Interview par Antoine Fernandez
Kelly Rivière
Aux portes de l’invisible
Elle est une artiste fleuve : faite d'affluents et de confluents insoupçonnés, elle nous attend, les bras grand ouverts, à l'embouchure de sa vie. Dans La Vie Rêvée comme dans Irish Story, Kelly Rivière modèle son corps aux êtres et aux choses qu'elle raconte, artisane
de la rencontre avec soi et avec l'autre.
de la rencontre avec soi et avec l'autre.
Seule en scène, votre corps y est central. Quelle relation entretenez-vous avec lui ?
Pas toujours aimable parce que je viens de la danse. À l'âge de treize ou quatorze ans, on me dit : « Tu n'as pas le corps pour devenir danseuse classique. » Mon corps devient un obstacle à mon rêve donc je le mets de côté. Mais ça me manque et, petit à petit, je reprends la danse et puis le théâtre, où les corps sont plus libres et où il y a la parole. J'y trouve un grand espace de liberté.
La façon dont une personne parle, bouge, m'émeut. Incarner, c'est une façon de réinventer la vie et de comprendre ce qui nous y échappe.
Vous parlez de "La Vie rêvée", mais qu'est-ce qu'un rêve ?
Et qu'est-ce qu'atteindre un rêve ? Si on sent une nécessité dans sa vie, il faut la poursuivre. On ne peut pas faire autrement. On va en chier, on va manger des pâtes, on va avoir des moments où on ne travaillera pas et il faudra les gérer.
Un rêve, c'est quelque chose qu'on idéalise. Comme on m'avait dit « tu ne pourras pas » alors, pour moi, être artiste c'était le Graal. Et je me suis rendue compte que c'est plus compliqué que ça, les conditions ne sont pas toujours idéales, comme dans tout métier.
La vie, de toute façon, nous rattrape toujours, elle est plus forte que le rêve. En tant que comédien, on doit y être sensible. On doit rencontrer l'autre, observer, s'imprégner et ressortir les choses. C'est un mélange de vie réelle et de vie rêvée.
On parle de morts, de rêve, de passé... Quel est votre rapport à l'invisible ?
Il y a du vide sur le plateau, puisque je suis seule, mais je fais voir des choses qui ne sont pas là. J'entretiens un rapport très vivant aux disparus et le théâtre me permet de les faire revivre. Je ne sais pas où ils sont, je pense que les gens survivent en nous, par une phrase, par une voix.
Être là aussi, vivant, au théâtre, ça reste quelque chose d'ancestral pour moi. Ça m'émeut beaucoup ces gens qui se déplacent pour voir des acteurs sur scène. Quelle que soit l'évolution de la société, ça ne changera pas : on raconte quelque chose, on sait que ce n'est pas vrai et, pourtant, on va y croire. Ça, c'est de l'ordre de l'invisible.
Susciter des émotions, c'est très important, surtout pour les jeunes. Ils grandissent dans un monde qui laisse moins de place à ces choses-là. Il faut leur dire : « Il y a un autre penchant de votre vie, d'autres choses qui existent que des choses très matérielles. Il n'y a pas que ce qu'on voit, que ce qu'on entend mais aussi ce qu'on ressent. »
Pas toujours aimable parce que je viens de la danse. À l'âge de treize ou quatorze ans, on me dit : « Tu n'as pas le corps pour devenir danseuse classique. » Mon corps devient un obstacle à mon rêve donc je le mets de côté. Mais ça me manque et, petit à petit, je reprends la danse et puis le théâtre, où les corps sont plus libres et où il y a la parole. J'y trouve un grand espace de liberté.
La façon dont une personne parle, bouge, m'émeut. Incarner, c'est une façon de réinventer la vie et de comprendre ce qui nous y échappe.
Vous parlez de "La Vie rêvée", mais qu'est-ce qu'un rêve ?
Et qu'est-ce qu'atteindre un rêve ? Si on sent une nécessité dans sa vie, il faut la poursuivre. On ne peut pas faire autrement. On va en chier, on va manger des pâtes, on va avoir des moments où on ne travaillera pas et il faudra les gérer.
Un rêve, c'est quelque chose qu'on idéalise. Comme on m'avait dit « tu ne pourras pas » alors, pour moi, être artiste c'était le Graal. Et je me suis rendue compte que c'est plus compliqué que ça, les conditions ne sont pas toujours idéales, comme dans tout métier.
La vie, de toute façon, nous rattrape toujours, elle est plus forte que le rêve. En tant que comédien, on doit y être sensible. On doit rencontrer l'autre, observer, s'imprégner et ressortir les choses. C'est un mélange de vie réelle et de vie rêvée.
On parle de morts, de rêve, de passé... Quel est votre rapport à l'invisible ?
Il y a du vide sur le plateau, puisque je suis seule, mais je fais voir des choses qui ne sont pas là. J'entretiens un rapport très vivant aux disparus et le théâtre me permet de les faire revivre. Je ne sais pas où ils sont, je pense que les gens survivent en nous, par une phrase, par une voix.
Être là aussi, vivant, au théâtre, ça reste quelque chose d'ancestral pour moi. Ça m'émeut beaucoup ces gens qui se déplacent pour voir des acteurs sur scène. Quelle que soit l'évolution de la société, ça ne changera pas : on raconte quelque chose, on sait que ce n'est pas vrai et, pourtant, on va y croire. Ça, c'est de l'ordre de l'invisible.
Susciter des émotions, c'est très important, surtout pour les jeunes. Ils grandissent dans un monde qui laisse moins de place à ces choses-là. Il faut leur dire : « Il y a un autre penchant de votre vie, d'autres choses qui existent que des choses très matérielles. Il n'y a pas que ce qu'on voit, que ce qu'on entend mais aussi ce qu'on ressent. »
Paru le 17/05/2026
(6 notes) THÉÂTRE ACTUEL / LA BRUYÈRE Jusqu'au samedi 27 juin
SEUL(E) EN SCÈNE. Après le succès d’An Irish Story, Kelly Rivière revient avec « La Vie Rêvée », un seule-en-scène où elle incarne Kelly Ruisseau, son alter‑ego, et une galerie de personnages hauts en couleur. Il y a la vie dont on rêve... Et celle que l’on mène. À 45 ans, c’est l’heure du bilan : Kelly Ruisseau n’...
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