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© Bruno Perroud
Alexis Michalik
l’entrepreneur
Cinq pièces actuellement à l'affiche. Le Molière 2020 de la meilleure mise en scène d'un spectacle de théâtre privé attribué à "Une histoire d'amour". Et, en janvier prochain, "Les Producteurs", la célèbre comédie musicale de Mel Brooks qu'il a adaptée et mettra en scène au théâtre de Paris. Une première en France.
Il fallait bien aussi qu'un jour cet oiseau libre tente autre chose. Certes, depuis sa toute jeunesse il écrit mais il manquait à sa plume un autre terrain d'évasion : le genre littéraire, qu'il aborde avec "Loin" un foisonnant roman d'aventure de 640 pages sorti l'an passé et qui lui aussi nous mène par le bout du nez. Alors oui des mots surgissent de France et de Navarre : le surdoué du théâtre, un prodige, des salles combles, une incroyable virtuosité...

Mais alors oui, il arrive aussi que certains s'agacent et trempent leurs plumes dans le fiel quand trop d'honneurs s'affichent. La rançon de la gloire comme on dit ! Forcément, Alexis Michalik sort non seulement des clous traditionnels, mais il emporte l'adhésion du plus grand nombre, jeunesse comprise. Cet homme-là a du talent, de la volonté, il travaille et ne s'en laisse pas conter par le chant des sirènes qui le frôle. Ses rêves se portent large, très large, il n'ignore rien non plus des moyens d'expression d'aujourd'hui, il voyage dans sa tête et nous entraîne.

Il est... moderne. Et, probablement poussé par son intérêt pour les mathématiques, il maîtrise son travail avec une précision d'horloger. Il est simple aussi, ouvert et sympathique. Pas encore quarante ans que ses pièces jouent depuis leur création la longévité sur nos scènes. Qui plus est, sans l'ombre d'une tête d'affiche ! J'allais oublier, cet homme-là a tourné le dos au Conservatoire - où pourtant il était admis - préférant lâcher la bride à son imaginaire. Et puis il chante, et danse aussi ! Alors oui c'est formidable, mais cela ne tombe pas du ciel non plus.


Au début de l'histoire...


Un petit garçon heureux et sans histoires... apparentes. "Oh, j'étais plutôt premier de la classe, très poli, j'aimais les maths, un vrai matheux ! Je n'étais pas un gamin à problèmes." Un vrai matheux ? Mais alors pourquoi n'avoir pas opté pour une carrière dans ce domaine ? "Je l'avais envisagé, oui, mais j'avais aussi découvert ce qu'est le théâtre en jouant dans la troupe du collège et tout de suite j'ai eu cette envie très nette de devenir acteur. J'écrivais déjà, mais j'étais sûr que mon métier serait d'être acteur. Mon père est peintre et ma mère traduit des bouquins d'art. Comme j'avais de bonnes notes et que j'étais un élève régulier, il n'y a jamais eu de Ho, la, la ! face à mon envie, ils n'ont jamais eu peur, m'ont toujours laissé libre de mes choix et m'ont encouragé. Si bien qu'à dix-huit ans je gagnais déjà ma vie en tant qu'acteur."

Pour en revenir aux mathématiques et à cet esprit que l'on peut discerner en voyant ses spectacles, Alexis me raconte une anecdote inattendue : "Dans les loges d'Une histoire d'amour il y avait des jeunes de douze, treize ans qui m'ont dit ne pas supporter les maths, alors j'essaie de les encourager en leur donnant des cours quand je peux, et on avance sur Pythagore et tout ça. Voilà, ça sert quand même finalement !" Acteur, il sera, et se fera très vite remarquer à Chaillot en jouant le rôle d'un Roméo moderne dans Roméo et Juliette adapté par Irina Brook.


Et vint le goût de la mise en scène


"C'est elle qui m'a donné le goût de la mise en scène. Avant de rencontrer Irina j'avais une vision assez scolaire du théâtre, puis je me suis aperçu que l'on peut faire dire à un texte des choses très différentes de ce qu'elles ont l'air d'être sur le papier. Alors, j'ai eu envie d'essayer en choisissant d'adapter Le Mariage de Figaro, une pièce que j'adore et qui est devenue Une folle journée montée avec mes camarades du Conservatoire du onzième arrondissement. On l'a créée à Avignon et ça a été un tel choc que j'ai eu envie d'y revenir avec un autre spectacle. De là a commencé pour moi une belle histoire d'amour avec Avignon."

Irina Brooks encourage-t-elle les premiers pas de ce jeune homme ? "La première de mes pièces qu'elle est venue voir est Le cercle des illusionnistes et pour moi c'était un peu comme si ma mère venait ! Puis elle a programmé mes spectacles au TNN, c'était d'autant plus génial de revenir à Nice que nos dernières dates de tournée de Roméo et Juliette avaient eu lieu là-bas. Tout ça avait du sens pour moi."

La suite on la connaît, sans relâche il écrit, adapte, crée, et régulièrement remercie pour les Molière qu'il reçoit. Sa bête noire au théâtre c'est l'ennui, alors il met tout en œuvre pour éviter ce désagrément tant à lui-même qu'à un public qui ne cesse de le plébisciter.


Muscler le nerf de l'inventivité


Une Histoire d'amour est emmenée par des comédiens dont on remarque l'excellence, et donne à l'auteur le plaisir de remonter sur les planches. Entre le rire et les larmes ce mélo jouerait-t-il sur l'air du temps ? De quel tréfonds vient-elle cette histoire ? "Elle est partie d'une chanson de The Rapture, It takes time to be a man qu'on entend d'ailleurs à la fin. En l'écoutant, un sketch m'est venu à l'esprit et j'avais là très clairement la fin de la pièce. Il me restait à imaginer le reste. Pendant un an j'y ai pensé en me disant qu'elle serait très différente des autres, que ce serait un mélo, jusqu'au jour où je me suis trouvé face à une rupture amoureuse douloureuse. A partir de là tout s'est déclenché, j'ai écrit très vite, j'ai cherché un théâtre en me disant qu'il fallait que je la monte rapidement sinon je n'aurais peut-être plus envie de le faire." Et pas la moindre hésitation par crainte de dérouter son public ? "Non, je sais qu'il aime être surpris, par contre j'ai toujours la crainte de me planter, de faire un mauvais spectacle, un spectacle qui ne surprendrait plus. Parvenir à emmener le public ailleurs, c'est muscler le nerf de l'inventivité. Plus qu'artiste, je me vois comme un entrepreneur. Les meilleurs moments c'est de me plonger dans une nouvelle aventure, comme maintenant avec Les producteurs, de donner du travail à des comédiens et de les voir rejoindre l'aventure !"
Portrait par Jeanne Hoffstetter
Paru le 10/11/2020

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UNE HISTOIRE D'AMOUR   (13 notes)
LA SCALA PARIS
Jusqu'au lundi 30 novembre

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