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© Bruno Perroud


Chroniques d’une haine ordinaire
Passionné par "le grand dramaturge" qu'était Pierre Desproges, au-delà du "bouffon tragique" qui lui faisait écran, Michel Didym monte pour la seconde fois des textes de l'auteur, portés à la scène par Dominique Valadié et Christine Murillo dans un pas de deux magistral.

Dominique et Christine, ,bref retour en arrière

La première faisait de la danse, la seconde voulait être vétérinaire. Parties sur des sentiers différents elles se rejoindront finalement, sans se connaître alors, dans le même amour du théâtre, suivant à quelques années de distance la filière magique, Conservatoire national supérieur d'Art dramatique et Comédie-Française. Chassé-croisé, Dominique entre, pensionnaire, Christine sort, sociétaire, après qu'elles ont joué ensemble Le Menteur de Corneille sous la direction d'Alain Françon. Lorsqu'en 1983 Christine Murillo joue au Français Les Estivants, avec une jambe dans le plâtre et une chienne sans laisse, Dominique répond à l'invitation de Pierre Desproges de participer à Monsieur Cyclopède. "C'était un homme spirituel et agréable, plein de délicatesse." Mais stoppons là sur leurs carrières respectives, aussi riches que variées ; théâtre et cinéma, lauriers sur la tête de chacune et Molière pour les deux, s'il vous plaît. Parallèlement, Dominique enseigne au CNSAD, depuis bientôt vingt ans sans que sa passion ne ternisse, "Quelle horreur !" s'exclame sa partenaire en riant, "Moi, ça me serait impossible !". Christine préfère se consacrer avec Grégoire Œstermann et Jean-Claude Leguay, à la rédaction du quatrième tome du Baleinié, dictionnaire des tracas, édité au Seuil, dont naîtra bientôt un troisième spectacle.

Le jour où Michel Didym arrive avec une idée :

Mettre dans la bouche de ces deux actrices singulières des textes de Desproges que d'aucun qualifie de misogynes, ce contre quoi s'élève le metteur en scène. Directeur du Théâtre de la Manufacture de Lorraine à Nancy, comédien et metteur en scène, il avait déjà travaillé avec chacune d'elles avant de les réunir. "C'est le second spectacle que je monte autour des textes de Desproges. J'y ai découvert, par le biais des éditions Actes Sud Papiers, des qualités littéraires remarquables que j'ai voulu mettre en avant. Hélène, sa femme, m'a aidé en mettant à ma disposition de nombreux documents. Ce que j'aime également beaucoup chez lui, c'est sa libre-pensée, ses prises de risques insensées, disant son fait à tout le monde, aux bourgeois comme les prolétaires. J'ai eu envie pour ce spectacle de travailler la dramaturgie autour de thématiques comme l'amour, le bonheur, la France, la société, l'hétérosexualité, bref, une vision de l'Histoire française très impertinente ! Ce qui est aussi fabuleux pour moi, c'est de faire incarner ce texte par deux actrices, on se rend compte du coup de cette poétique comique totalement géniale des textes de Desproges, lesquels, écrits il y a vingt-cinq ans, font aujourd'hui hurler de rire les jeunes et tous ceux qui sont restés jeunes dans leur tête. Oui, tout ça m'enthousiasme !"

Elles en acceptent l'augure...

Avec pour troisième partenaire un piano noir qui jamais ne s'impose mais avec lequel elles jouent. Une belle idée de mise en scène pour accompagner des textes...
D. V. : Ces textes d'homme dits par des femmes... Oui, on pouvait se poser des questions, mais le résultat est très agréablement surprenant. Et ça, je crois que c'est la grâce de Desproges...
C. M. : Entre Dominique qui l'avait connu et Michel qui avait déjà fait un spectacle, moi j'étais l'innocente qui découvrait presque tout et qui parfois s'offusquait. Lorsque Michel est venu me chercher, je me suis dit : "Il se trompe, mais j'ai envie de me violenter." J'ai d'abord pensé couper tout ce qui me dérangeait et j'ai rapidement compris grâce à Michel et Dominique, que c'était cet incroyable mélange qui rendait Desproges si génial et unique, voire même "élégant", au point qu'aujourd'hui je rajoute des petits passages qu'on avait cru bon de supprimer ! J'étais une imbécile, voilà ! Quel bonheur aujourd'hui d'avoir tenu le choc !
D. V. : Oh pour moi ça n'a jamais été un choc, bien au contraire ! Je retrouve avec le public cette franche rigolade autour de ces blagues qui consistent à mettre en boîte les haineux. C'est tellement persifleur ! Et puis, cette écriture est comme un jeu avec le public qui s'amuse à saisir les endroits où c'est de la pure rigolade.
C. M. : Sur certains passages on entend les gens réfléchir, il y a un temps de latence avant qu'ils n'éclatent de rire, alors on apprivoise tout ça.

Pirouette finale...

"Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne."

À bon entendeur...

D. V. :
Venez nombreux !
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 26/11/2011

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