Zoom par Patrick Adler
Bollywood Boulevard
Théâtre Lepic
Tel un fil sorti de son tableau pour trouver d'autres connexions ailleurs, un ailleurs le plus loin possible pour se dégager de ses isolants (familiaux), aimants mais étouffants, Pauline Caupenne a choisi de s'émanciper à vingt ans à Chennai, une mégalopole côtière dans le Sud de l'Inde. Vingt ans plus tard, elle revient sur ce pari osé, qui l'a conduite à tout plaquer pour donner un sens à sa vie. Ce grand écart, elle a pu le faire, elle est danseuse. Prêts, vous aussi, pour l'aventure ? Alors, entrez dans la danse ! Comme elle, vous allez vivre un voyage initiatique aussi étonnant que détonant, aussi vivifiant que glaçant et... vous allez rire ! Namasté !
Elle aura tout connu et si vite. C'est peut-être cela l'Inde, l'inattendu. À peine arrivée, sans le sou ou presque, elle rencontre du monde (forcément, sur 1,5 milliard d'habitants !), entre autres, une directrice de casting qui deviendra vite son agent. Entre ses débuts dans la pub pour une marque de bière, de saris et son arrivée à Tollywood, le Bollywood du Sud de l'Inde, elle va aller de surprises en surprises. Peu importe qu'elle ne parle pas la langue telogou, on lui traduit phonétiquement son texte et, de toutes façons, elle sera doublée. Soit ! Mais quand "aujourd'hui" et "demain" se disent pareillement, quand le même mouvement de la tête a plusieurs sens, quand la laïcité est une notion inconnue, que tout est religieux, qu'une vache est plus sacrée qu'une femme et que, pour être au diapason, on doit changer de nom, la petite Européenne frondeuse s'interroge, d'autant que la solitude s'installe. Dans cette nouvelle identité imposée - Pauline Caupenne devient Pôlin Mischa -, si elle accepte de se perdre, de jouer le jeu dans cette quête initiatique, elle n'entend pas pour autant déroger à ses principes. Le H. Weinstein local se verra vite éconduit et elle aura également à coeur de signer la fin du match à son agent après quatre mois d'un tournage éprouvant. Dans ce monde très ésotérique pour l'Européenne Cartésienne qu'elle est, si elle accepte de sacrifier aux vertus de la divination, elle émet avec justesse quelques réserves, puisque les prédictions données par le "voyant" assoupi - et visiblement peu éclairé, pour un voyant - seront retranscrites dans une langue qui lui est étrangère. Elle est comme ça, Pauline, mutine et coquine, un pied dedans, un pied dehors, mi-Européenne, mi-Indienne d'adoption, ce qui lui permet d'avoir un regard distancié, voire amusé sur ce qui l'entoure. En campant la vingtaine de personnages qui vont peupler son quotidien, elle déclenche le rire... et la réflexion : quid du gamin assistant de plateau réduit à l'assister sous une chaleur torride, sans protection, quid des intouchables, des hijras, transgenres et travestis voués aux gémonies comme les sorcières qu'on brûlait chez nous au Moyen-Âge, quid de l'égalité des sexes dans un pays où le patriarcat et la misogynie règnent, où l'on asperge d'essence les femmes rétives ou adultères ? Entre rires et désillusions... tout est dit. Et bien dit. C'est détaillé, c'est du vécu.
Ce parcours haut en couleurs qu'elle nous décrit avec force, sincérité et... talent est émaillé de respirations chorégraphiques et musicales qui créent un enchantement, d'autant que le plateau quasi nu (quelques guirlandes et pompons roses, à jardin, un autel assorti d'images de divinités hindoues, des fleurs) devient vivant, s'anime au gré de ses danses envoutantes, d'une valise à roulettes qu'elle déplace au gré de l'aventure, de son jeu sensuel avec le sari rose dont elle se drape ou qu'elle déplie comme un long foulard. C'est aussi avec délice qu'on découvre ses images d'archives, judicieusement gardées, ses premières pubs, ses premiers tournages. On voyage... On voyage plus d'une heure durant avec une Pauline qui bouge, qui danse, qui rit. Comme dans un rêve mâtiné de petits cauchemars fugaces.
Revenue depuis en France, plus volontaire, plus lucide que jamais, elle n'oubliera pas de sitôt cette expérience unique, si enrichissante. Certes, elle n'a pas changé - elle ne sera jamais objet mais sujet - mais elle semble s'être accomplie dans cet exil identitaire. Pour nous, une chose est sûre : elle a, avec cette énergie, cette distanciation heureuse, ce sens de l'humour, déployés dans ce premier seule-en-scène très réussi, trouvé sa place sur scène comme dans l'écriture ! Courez l'applaudir !
Ce parcours haut en couleurs qu'elle nous décrit avec force, sincérité et... talent est émaillé de respirations chorégraphiques et musicales qui créent un enchantement, d'autant que le plateau quasi nu (quelques guirlandes et pompons roses, à jardin, un autel assorti d'images de divinités hindoues, des fleurs) devient vivant, s'anime au gré de ses danses envoutantes, d'une valise à roulettes qu'elle déplace au gré de l'aventure, de son jeu sensuel avec le sari rose dont elle se drape ou qu'elle déplie comme un long foulard. C'est aussi avec délice qu'on découvre ses images d'archives, judicieusement gardées, ses premières pubs, ses premiers tournages. On voyage... On voyage plus d'une heure durant avec une Pauline qui bouge, qui danse, qui rit. Comme dans un rêve mâtiné de petits cauchemars fugaces.
Revenue depuis en France, plus volontaire, plus lucide que jamais, elle n'oubliera pas de sitôt cette expérience unique, si enrichissante. Certes, elle n'a pas changé - elle ne sera jamais objet mais sujet - mais elle semble s'être accomplie dans cet exil identitaire. Pour nous, une chose est sûre : elle a, avec cette énergie, cette distanciation heureuse, ce sens de l'humour, déployés dans ce premier seule-en-scène très réussi, trouvé sa place sur scène comme dans l'écriture ! Courez l'applaudir !
Paru le 27/04/2026
(5 notes) THÉÂTRE LEPIC Jusqu'au dimanche 24 mai
SEUL(E) EN SCÈNE à partir de 8 ans. Tout plaquer pour devenir actrice en Inde ? Les tribulations d’une occidentale en quête identitaire. Pauline, 20 ans, décide de partir vivre en Inde pour donner du sens à sa vie. Arrivée là-bas, elle devient par hasard actrice à Bollywood ! La chance de sa vie ? Oui, mais… Entre émerveillement, er...
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