Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

© Bruno Perroud


César, Fanny et Marius au théâtre Antoine
Pour le théâtre, qu'il aime passionnément, Francis Huster est prêt à prendre tous les risques. Il le prouve une fois encore à travers la célèbre trilogie de Marcel Pagnol, qu'il adapte, met en scène et interprète aux côtés de son camarade Jacques Weber, remarquable César. Le somptueux décor de Thierry Flamand nous transporte d'emblée sur le Vieux-Port marseillais où, durant trois heures, quatorze comédiens redonnent aux personnages de Pagnol toute leur humanité... "Avé l'assent" autant qu'il est possible, tant l'exercice est difficile sur la longueur, lorsqu'il s'agit de restituer toute une gamme de sentiments et d'émotions. Mais sans que l'on y prenne gare, trois heures ont passé... C'était une belle soirée.
Charlotte Kady
est Honorine, mère de Fanny (Hafsia Herzi)


Son personnage d'Anne Belfond dans la série télévisée La Kiné a porté au plus haut sa notoriété. Assise dans sa loge, elle parle avec animation et gourmandise de "ce merveilleux cadeau que lui fait Francis Huster en lui confiant le rôle d'Honorine". Elle raconte les angoisses et le bonheur qu'elle éprouve depuis le début, à faire partie de "cette énorme fresque". Impossible de ne pas évoquer, pour un spectacle d'une telle richesse de tons, le carcan que pourrait représenter l'accent. "Au début, on est dans un registre léger, gai, et l'accent est très porteur. Mais, au fur et à mesure, mon personnage s'enfonce dans une humeur plus intense et dramatique, ça devient alors beaucoup plus difficile. Il faut, avec cet accent, rester crédible, garder cette vérité humaine dans le ton et la voix sans tomber dans une légèreté superficielle... Durant les répétitions, j'ai réalisé tout ça et j'étais assez angoissée à l'idée de parvenir à composer Honorine comme la voulait Francis. Mais d'après les remarques que j'ai eues de personnes du Midi, le pari est plutôt gagné." Toute jeune maman, la comédienne dit avoir acquis une certaine maturité lui permettant de faire corps avec cette Honorine pétrie d'amour et d'idéal pour sa fille Fanny. "Je pense que ce n'est peut-être pas un hasard si Honorine arrive à ce point-là de ma carrière, dans le sens où la fibre maternelle s'est développée de manière très, très forte chez moi. En tant que mère, je ressens viscéralement ce lien très porteur jusque dans le drame qui unit Honorine et Fanny. Je ressens tellement fort ce personnage qui représente un investissement psychologique et physique terrible ! C'est ça aussi le métier d'acteur, il est fait d'étapes, on emmagasine au fil du temps beaucoup de choses, d'émotions, et tout d'un coup un rôle arrive qui vous permet de redonner tout ça. C'est formidable !"

Urbain Cancelier
est Escartefigue


Il ne connaît pas le Midi, n'y va jamais dit-il, et ne sait pas prendre les accents. Ceci étant posé, il campe un Escartefigue plus vrai que nature après avoir récemment joué dans ce même théâtre, Victor ou les enfants au pouvoir et Les Deux Canards. "Quand Francis m'a proposé le rôle, j'étais bien sûr ravi, mais il fallait le faire avec l'accent, alors j'avais peur. Et, finalement, ça fonctionne. Mais je crois que je m'en sors bien parce que j'ai de petits passages. C'est plus facile que pour les autres qui, tout d'un coup, passent d'un registre à l'autre. Ce qui n'est pas mon cas. Vous savez un accent c'est une gageure. Parvenir à trouver une humanité... Très vite on peut devenir ridicule !" Un personnage, Urbain Cancelier, qui de film en pièce de théâtre joue sur tous les registres. Sur le ton de la confidence il parle de son métier d'acteur avec l'air de celui à qui on ne la fait pas. "Moi, quand on me donne un personnage, je ne me pose pas de questions et je me dis tout de suite : c'est moi." Dites-lui qu'en effet quel que soit le rôle qu'il endosse, il est le personnage, il rit : "Ça me plaît bien qu'on me dise ça, c'est un joli compliment...Vous savez, après avoir joué cinq cent quatre-vingt-dix fois 'Froufrou les bains', ça vous transforme un comédien ! Tout d'un coup, on est vraiment chez soi sur scène, car pour aller chercher l'invention après tant de représentations, il faut réellement aller la chercher ! Ça m'a été très bénéfique." Peu présent sur scène, Escartefigue s'impose pourtant. "Je dois avoir environ dix minutes ? C'est ça qui est le plus dur dans ce personnage. Mais d'un autre côté, Laugérias (Monsieur Brun) et moi apportons un peu l'univers de ce Marseille-là, dans ce décor qui est l'un des plus beaux que l'on puisse trouver !" Des propositions ? Il en a, mais, "Bien que j'aie un petit rôle, ce spectacle est une très belle aventure dont je suis fier, et je l'accompagnerai volontiers jusqu'en janvier prochain."

Stanley Weber
est Marius


"Face à un personnage, il faut toujours avoir un peu d'humilité c'est certain, mais à partir du moment où l'on prend la décision d'être acteur il ne faut pas avoir peur des références. J'ai fait une lecture assez neutre de mon rôle et je suis relativement vierge de tout ce passé. Ce que ce rôle m'inspire ? C'est qu'il est très facile de le replacer dans le contexte actuel où notre génération a souvent envie de tout faire voler en éclats, et de s'émanciper de certaines règles pour aller vers des choses beaucoup plus fortes, plus universelles." Qu'il parle de la société, de son métier, des grands auteurs qu'il a eu l'occasion d'aborder (Shakespeare étant le plus grand), de son rôle ou de son acteur de père dont il admire le grand intérêt qu'il porte aux jeunes acteurs et à leur vision des choses, Stanley Weber a la pensée et le discours riches, clairs et précis. Molière,Tchekhov, Shakespeare... Pagnol, sont toujours là, des siècles après, n'est-ce pas incroyable ? "C'est parce qu'ils sont totalement réalistes et adaptables. C'est la force de la langue, de l'écriture, le défi étant de parvenir à les rendre le plus accessible possible. Avec Pagnol, c'est assez simple car ce sont des textes concrets, terriens, ce qui facilite beaucoup l'écoute du public. C'est la force des grands auteurs que d'avoir traversé les temps et je pense que l'on pourrait très bien monter un 'César, Marius, Fanny' dans cinquante ans !" Imagine-t-il alors, lui qui fait aussi de la mise en scène, monter un jour la trilogie ? "Oui. Oui, plus je vois la manière dont nous avons travaillé plus je me dis que, plus tard, c'est un sujet qui me reviendra à l'esprit. J'ai toujours été intéressé par ce genre de pièce. Ce sont des bijoux qui sont accessibles à tous. Et à l'intérieur de ça, on peut jouer sur des subtilités et des réalités très fortes. Je n'en suis pas du tout là... Mais oui, on verra pourquoi pas ?"
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 31/03/2009

-
Haut