Dossier par Philippe Escalier
Festival d'Avignon 2026
par Philippe Escalier
Comme l'an dernier, le Festival d'Avignon 2026, In et Off,
se déroulera aux mêmes dates, du samedi 4 au samedi 25 juillet 2026. Le In célèbre sa 80e édition sous la direction de Tiago Rodrigues, avec le coréen comme langue invitée. Le Off marque, lui, ses 60 ans de création au service de la diversité du spectacle vivant.
se déroulera aux mêmes dates, du samedi 4 au samedi 25 juillet 2026. Le In célèbre sa 80e édition sous la direction de Tiago Rodrigues, avec le coréen comme langue invitée. Le Off marque, lui, ses 60 ans de création au service de la diversité du spectacle vivant.
Dans l'ombre de Jorge Donn
Au Roseau Teinturiers
Il est des noms que l'on croit pouvoir oublier, et qui reviennent, portés par ceux qui leur doivent une part d'eux-mêmes. Jorge Donn, danseur argentin de génie, muse absolue de Maurice Béjart, mort du sida à Lausanne en novembre 1992, est de ceux-là. Cet été, à l'Espace Roseau Teinturiers, Aliocha Itovich, comédien français et neveu du danseur, lui rend un hommage aussi intime qu'universel avec l'œuvre la plus personnelle de sa carrière, écrite avec Élodie Menant et Julia Dorval.
Jorge Donn entra au Ballet du XXe siècle en 1963, à seize ans, après avoir traversé l'Atlantique seul pour rejoindre Béjart. Il en devint le soliste vedette, créant les rôles-titres de « Nijinsky, clown de Dieu », « Notre Faust », et, surtout, du « Boléro » de Ravel en 1979, dans une version masculine d'une puissance dionysiaque qui bouleversa le Palais des Sports de Paris. Claude Lelouch, en l'intégrant à son film « Les Uns et les Autres » en 1981, le révéla au grand public. Puis, le temps a fait son œuvre.
C'est pour contrer cet oubli qu'est né « Dans l'ombre de Jorge Donn ». La pièce raconte l'histoire de Daniel, neveu d'un grand danseur, (Aliocha Itovich interprète son propre rôle) qui décide enfin de ne plus renoncer à ce qu'il a trop longtemps différé. À ses côtés, Vanessa Cailhol et Hélène Degy complètent brillamment la distribution. La scénographie composée de trois pans de tulle accueille des projections d'archives de Béjart, faisant apparaître Jorge Donn comme un fantôme lumineux.
A-t-on le droit de réaliser ses rêves à tout âge ? Cette question traverse le spectacle avec une intensité, une grâce et une urgence qui ne laissera personne indifférent.
DØMÅJ, le kåbaret
de la fin du monde
Les Blønd and Blønd and Blønd au Théâtre de l'Arrache Cœur
Voilà dix-sept ans que Glär, Mår et Tø entretiennent, avec un aplomb confondant, leur fausse suéditude, trio de prétendus frère et sœurs venus des confins nordiques pour dynamiter la chanson française. Le procédé paraissait fragile, il a conquis la France entière, des caves du Théâtre des Blancs-Manteaux aux scènes de l'Européen et de la Cigale, avec six années triomphales pour le seul « Mariåj en chønsons ». Les Blønd and Blønd and Blønd se sont imposés comme les orfèvres d'un humour à double détente, candide en surface, redoutablement acide en profondeur, capables de fracturer un classique au détour d'une ritournelle et de piétiner nos vaches sacrées avec la plus tendre des cruautés.
Sur le plateau, une instrumentation faussement artisanale, ukulélé, contrebasse, guitare, kazoo, flûte de pan, sert une écriture d'une précision chirurgicale, harmonies vocales impeccables et diction délicieusement contrefaite.
Leur nouvel opus, « DØMÅJ, un kåbaret et puis boum », sera créé cet été en Avignon. Sous-titré « dernier spectacle avant la fin du monde », il s'annonce comme le plus féroce, le plus politique, le plus délicieusement désespéré. Nostramagnus, astrologue suédois à la barbe millénaire, l'aurait prédit depuis huit mille ans déjà, la planète court à sa perte. Alors, plutôt que la panique, le trio choisit la parade, celle d'un cabaret crépusculaire où les poncifs de l'époque, intelligence artificielle triomphante, civisme en déroute, uniformisation algorithmique, passent à la moulinette d'une fantaisie corrosive.
