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© Stéphane Audran
Zoom par Patrick Adler
Tout contre la terre
Comédie de Paris

À l'heure où le Salon de l'Agriculture ferme ses portes, où les Bovins-Stars ont dû pour une fois décliner l'invitation et rester aux champs par mesure sanitaire préventive, le sujet de la condition paysanne est plus que jamais d'actualité. Sachant qu'un agriculteur se suicide tous les deux jours, doit-on rester les bras ballants face à ces statistiques ? L'histoire de Camille et Augustin en est une juste et bouleversante illustration. Devant un mur de bottes de foin, le spectateur assiste, médusé, à un drame mais aussi et surtout à une histoire d'amour magnifique, transcendée par le jeu des comédiens, une mise en scène inventive et même - ô surprise - quelques moments de légèreté délicieux. Pépite !
Camille a choisi de se raconter sans ambages, sans fioritures, à un journaliste. C'est cette histoire en flashbacks qu'elle nous livre. Elle n'était pas vouée à cela, la petite citadine qui rencontre son bien-aimé sur les réseaux sociaux et décide, après un petit tour rocambolesque en moissonneuse-batteuse, de le suivre dans cette vie de "chien". Comme le chante si bien Souchon "Elle la voyait pas comme ça, sa vie". Elle fera avec, car l'amour est plus fort que tout.

Face à l'adversité, la souffrance, le labeur harassant, les crises sanitaires et surtout l'incompréhension administrative qui se réfugie derrière la géopolitique pour alourdir le fardeau d'une dette déjà insupportable, ils tiennent bon. À deux. Et même à trois quand, après une première alerte, une tentative de suicide avortée et un séjour à l'hôpital, le frère d'Augustin et elle prennent le relais et lui cachent les ennuis qui s'accumulent. Les bottes de foin s'agitent, devenant tour à tour, bureau, banc, tracteur, rendant le récit vivant et authentique. On s'y croirait. C'est du pur jus. "Tout contre la terre" est un mélodrame qui penche même vers le documentaire et forcément nous questionne.

Cette terre des paysans qui nous accueille, nous nourrit jusqu'à nous ensevelir le jour du dernier départ est une ogresse, comme Dame Nature. Le piège s'est refermé sur les paysans criblés de dettes. Augustin a sacrifié sa vie pour Camille. Pour qu'elle puisse vivre. Alors, elle revit à travers lui et poursuit le devoir de mémoire. Il lui reste la parole. Elle est plus que jamais nécessaire. En se libérant, elle témoigne d'un système à bout de souffle. Sans pathos mais avec cette pudeur mélancolique, en gardant l'énergie du désespoir tout en déplaçant les bottes de foin, Camille nous offre dans cet exercice cathartique une leçon d'humanité. On retiendra de cette pièce la formule brutale "Dans quel monde la main qui nourrit est celle qui mendie ?" Tout est dit.

Saluons la performance du quatuor Marie Benati et Rémi Couturier (qui signent également la mise en scène), Thibaud Pommier et, en alternance Charlotte Bigeard, Merryl Beaudonnet, Charlie Fargialla et Emmanuel Gruat. Une pièce à voir. Et revoir.
Paru le 27/02/2026

(38 notes)
TOUT CONTRE LA TERRE
THÉÂTRE DE LA COMÉDIE DE PARIS
Jusqu'au dimanche 14 juin

THÉÂTRE CONTEMPORAIN à partir de 12 ans. Une histoire d’amour, portée par la force de la jeunesse, l’humour, la tendresse et la rage de vivre. Un spectacle qui serre le coeur. Camille et Augustin, un couple de paysans, s’aiment et rêvent d’avenir. Leur histoire est faite de joie, de tendresse, mais aussi de combat contre un système qui l...

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