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D.R.
Zoom par Patrick Adler
Une censure sachant chanter
Essaïon

« Non à la censure ! Il est interdit d'interdire !», voilà ce qu'ils scandaient en 68. Quid de notre « chant » de libertés aujourd'hui ? Est-il ouvert, restreint ? Si, à l'instar de Charles Dumont, « une chanson, c'est trois fois rien une chanson », ça en dit des choses, une chanson. C'est parlant, une chanson. C'est même gênant, une chanson. Alors...
Dans cette fantaisie musicale, aussi rafraîchissante que pertinente, Julie Autissier et Raphaël Callendreau nous entraînent dans un florilège de chansons interdites ou condamnées qui ont émaillé avec bonheur la Bande Originale de nos vies. Magnifique !
Quel bonheur de retrouver tous ces airs que l'on a jadis fredonnés et qui nous reviennent en tête grâce à eux avec ce parfum d'interdit. Du « Déshabillez-moi » de Gréco à « Libertine « de Farmer, de Johnny et son « Jésus-Christ est un hippie » à Bobby Lapointe, de Polnareff à Sardou en passant par Orelsan, les Wampas, Matmatah et même nos gloires nationales Trénet (« Avec une passoire se donnant de la joie ») et notre Pierrot Gourmand national - Pierre Perret - se faisant lui-même gourmander par Yvonne de Gaulle pour un texte coquin devenu un hymne pour les galopins que nous fûmes : « Les jolies colonies de vacances », il y a toujours eu chez nous, gaulois réfractaires, un vent de liberté (merci Ferrat, merci Ferré), un goût de la provocation, heureusement salutaires.

Quand Zoe Dutilleul, programmatrice, (campée par la délicieuse Julie Autissier) arrive sur scène, l'air grave, elle annonce au public que le spectacle du jour est annulé... car non conforme à la bienséance requise par l'Administration. On comprend vite qu'il y a de la subversion dans l'air. C'est alors qu'un spectateur se lève, prend la parole et avec force vigueur exige des explications, fustigeant la censure. Mais qui est-il, cet intrus qui n'hésite pas à prendre place au piano et à engager un bras de fer, en chansons, avec Zoé. Tout juste sait-on qu'il se prénomme Armand (formidable Raphaël Callandreau) et qu'il entend bien rallier à sa cause Zoé dans sa définition de la liberté, lui ôter son corset comme la muselière qu'elle porte au nom de la bien-pensance, devenant peu à peu son « surmoi ». Comme nous ne saurions spoiler l'histoire qui, habilement orchestrée par Nicolas Guilleminot et les lumières de Mathilde Monier, nous offre un ascenseur émotionnel aussi intense que des moments de joyeuse hilarité, imaginons simplement que tout cela pût être écrit à l'avance.

Comme une friandise fortement acidulée, vous garderez longtemps ce goût en bouche, comme ce parfum d'interdit, interprété par ces deux brillants rossignols qui, entre jeu et chant, comme chat et souris, s'affrontent, se rapprochent... jusqu'à s'unir ? Qui sait ? A vous maintenant de le découvrir. Cette parenthèse en-chantée est vraiment jubilatoire !
Paru le 29/04/2026

(5 notes)
UNE CENSURE SACHANT CHANTER
THÉÂTRE ESSAÏON
Jusqu'au mardi 26 mai

SPECTACLE MUSICAL. Pour elle, les chansons subversives, c'est avant tout de la provocation et du conflit. Pour lui, elles sont un cri de liberté, une manière de briser les tabous et de défier les interdits. Alors qu'un spectacle se trouve menacé d'annulation par crainte de choquer, leurs visions opposées de la liber...

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