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© Stéphane De Bourgie


Philippe Torreton
joue “Bluebird” au théâtre du Rond-Point
Acteur militant, nul n'ignore ses engagements ni la passion avec laquelle il les défend. Qu'il rende hommage, questionne ou conteste, le cœur et la sincérité sont à la fois son porte-plume et son porte-voix. Ex sociétaire de la Comédie Française, Césars et Molières couronnent à plusieurs reprises ses interprétations. Pour la première mise en scène de Claire Devers il est chauffeur de taxi.
Au théâtre nous avons l'habitude de vous voir jouer les textes classiques. Comment ce rôle est-il venu à vous et qu'avez-vous éprouvé en lisant le texte ?
Claire Devers avait eu un jour l'envie de travailler avec moi sur un film qui ne s'est finalement pas fait, mais nous avions conservé cette envie de travailler ensemble. Concernant "Bluebird", jamais je n'ai été aussi ému en lisant un texte, même avec "Cyrano". Là, lorsque l'on découvre le pourquoi de la vie de cet homme et de sa femme, ça vous transperce, comme une main qui rentrerait dans votre estomac et le serrerait.

Londres, la nuit, au volant de sa Nissan, Bluebird Jimmy, chauffeur de taxi, voit se succéder des « charges », comme il les appelle. Tous portent en eux une blessure, Jimmy parle, et surtout les écoute en poursuivant sa route et son but. Qui est Jimmy pour vous ?
Ce qui m'intéresse c'est ce qu'il dit, à quel moment il le dit, et de quelle manière il écoute, mais ce n'est pas qui il est. Je crois qu'au théâtre on se définit surtout par ce qu'on dit : Je dis donc je suis. Et non pas : je pense. J'en ai eu la preuve en jouant Cyrano dans un hôpital psychiatrique. Que ça vienne d'un acteur habillé dans le costume traditionnel de Cyrano, ou d'un acteur en T-Shirt, si c'est dit, adressé, on croit au personnage. Vraiment. Donc mon travail est sur le texte, sur ce qu'il dit et comment le dire. Qui est Jimmy ? Pour moi c'est un chauffeur de taxi qui aime rouler la nuit dans les rues de Londres et parler à ses "charges", les écouter. Sans en dévoiler davantage, toutes « les charges » de Jimmy sont des personnes pour lesquelles aller quelque part représente quelque chose de terrible. Le texte est une longue progression de dialogues divers dont chacun dévoilera un peu quelque chose de Jimmy et le mettra en condition d'aller au rendez-vous qu'il a fixé à sa femme.

Connaissiez-vous l'œuvre de Simon Stephens avant de découvrir "Bluebird" ?
Pas du tout. Je ne suis pas très calé en écriture contemporaine, à mon grand regret... Mais en entrant au Conservatoire j'avais un tel retard dans ma connaissance des classiques que, c'est peut-être idiot, j'avais le sentiment qu'il fallait aller jusqu'au bout de Shakespeare, Marivaux, Molière... Je n'en avais jamais fini avec eux, et je n'ai toujours pas fini de les lire et d'avoir envie d'aller vers eux.

Le parcours de Jimmy s'achève de manière inattendue et bouleversante. Qu'en conclure ?
"Bluebird" est une marche vers ce qui ne peut pas se dire à quelqu'un qui ne veut pas entendre. C'est le parcours que fait Jimmy pour être écouté, alors que ses mots glissent sur l'autre comme si son psychisme avait revêtu un ciré jaune et que la pluie inonde. Ce n'est pas l'œuvre d'un désespéré, mais celle de quelqu'un qui croit profondément en l'humanité de façon individuelle, et c'est en ça qu'elle me bouleverse.
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 24/02/2018

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