Mise en scène par Jean-Claude Cotillard avec le regard complice de Claire Fretel, cette épopée apocalyptique cultive une esthétique de la décroissance, lumières ciselées de Dominique Peurois, costumes de Sarah Dupont, son de Michaël Houssier. Un feu d'artifice tendre et féroce, antidote à nos mélancolies.
Au Roseau Teinturiers
Il est des noms que l'on croit pouvoir oublier, et qui reviennent, portés par ceux qui leur doivent une part d'eux-mêmes. Jorge Donn, danseur argentin de génie, muse absolue de Maurice Béjart, mort du sida à Lausanne en novembre 1992, est de ceux-là. Cet été, à l'Espace Roseau Teinturiers, Aliocha Itovich, comédien français et neveu du danseur, lui rend un hommage aussi intime qu'universel avec l'œuvre la plus personnelle de sa carrière, écrite avec Élodie Menant et Julia Dorval.
Jorge Donn entra au Ballet du XXe siècle en 1963, à seize ans, après avoir traversé l'Atlantique seul pour rejoindre Béjart. Il en devint le soliste vedette, créant les rôles-titres de « Nijinsky, clown de Dieu », « Notre Faust », et, surtout, du « Boléro » de Ravel en 1979, dans une version masculine d'une puissance dionysiaque qui bouleversa le Palais des Sports de Paris. Claude Lelouch, en l'intégrant à son film « Les Uns et les Autres » en 1981, le révéla au grand public. Puis, le temps a fait son œuvre.
C'est pour contrer cet oubli qu'est né « Dans l'ombre de Jorge Donn ». La pièce raconte l'histoire de Daniel, neveu d'un grand danseur, (Aliocha Itovich interprète son propre rôle) qui décide enfin de ne plus renoncer à ce qu'il a trop longtemps différé. À ses côtés, Vanessa Cailhol et Hélène Degy complètent brillamment la distribution. La scénographie composée de trois pans de tulle accueille des projections d'archives de Béjart, faisant apparaître Jorge Donn comme un fantôme lumineux.
A-t-on le droit de réaliser ses rêves à tout âge ? Cette question traverse le spectacle avec une intensité, une grâce et une urgence qui ne laissera personne indifférent.
DØMÅJ, le kåbaret
de la fin du monde
Les Blønd and Blønd and Blønd au Théâtre de l'Arrache Cœur
Voilà dix-sept ans que Glär, Mår et Tø entretiennent, avec un aplomb confondant, leur fausse suéditude, trio de prétendus frère et sœurs venus des confins nordiques pour dynamiter la chanson française. Le procédé paraissait fragile, il a conquis la France entière, des caves du Théâtre des Blancs-Manteaux aux scènes de l'Européen et de la Cigale, avec six années triomphales pour le seul « Mariåj en chønsons ». Les Blønd and Blønd and Blønd se sont imposés comme les orfèvres d'un humour à double détente, candide en surface, redoutablement acide en profondeur, capables de fracturer un classique au détour d'une ritournelle et de piétiner nos vaches sacrées avec la plus tendre des cruautés.
Sur le plateau, une instrumentation faussement artisanale, ukulélé, contrebasse, guitare, kazoo, flûte de pan, sert une écriture d'une précision chirurgicale, harmonies vocales impeccables et diction délicieusement contrefaite.
Leur nouvel opus, « DØMÅJ, un kåbaret et puis boum », sera créé cet été en Avignon. Sous-titré « dernier spectacle avant la fin du monde », il s'annonce comme le plus féroce, le plus politique, le plus délicieusement désespéré. Nostramagnus, astrologue suédois à la barbe millénaire, l'aurait prédit depuis huit mille ans déjà, la planète court à sa perte. Alors, plutôt que la panique, le trio choisit la parade, celle d'un cabaret crépusculaire où les poncifs de l'époque, intelligence artificielle triomphante, civisme en déroute, uniformisation algorithmique, passent à la moulinette d'une fantaisie corrosive.
Mise en scène par Jean-Claude Cotillard avec le regard complice de Claire Fretel, cette épopée apocalyptique cultive une esthétique de la décroissance, lumières ciselées de Dominique Peurois, costumes de Sarah Dupont, son de Michaël Houssier. Un feu d'artifice tendre et féroce, antidote à nos mélancolies.
Paru le 17/05/2026



