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© Bruno Perroud


L’Anniversaire
A la Comédie des Champs-Élysées
Peter n'ont pour pensionnaires que l'étrange Stanley et le train-train de la vie quotidienne faite de propos répétitifs et vides de sens. Jusqu'au jour où débarquent McCann et Golberg...
Les choses prennent alors une autre tournure... Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Dès lors, sans que l'on sache de quoi il s'agit, se balance sur la tête de Stanley l'épée de Damoclès. La violence, à travers des propos qui n'ont aucun sens, côtoie des silences qui, eux, en sont lourds. Théâtre difficile ? Non. Le théâtre de Pinter, qui portait à Beckett une immense admiration, n'est pas un long fleuve tranquille qu'il suffit de regarder couler. Du moins, pour nos esprits cartésiens. Il est pourtant fort réjouissant et montre une certaine poésie. Libre, il n'impose rien et, partant, à chacun de tricoter sa propre histoire autour de ces personnages et de leurs rapports, dont on ne sait rien.

Michel Fagadau met en scène

"Ce qui m'intéresse dans cette pièce, en dehors du challenge, c'est que politiquement, socialement, humainement, en tout cas dans la direction que j'ai voulu prendre, je la trouve douloureusement actuelle. J'entends par là que l'on a parlé à son propos d'une comédie de la menace. Moi, je suis convaincu que la menace vient avant tout de nous-mêmes, de notre quête permanente de certitudes dont se servent tous ceux dont nous devenons les acheteurs et qui nous manipulent en se servant de ça : les politiques, la religion, la publicité notre principal ennemi ! On s'accroche à ce qu'on nous donne. C'est ça le théâtre de Pinter. Ce qui est énoncé aujourd'hui comme une certitude demain ne l'est plus. Pour le personnage de Stanley, j'ai choisi le mythe de Peter Pan. Il fuit la responsabilité de devenir adulte, par contraste avec le grand Golberg qui est grand parce qu'il a suivi la ligne et obéi. J'ai essayé de faire entrer en action chaque personnage avec son problème personnel, qu'il cherche à résoudre à travers le déroulement de la pièce. Mais à la fin, chacun reste avec son
problème car nous sommes tous en quête d'une identité ou en fuite de cette identité. 'L'Anniversaire' est une pièce exigeante, une ouverture à des réflexions quotidiennes et positives mais pas du tout intellectuelles ! Elle est pour le commun des mortels. J'ai aussi voulu la monter comme un jeu enfantin un peu macabre... J'espère avoir réussi !"

Andréa Ferréol joue Meg

"Je dirais que mon rôle est assez complexe car il y a beaucoup de choses à exprimer, mais quand même le plus facile parce qu'il est le plus direct. C'est une brave femme qui aurait aimé avoir un enfant, et évidemment, elle voit dans le personnage de Stanley, qui est un vilain garçon, le fils qu'elle n'a pas eu. Il est pour elle une respiration, un rêve qui la sort de ses habitudes. Ils se chamaillent, mais je crois qu'ils s'aiment bien et lorsqu'elle est avec lui, elle se sent plus femme aussi. Pourtant, sans pourvoir l'exprimer elle pressent qu'il va se passer quelque chose, que l'on va faire du mal à son Stanley. À la fin, quand les deux visiteurs l'emmènent sans qu'il se défende, elle ne comprend pas, elle ne sait pas pourquoi, et moi non plus. Rien n'est imposé, c'est au public de se poser des questions. Le début de la pièce est très simple mais après c'est aux spectateurs d'imaginer. Qui sont ces deux hommes ? Moi je pense que ce sont des justiciers. Pinter était juif, il a écrit sa pièce après la guerre, il y a eu la Shoah et on peut imaginer que Stanley a fait quelques crasses pendant la guerre, comme dénoncer les parents de Goldberg qui est juif et qui n'arrête pas de parler de sa mère. Après des années de recherche Golberg et McCann le retrouvent dans cette pension de famille où il se cache. Ce pourrait être l'une des multiples interprétations possibles. À partir de là, tout devient clair, non ?"

Lorànt Deutsch joue Stanley

"Pour moi, si l'on essaie de réfléchir un peu, la pièce est porteuse d'un message très fort : 'Qu'est-ce qui constitue la nature humaine ?' À quoi se référer ? Que doit-on espérer ? Comment agir pour se réaliser en tant qu'être humain ? De cette façon, d'une pièce complètement débridée où l'on ne voit pas trop qui sont les personnages et où ils veulent en venir, on se trouve face à un aspect très intéressant au-delà de tout ce qui n'intéresse pas Pinter. À savoir tous les codes de fabrication d'une pièce. Il préfère s'attacher à quelque chose de beaucoup plus profond qui est l'identité humaine. Stanley fuit sa condition d'homme qui est de grandir, de vieillir puis de disparaître. Il se réfugie dans les rêves et les histoires d'enfance et ne veut surtout pas choisir d'être dans la vie, ce qui revient à être précipité vers la mort. Il fuit les gens qui, pense-t-il, lui veulent du mal. On peut penser que la société écrase nos personnalités, nous force à devenir quelqu'un d'autre, mais ce n'est pas vrai. Contrairement à ce que pense Stanley le danger ne vient pas de l'extérieur mais de lui-même. En s'isolant du monde, il se détruit. La fin de la pièce témoigne du côté équivoque de Pinter. On a le sentiment que Stanley est conduit à la mort, mais si c'était le contraire ? Si ces types lui voulaient du bien ? Avec Pinter tout est possible et c'est ce qui me plaît !"

Nicolas Vaude joue McCann

"Dans le cas de 'L'Anniversaire', je pense que nous ne devons pas, nous acteurs, essayer de trouver une interprétation lorsque l'on joue, mais simplement donner le texte tel qu'il est écrit. S'il faut en donner une, j'ai pensé, surtout avec la mise en scène de Michel, que tout est rêvé par Stanley, que Goldberg et McCann sont des anges de la mort venus le chercher. Quand le rideau se lève, on voit ce qui se passe dans la tête de Stanley, on entre dans son rêve. Mais la meilleure chose est que chacun peut imaginer ce qu'il veut. Moi, quand je joue j'essaie d'être vraiment dans le texte de Pinter. Je respecte les temps, les silences. C'est très près de Beckett, le côté angoissant en plus, et c'est ce que j'aime ici. Au début, j'ai été surpris que l'on me fasse jouer McCann qui est assez terrible mais finalement soumis à Goldberg. Maintenant, je me suis vraiment pris d'affection pour ce personnage qui parle très peu et qui est aussi assez drôle. C'est un enfant battu au fond... Mais je n'aime pas faire de la psychologie avec les personnages. Pour un acteur, être vraiment fidèle à Pinter procure une joie énorme qui est dans cette espèce de chose impénétrable en suspension. C'est une œuvre tellement belle, comme de la grande musique ! Pour moi la pièce, dans cette mise en scène, c'est 'Les Visiteurs du soir', la scène où Jules Berry, le diable, arrive avec la tempête, le tonnerre qui emportent tout."
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 15/03/2009

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