à la fois intime et lumineux. Le damier au sol, figure des décors antiques, se prolonge en miroir au plafond et multiplie les perspectives. Banquettes en gradins, chaises de métal bronze, larges rideaux de velours, le tout dans des tonalités douces, tout a été pensé pour le confort des quarante couverts. Cette cuisine hellénique est généreuse, précise, ancrée dans la tradition, propice au partage. À noter que les desserts réservent de belles surprises.


Autour des salles,

une ronde d'adresses complices

Bien d'autres tables, de longue date, accompagnent discrètement la vie des théâtres parisiens. Dans le 20e arrondissement, La Gamelle des cheffes occupe le niveau inférieur du Théâtre national de la Colline et n'ouvre que les soirs de représentation. La formule est pensée pour la soirée du spectateur, plats simples à savourer rapidement, paniers repas et pauses sucrées que l'on peut, certains jours, commander pour l'entracte.
Du côté des Grands Boulevards, Le Greffulhe occupe le 29, rue des Mathurins (8e), pile en face des théâtres Michel et des Mathurins. Cette sympathique brasserie historique tient une cuisine artisanale, fondée sur des produits frais cuisinés maison, et déploie un service continu de midi à minuit qui comble les amateurs de sorties tardives.

Dans le 9e arrondissement, deux enseignes veillent sur les scènes voisines. Les Comédiens, à deux pas du Théâtre de Paris et non loin de Mogador, se revendiquent ouvertement bistrot des théâtres. La cuisine française, maison et généreuse, s'appuie sur des produits frais et de saison, servis dans un décor de bistrot urbain contemporain. Plus près encore, le Café du Théâtre, littéralement adossé au Théâtre de Paris, séduit par ses murs rouges et son service prolongé du petit-déjeuner au dîner, salades, plats du jour et desserts dans la pure tradition du bistrot parisien.

Sur le Rond-Point des Champs-Élysées (8e), le Gros Rond assume pleinement sa fonction de bar-restaurant du Théâtre du Rond-Point. Il sert le midi en semaine, puis rouvre le soir les jours de représentation, avec une restauration qui s'étire jusqu'aux environs de 22 h 30.

Enfin, rive gauche, dans le 6e arrondissement, le Lucernaire demeure le modèle parisien du lieu de vie où la table épouse le spectacle, flanquée de salles de cinéma et d'une librairie. Dans sa grande salle de restaurant "Le Kawa du Lucernaire", une cuisine française conviviale se déguste, à prix mesurés, le midi comme le soir.

Toutes ces maisons perpétuent une tradition parisienne bien vivante, celle d'une soirée qui commence à table avant de se prolonger dans l'obscurité d'une salle. Le théâtre parisien n'en finit pas d'inventer ses prolongements gourmands, et l'on s'en réjouit.
Paru le 17/05/2026