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© Benjamin Dumas
Zoom par Patrick Adler
Un fil à la patte
Théâtre du Ranelagh

"Y a d'la rumba dans l'air, le costume de travers", comme dirait Souchon, dans cette relecture fine et haut-perchée du "Fil à la patte" de Sir Anthony Magnier, qui a gagné en un seul coup ses lettres de noblesse par cette mise en scène déglinguée-rock qui, à n'en pas douter, fera date. C'est jubilatoire, drôlissime, parfaitement réussi ! Coup de coeur absolu !
On ne va pas refaire le pitch. Qui n'a pas vu, voire revu ce Feydeau qui est sans doute, parmi toutes les pièces de l'auteur, la plus jouée. Mais arriver, sans décor aucun - tout juste quelques chaises, des rideaux blancs en fond de scène, quelques perruques cheap - à faire de ces presque deux heures un moment d'exception sans le moindre temps mort et des rires qui parcourent la salle sans discontinuer, chapeau ! Il y a une énergie, une générosité, un plaisir à jouer incroyables dans cette troupe où chacun a sa partition, où chacun a trouvé son clown et surtout où tout le monde fait corps. Et c'est ce travail choral qui est ici à saluer car il n'est pas ici question de premiers rôles, de rôles secondaires, d'utilités. Tout le monde est logé à la même enseigne, au service du texte, respecté à la lettre avec, ça et là, quelques libertés, notamment dans le happening de la tonique et époustouflante Alexiane Torrès avant le début de la pièce sur le mode "Qui a volé ma salade de quinoa ?". Le ton est donné. Bienvenue en Absurdistan. Nous sommes dans le temple du burlesque où tout, y compris les personnages, est burlesque. Pas de décors, pas de portes qui claquent, d'armoires qui s'ouvrent. Ca vous manque ? Qu'à cela ne tienne, le génial Anthony Magnier a la clef : bruitages et autres borborygmes - souvent choraux - feront l'affaire. Si notre imaginaire est, de fait, sollicité, nous ne sommes pas passifs pour autant puisque le quatrième mur est parfois franchi, comme les sorties de plateau où Bois-d'Enghien (formidable Stéphane Brel) enjambe les spectateurs, où Bouzin (incarné par l'exceptionnel clown Alexandre Pavlata, qui réussit même à faire oublier les mythiques figures du rôle Robert Hirsch et Christian Hecq) donne son parapluie à une spectatrice... Tout se joue sur le rythme. Imaginez l'atmosphère sur-vitaminée du circuit du Mans, des bolides à la mécanique huilée, des pilotes de formule 1 dirigés, que dis-je, irrigués par... Irrigua, général d'opérette joué avec la truculence et la démesure d'un Anthony Magnier au meilleur de sa forme et vous avez deux heures à couper le souffle, mais pas celui de Fontanet le putois (irrésistible Mikael Fasulo) qui, au passage, empeste tout le monde et notamment Lucette, Viviane et Gontran (Fanny Lucet, Agathe Boudrieres et Anthony Roullier, les trois rivalisent de talent). Et s'il vous prend l'envie de danser, régalez vous avec ces chorégraphies en ombres chinoises sur des rythmes électro où tous les personnages de la pièce se déhanchent comme sur le dance-floor.

Vous l'aurez compris, "Ce fil à la patte" est moderne mais respectueux du texte, sublimé par la dimension burlesque qu'il lui offre. Anthony Magnier a réussi là un véritable tour de force. Sa proposition est d'une rare finesse, c'est un joyau. Cette inventivité folle peut s'appuyer sur une troupe au cordeau. Tous et toutes mouillent la chemise (de flanelle ?) et semblent s'amuser comme des fous sur scène. Dans la salle, le public est conquis. Nous aussi. C'est 4 TTTT pour Tatouvu lol !
Paru le 30/03/2026

(44 notes)
UN FIL À LA PATTE
THÉÂTRE DU RANELAGH
Jusqu'au dimanche 3 mai

COMÉDIE à partir de 10 ans. Afin de se marier à une riche héritière, Bois d’Enghein fait tout pour se débarrasser de sa maîtresse : une chanteuse de café-concert, Lucette Gautier. De lâchetés en mensonges, il s’enfonce dans une situation inextricable menant Feydeau à convoquer une pléiade de personnages cocasses et décalés.

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