Zoom par Patrick Adler
J'ai mangé ma fourchette
Théâtre de Passy.
On connaissait les avaleurs de sabres. Quid des mangeurs de fourchettes ? Ils sont très rares, à ce qu'on dit et c'est peut-être cette spécificité qui a interpelé la Direction du Passy, au point d'inviter l'un de ces spécimens à se produire les mardis et mercredis jusqu'en mai. L'homme en question - Il s'appelle Gilles Bugeaud - n'a rien d'un phénomène de foire disgracieux. Bien au contraire ! Il porte beau, est même très élégant et, sans vouloir offenser la médecine, il ne semble pas gêné au niveau de la trachée, la glotte, la luette pour laisser passer un couvert, même à quatre dents. Pis encore : il chante ! Juste et bien. C'est un baryton de haut niveau, doublé d'un comédien à la "vis comica" indéniable. Libre aux grincheux d'en faire des gorges chaudes. La sienne va bien et en Frégoli de la corde vocale, sachez que sur lui tout passe, surtout les rires. Brillantissime !
Avec son allure de gendre idéal et de chanteur de charme, Gilles Bugeaud inspire d'emblée le respect. L'homme en costume trois-pièces n'a pas son pareil pour emballer en un tournemain (et en un tour de chant) le public. Son sens inné du rythme et de la scène, propre aux artistes de Music-hall chevronnés, fait qu'il évolue sur le plateau comme un poisson dans l'eau.
Soutenu par Christophe Manien, son pianiste attitré qui le suit - et parfois même le devance - avec une belle complicité, il démarre sobre puis s'offre assez vite quelques libertés. Son goût pour la digression et ses (fausses) improvisations - elles sont très travaillées - sont un régal. Batifolant à l'envi sur ses amours contrariées, la politique, le massacre de la langue française et autres sujets, vous le croyez hors-sujet, c'est alors qu'il vous cueille avec une illustration chantée de son propos.
Le récital est de facture classique encore que... car l'homme a du ressort et un répertoire qui semble inépuisable. Pour l'heure, il s'est spécialisé dans les chansons humoristiques des Années Folles, de l'avant-guerre, de l'après-guerre avec de belles signatures comme Scotto, Yanne, Constantin, Bourvil.
Des textes puissants où foisonnent les jeux de mots et une foultitude de fantaisies burlesques. Il chante, danse, il s'amuse plus d'une heure durant. Il a la maestria, la virtuosité d'un Fred Radix, autre Fregoli que nous avions encensé dans "La Claque" et "Le siffleur" à la Gaité-Montparnasse. Il impose une présence ironique élégante.
Tout est ciselé, varié, au cordeau, sans aucun temps mort. Et ce jeu complice et drolissime avec le pianiste, passant avec aisance d'un statut de clown blanc, voire de souffre-douleur à son quart-d'heure de gloire Warholien en concertiste soliste, met le public en joie. Il est hilare... jusqu'à la sortie. Il vient de prendre un bain rafraîchissant et énergisant.
À défaut de "manger sa fourchette", les grincheux vont devoir manger leur chapeau car ce numéro de duettistes se laisse déguster... sans modération !
Soutenu par Christophe Manien, son pianiste attitré qui le suit - et parfois même le devance - avec une belle complicité, il démarre sobre puis s'offre assez vite quelques libertés. Son goût pour la digression et ses (fausses) improvisations - elles sont très travaillées - sont un régal. Batifolant à l'envi sur ses amours contrariées, la politique, le massacre de la langue française et autres sujets, vous le croyez hors-sujet, c'est alors qu'il vous cueille avec une illustration chantée de son propos.
Le récital est de facture classique encore que... car l'homme a du ressort et un répertoire qui semble inépuisable. Pour l'heure, il s'est spécialisé dans les chansons humoristiques des Années Folles, de l'avant-guerre, de l'après-guerre avec de belles signatures comme Scotto, Yanne, Constantin, Bourvil.
Des textes puissants où foisonnent les jeux de mots et une foultitude de fantaisies burlesques. Il chante, danse, il s'amuse plus d'une heure durant. Il a la maestria, la virtuosité d'un Fred Radix, autre Fregoli que nous avions encensé dans "La Claque" et "Le siffleur" à la Gaité-Montparnasse. Il impose une présence ironique élégante.
Tout est ciselé, varié, au cordeau, sans aucun temps mort. Et ce jeu complice et drolissime avec le pianiste, passant avec aisance d'un statut de clown blanc, voire de souffre-douleur à son quart-d'heure de gloire Warholien en concertiste soliste, met le public en joie. Il est hilare... jusqu'à la sortie. Il vient de prendre un bain rafraîchissant et énergisant.
À défaut de "manger sa fourchette", les grincheux vont devoir manger leur chapeau car ce numéro de duettistes se laisse déguster... sans modération !
Paru le 03/03/2026
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J'AI MANGE MA FOURCHETTE Théâtre de Passy Jusqu'au mardi 12 mai
SPECTACLE MUSICAL. Ça a l'air de commencer comme un récital tout à fait sérieux mais très vite le chanteur s'interrompt, se livre, se confie. Car ce chanteur est avant tout un homme de son temps, un homme dont on va suivre l'hilarant parcours amoureux en plongeant dans le répertoire de la chanson humoristique frança...
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