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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Dérapages
La Flèche

À croire que ce théâtre fait Flèche de tout bois pour découvrir des pépites, encore des pépites, toujours des pépites (cf articles récents). Nous éviterons, à notre tour, tout dérapage dans les superlatifs, nous contentant, suivant la formule consacrée, d'"un mot, un verbe, un compliment" : Cette pièce est un bijou, une totale réussite !
Et, d'emblée, saluons la direction d'acteurs et la mise en scène, aussi précises qu'inventives de Sophie Nicollas dans cette intrigue faite de soubresauts qui donne bien du mal au public, pourtant prompt à parier sur la culpabilité de telle ou telle et qui se voit à la peine de bout en bout. Car si l'affaire semble évidente au début, elle se corse peu à peu et les grains de sable s'accumulent dans l'engrenage, rendant le parcours entier flou et donc difficultueux. L'intrigue est simple : un homme, marié et infidèle, est tué de trente-six coups de couteau. Le Commandant Cape, qui mène l'enquête, voit là la culpabilité possible de l'une des deux femmes, d'autant que l'une d'entre elles est une prostituée (Rose) bien connue de ses services et que l'actuelle veuve (Fanny) pourrait, de son côté, avoir commis un crime passionnel. Las ! Entre trous de mémoire, addiction au tabac et sa propre vision du rapport père-fille - fusionnel chez lui comme chez le père des deux femmes -, ses supputations hâtives sont mises à mal, d'autant que le père de la veuve qu'on découvre dans l'interrogatoire lui ressemblerait par certains aspects. Troublant, tout cela ! Et le public, comme Cape et son assistante Elisa Parx de s'interroger : qui dit vrai ? Plus on avance, plus on recule. Rien n'est simple, rien n'est acquis donc. Comme le souligne la formule : "Tout est toujours trouble dans les eaux de la vérité".
Et ce trouble, cette tension continue, sont alimentés par le jeu subtil de ces cinq comédiens que Sophie Nicollas fait évoluer dans tous les coins et recoins du plateau. Les lumières et la bande-son de Thibault Hok - un puissant travail d'orfèvrerie - accentuent la dramaturgie. Et la fluidité des mouvements dans les espaces sanctuarisés par les lumières donne une manière de tourbillon à la pièce. Si le centre du plateau est le lieu acquis à l'interrogatoire, dans les espaces restants, à cour comme à jardin, on assiste aux flash-backs, aux apartés, aux rencontres, aux moments de sensualité et aux scènes de meurtre tout droit sorties des déclarations des deux suspectes. C'est habile car à l'ambiguïté du propos répond non pas un labyrinthe mais un parcours fléché. C'est vertigineux, virtuose, le public est tenu en haleine grâce, déjà, à cette mise en scène maîtrisée et à la puissance de jeu d'un quintet de haut vol, dont Etienne Ménard - qui depuis "Danton" et "Naïs" ne cesse de nous étonner - la subtilité et le talent de Barbara Castin, Laura Charpentier et Véronique Bret. Nous ne saurions Loublier aussi (excusez le jeu de mots) Guillaume, sa belle présence et sa rigueur.
Si vous n'avez pas connu de choc post-traumatique et si vous vous sentez capable, avec ce peu d'indices donnés, de résoudre l'enquête qui préoccupe le Commandant Cape, alors courez vite à La Flèche. Un dernier conseil : au vu de l'affluence, il est vraiment prudent de réserver.
Paru le 01/05/2026
DÉRAPAGE(S)
THÉÂTRE LA FLÈCHE
Jusqu'au mercredi 3 juin

THÉÂTRE CONTEMPORAIN. 27 Novembre, le commandant de police Laurent Cape, et Elisa Parx, son adjointe, sont envoyés sur une scène de crime. Un homme a été assassiné dans une maison de passe. Très vite les soupçons du commandant se tournent vers Fanny, épouse de la victime et Rose, une mystérieuse prostituée. Qui de ces ...

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