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Jean-Baptiste Darosey
© Stephane Parphot
Dossier par Patrick Adler
Jeunes espoirs

Qu'ils viennent du cinéma, du théâtre public ou privé, voire du comedy-club, les quatre jeunes espoirs qui vous sont présentés sont à suivre. Comme l'écrivait Corneille : « aux âmes bien nées la valeur n'attend point le nombre des années »!

Jean-Baptiste Darosey


Dans ce qu'il est convenu d'appeler la « jeune génération », il va falloir compter avec Jean-Baptiste Darosey qui, une fois n'est pas coutume, n'a jamais cessé de jouer depuis qu'il a quitté l'Ecole de Comédie Musicale. Formé, entre autres, par Guillaume Bouchède et Christine Bonnard, ce grand jeune homme a successivement intégré la « team » Azzopardi et joué dans « La Dame blanche », « Dernier coup de ciseaux », « L'Embarras du choix » (où il officie encore) et «La Chienne des Baskerville ». Nommé aux Molières pour l'excellente « Odyssée, la conférence musicale » de Stéphanie Gagneux, qui signe également la mise en scène de son sublime « Double fracture » à la Comédie des Trois Bornes, Jean-Baptiste doit aujourd'hui se battre sur tous les fronts et sur trois théâtres puisqu'il reprendra «L'Odyssée » dès le 18 mai au Lucernaire. Effet waouh pour ce jeune homme qui n'avait rien vu venir après son Master d'histoire mais qu'on s'arrache aujourd'hui. Hervé Devolder (deux Molières à son palmarès) lui signe « la Chanson de la traite » dans « Double fracture », qui vient d'être récompensée par le Premier Prix du Concours Ecriture de l'Harmattan. D'autres théâtres s'intéressent déjà à la pièce. Magistralement interprétée, Jean-Baptiste vous saisit de bout en bout, vous faisant passer du rire aux larmes. Il a déjà un sacré métier et un sens inné du jeu et du rapport au public.
Belle revanche pour ce fils de paysans qui se rêvait sur scène à Paris. En découvrant sa bouleversante auto-fiction à la Comédie des Trois Bornes, il y a fort à parier que ce garçon va aller loin. Très loin.

Sara Montpetit


« Le petit chat est mort ». Sara Montpetit, elle, est bien vivante ! Après Isabelle Adjani, la Fée Frédérique Lazzarini a fait le pari d'engager une « presque » inconnue pour endosser le rôle mythique d'Agnès dans « L'École des femmes » de Molière. Adepte des défis, elle sait se fier à sa baguette de sourcière pendant les auditions. Sara Montpetit s'impose comme une évidence.

Le conte de fées peut commencer.
On va vite s'apercevoir qu'en dépit de son jeune âge, la jeune Canadienne a déjà un sacré background : premier rôle dans « Maria Chapdelaine» où elle reçoit le Prix de la Révélation féminine de l'année 2021 à l'Iris (l'équivalent des César au Québec). Suivront deux autres films : « Falken Lake », de la canadienne Charlotte Lebon, puis « Vampire humaniste cherche suicidaire consentant» de Ariane Louis-Seize. Tout se précipite alors. Elle débarque en France, intègre aussitôt UBBA, la deuxième plus grosse agence de cinéma qui compte dans son écurie Isabelle Huppert, cherche entre temps une place d'ouvreuse au théâtre quand Fabienne Pascaud, la Anna Wintour de la Critique, jury comme elle au Festival du Film d'Angoulême, lui parle du casting de « L'École des femmes ». Vous connaissez la suite: la presse salue unanimement son talent, la pièce est un énorme succès qui s'ajoute à tous ceux engrangés par Dame Lazzarini, dont « Le Voyage de Monsieur Perrichon » qui affiche complet partout en tournée. Quand une fée rencontre une enfant prodige, la magie opère. Forcément.
Si vous n'avez pas encore vu cette pépite aux Artistic-Athévains à Paris, sachez qu'elle sera aussi au Chêne Noir pendant le Festival d'Avignon.


Ethan Lallouz


Dans ce temple de l'Humour où les plus grands ont fait leurs armes et ouvert la voie (Kakou, Palmade, Bigard et tant d'autres) les petits nouveaux, castés et cornaqués par l'actuelle Maîtresse des lieux, Antoinette Colin, entendent bien se faire une place... et un nom !
Après Tom Boudet, focus sur Ethan Lallouz, le «Soleil de Casablanca » qui joue avec jubilation la carte de l'autodérision : entre deux cultures (il est juif et arabe, fruit de deux générations), un père septuagénaire, une mère trentenaire, il s'amuse de tout et affiche une décontraction insolente. Son tour est construit / déconstruit. On ne sait pas où il va. Lui le sait sans doute, qui retombe toujours sur ses jambes. Son sens de l'improvisation, sa maîtrise de l'interaction avec le public et son capital sympathie sont ses principaux atouts. Ce « bébé Gad Elmaleh » qui joue sur les codes d'aujourd'hui et vous appelle déjà « frérot » voit chaque jour grandir sa famille et ça, ce n'est pas une blague ! Bravo, Ethan !


Alexiane Torres


Alexiane Torres, c'est, comme un rêve éveillé, ce personnage sorti d'un cartoon, cette longiligne tornade brune qui, en dépit d'une plastique enviable, grimace à souhait et presque sur commande pour faire rire. En somme, un Jim Carrey au féminin. Avec, cerise sur le gâteau, une voix d'outre-tombe qui lui permet d'endosser des rôles masculins. Elle s'amuse beaucoup de cette dichotomie naturelle qui, forcément, interroge. Femme-clown dans l'âme, en dépit d'un cursus universitaire et théâtral dit « sérieux », elle est ce mélange savamment instruit de deux cultures qui fait écho à son métissage naturel : (elle est du Nord d'un côté (de Dunkerque, plus précisément) et d'Espagne, de l'autre. Alexiane, elle s'amuse de tout. Et s'amuse surtout. Elle dépote, elle déménage dans la version rock-déglinguée de « Un fil à la patte » au Ranelagh. Elle n'arrête pas de jouer car elle a su en un tournemain (talent oblige) se rendre indispensable. A peine la parenthèse Feydeau refermée, elle embrayera dès le mois de mai dans «Grand vide » une comédie de Gary Guénaire au Théâtre de Belleville et... en juillet, au festival d'Avignon dans « Richard III » au Théâtre du Roi René, où elle sera dirigée par son metteur en scène fétiche : le talentueux Anthony Magnier.

On n'arrête pas un train en marche, surtout s'il est à grande vitesse. Volubile et passionnée, boulimique de textes et de mots qu'elle maîtrise bien, Alexiane a l'élégance (et un peu la voix) de Fanny Ardant et le rire populaire d'Isabelle Nanty, deux références enviables au théâtre. Vous comprenez mieux pourquoi cette grande jeune fille affiche ce large sourire. A jamais.
Paru le 17/05/2026