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D.R.


Madame est morte!
Théâtre des Corps Saints, Avignon
Michel Heim est passé maître dans l'art de raconter l'Histoire à sa façon, en alexandrins et avec une bonne dose d'humour. "Madame est morte !", qui se joue aux Corps Saints durant le festival d'Avignon, ne déroge pas à la règle et nous laisse entendre un texte aussi bien écrit que désopilant.
Cette pièce nous raconte deux événements célèbres : la mort subite de la belle-sœur de Louis XIV et le mariage de sa cousine, la Grande Mademoiselle. Cette dernière, peu gâtée par la nature mais extrêmement riche, ayant toujours refusé les partis qui s'offraient d'épouser sa belle fortune, se retrouve, la quarantaine venue, irrémédiablement vieille fille, jusqu'au jour où elle tombe raide amoureuse d'un nobliau fringant et séducteur, connu pour ses conquêtes et sa fougue, le duc de Lauzun, qu'elle se met en tête d'épouser.

Alors que le Roi la verrait bien devenir la nouvelle femme de son frère, grand homosexuel devant l'éternel, la Grande Mademoiselle, par contre, se plait à rêver à quelques plaisirs physiques jusque là inconnus et trépigne, intrigue, menace pour s'unir à son affriolant petit duc dont elle raffole. Dans "Madame est morte !" Michel Heim reste fidèle à l'Histoire la plus classique, qu'il n'hésite pourtant pas à violer au passage afin de lui faire, pour reprendre la formule d'Alexandre Dumas, de beaux enfants. Il en découle que ce moment de théâtre passionnera autant ceux qui aiment Stéphane Bern que les aficionados des chansonniers. Les dialogues qu'échangent nos trois personnages, sont croustillants. Grand connaisseur de la chanson française, l'auteur n'hésite jamais à émailler son propos de phrases empruntées à la variété française la plus connue, ni à manier les anachronismes, effet comique garanti !

Le sérieux côtoie donc les moments les plus cocasses, sans compter les innombrables allusions sexuelles qui pimentent le texte, toujours avec beaucoup de finesse, Michel Heim pouvant légitimement revendiquer le titre de Prince sans rire tant son humour sait rester percutant et délicat.

C'est ce texte célébrant la différence dont on se doit de souligner la vivacité et l'originalité que trois comédiens s'appliquent à nous faire déguster. Chantal Giraudin endosse avec facilité les costumes de metteur en scène et de Grande Mademoiselle. Rudolphe Pignon donne à Philippe d'Orléans tout son talent et son côté espiègle et gai tandis que Thierry Lemoine a le redoutable défi de donner vie au Roi Soleil. L'on notera une belle scène de rires et de moqueries entre les deux frères au détriment de la "pauvre" Mademoiselle, à la grande joie du public qui savoure, pour sa part, l'intégralité de cette pièce, d'une grande fraicheur.
Zoom par Philippe Escalier
Paru le 26/07/2019

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