Interview par Jeanne Hoffstetter
Charles Berling
"C’est si simple l’amour et Lost and found" au théâtre de l’Atelier
Charles Berling met à l'honneur le théâtre du dramaturge suédois pour lequel il se passionne en le mettant en scène, le jouant et le produisant via la Scène Nationale de Toulon.
Vous n'avez jamais abordé l'œuvre de Lars Norén. Pourquoi avoir fait ce choix aujourd'hui ?
Je voulais travailler sur le tragi-comique en me demandant comment aujourd'hui faire un théâtre qui montre des travers humains à la fois avec lucidité, cruauté et humanisme, en faisant éclater tous les paradoxes de nos passions. J'avais aussi envie de me frotter à un répertoire purement théâtral dont l'écriture s'appuie sur le jeu des acteurs. Lars Lorén est un grand orfèvre du dialogue et son théâtre nous expose avec force et lucidité.
Ces pièces datent des années quatre-vingt-dix, le théâtre d'aujourd'hui nous expose-t-il selon vous de manière différente ?
Je trouve qu'aujourd'hui nous sommes dans un espace extrêmement binaire, le bien et le mal. Pour moi, l'art est un endroit plus complexe dont Lars Norén est un exemple fantastique. Ce sont des tragédies dont le décalage humoristique est extrêmement intéressant, on rigole tout en étant saisi d'effroi. Face aux questions abyssales que nous renvoie le monde actuel, le théâtre est pour moi un engagement politique et social plus important que jamais, il doit nous ébranler un peu, ça fait du bien. Loin des modes de communication modernes, il a l'immense avantage d'être physique, dans l'échange humain direct.
C'est si simple l'amour... Là, on parle d'humour noir !
Vous venez de dire les deux mots qui correspondent vraiment à son écriture. C'est un théâtre qui gratte, un peu rugueux tout en étant d'une grande fragilité, donc très humain. Là, on est dans le salon d'une maison où, à l'issu de la première, les deux comédiens principaux de la pièce invitent un couple d'amis, elle comédienne sur la touche, lui psychologue. Les personnages sont en représentation d'eux-mêmes mais très vite tout est mis à nu, la soirée va virer au désastre. C'est une écriture qui met le corps de l'acteur sur le tapis.
La pièce nous renvoie aussi à la représentation que l'on se fait aussi de soi-même...
Oui, et plus largement à la question qu'est-ce que l'être humain? La représentation d'autrui et de soi est un phénomène tellement général aujourd'hui que j'ai eu envie de m'emparer de ce thème et que, pour en augmenter l'effet, je fais venir une partie du public sur scène, dans le décor. C'est le principe même du miroir théâtral.
De nouveau vous mettez en scène et vous jouez, ce qui représente pour vous une implication importante.
Évidemment, c'est un acte schizophrénique parce qu'il est difficile de mettre en scène et de jouer deux pièces en même temps. Mais comme pour Caligula ou Fin de partie, le regard extérieur et complice de Christiane Cohendy m'a beaucoup aidé à aller au bout de ce que je ressens du geste théâtral nécessaire pour faire entendre le génie de Lars Norén. A la fin, les gens sont souvent bouleversés, y compris le jeune public qui découvre un espace de profonde liberté intellectuelle, morale et physique. On est très heureux, on va beaucoup jouer puis arriver au théâtre de l'Atelier que j'aime profondément
Je voulais travailler sur le tragi-comique en me demandant comment aujourd'hui faire un théâtre qui montre des travers humains à la fois avec lucidité, cruauté et humanisme, en faisant éclater tous les paradoxes de nos passions. J'avais aussi envie de me frotter à un répertoire purement théâtral dont l'écriture s'appuie sur le jeu des acteurs. Lars Lorén est un grand orfèvre du dialogue et son théâtre nous expose avec force et lucidité.
Ces pièces datent des années quatre-vingt-dix, le théâtre d'aujourd'hui nous expose-t-il selon vous de manière différente ?
Je trouve qu'aujourd'hui nous sommes dans un espace extrêmement binaire, le bien et le mal. Pour moi, l'art est un endroit plus complexe dont Lars Norén est un exemple fantastique. Ce sont des tragédies dont le décalage humoristique est extrêmement intéressant, on rigole tout en étant saisi d'effroi. Face aux questions abyssales que nous renvoie le monde actuel, le théâtre est pour moi un engagement politique et social plus important que jamais, il doit nous ébranler un peu, ça fait du bien. Loin des modes de communication modernes, il a l'immense avantage d'être physique, dans l'échange humain direct.
C'est si simple l'amour... Là, on parle d'humour noir !
Vous venez de dire les deux mots qui correspondent vraiment à son écriture. C'est un théâtre qui gratte, un peu rugueux tout en étant d'une grande fragilité, donc très humain. Là, on est dans le salon d'une maison où, à l'issu de la première, les deux comédiens principaux de la pièce invitent un couple d'amis, elle comédienne sur la touche, lui psychologue. Les personnages sont en représentation d'eux-mêmes mais très vite tout est mis à nu, la soirée va virer au désastre. C'est une écriture qui met le corps de l'acteur sur le tapis.
La pièce nous renvoie aussi à la représentation que l'on se fait aussi de soi-même...
Oui, et plus largement à la question qu'est-ce que l'être humain? La représentation d'autrui et de soi est un phénomène tellement général aujourd'hui que j'ai eu envie de m'emparer de ce thème et que, pour en augmenter l'effet, je fais venir une partie du public sur scène, dans le décor. C'est le principe même du miroir théâtral.
De nouveau vous mettez en scène et vous jouez, ce qui représente pour vous une implication importante.
Évidemment, c'est un acte schizophrénique parce qu'il est difficile de mettre en scène et de jouer deux pièces en même temps. Mais comme pour Caligula ou Fin de partie, le regard extérieur et complice de Christiane Cohendy m'a beaucoup aidé à aller au bout de ce que je ressens du geste théâtral nécessaire pour faire entendre le génie de Lars Norén. A la fin, les gens sont souvent bouleversés, y compris le jeune public qui découvre un espace de profonde liberté intellectuelle, morale et physique. On est très heureux, on va beaucoup jouer puis arriver au théâtre de l'Atelier que j'aime profondément
Paru le 17/05/2026
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C'EST SI SIMPLE L’AMOUR - DIPTYQUE LARS NORÉN THÉÂTRE DE L'ATELIER A partir du jeudi 21 mai
THÉÂTRE CONTEMPORAIN. Charles Berling a choisi de mettre en scène deux huis clos inédits – C’est si simple l’amour et Lost and Found – aux dialogues rigoureux et aux non-dits implacables de l’un des plus grands dramaturges du XXe siècle, le suédois Lars Norén.
Soirée de première dans un théâtre. Les rôles principaux de...
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