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Bruno Perroud
D.R.


Le Banc
Drôle et grinçant
Un luxueux chalet dans la montagne autrichienne, deux pianistes jouant à quatre mains depuis vingt ans, censés répéter pour un concert au Japon, et la vérité surgit, violente, implacable...
Gérald Sibleyras,
l'auteur


Avec des pièces intelligentes et divertissantes, il enchaîne des succès comme La Danse de l'albatros. "Au départ, l'idée était de parler d'un couple d'associés. Puis j'ai choisi le banc de piano parce que les pianistes à quatre mains sont, de surcroît, très limités dans leur espace. Depuis vingt ans ces deux-là partagent un banc d'à peu près 1,10 m et cette promiscuité leur est devenue intolérable, mais l'un sans l'autre ils ne sont rien." Un prix pour leur dernier disque, une tournée au Japon en perspective, un chalet où ils sont censés répéter, mais rien ne se passe comme prévu, l'auteur vous embarque sur une autre histoire... Un banc qui rétrécit au fil des jours sous les yeux d'un Vladimir sombrant dans la dépression, et vivant comme une tragédie cette promiscuité. On penserait presque au théâtre de l'absurde de Beckett... "Rien à voir, ç'aurait été très prétentieux de ma part de vouloir lui faire écho, même si l'univers est en effet emprunté à ça. Non, je voulais raconter l'histoire de tous ces couples d'artistes qui ne sont rien séparément. S'ils se séparent, le plus souvent un seul s'en sort... Mais je ne pensais pas du tout à Chevallier et Laspalès en écrivant ! J'écris toujours de manière instinctive sans penser à des acteurs en particulier." L'auteur de ces pièces, que le public plébiscite car elles font à la fois appel à son sens de la réflexion et son envie de se divertir, affirme n'avoir aucune imagination. "Je puise autour de moi, dans mes lectures, et il y a toujours un personnage qui est un peu moi !"


Christophe Lidon,
metteur en scène


Toujours à l'affiche de L'Antichambre, l'un des grands succès de la saison, il a l'art de mettre en scène les plus grands auteurs d'hier et d'aujourd'hui. "Je piste les meilleurs auteurs et je suis très fier de collaborer avec Gérald !", dit-il en riant. "Je suis content de travailler sur un texte pas toujours évident, comme on pourrait le penser à la première lecture. J'aime le divertissement qui fait réfléchir tout en étant un théâtre de jeu d'acteurs qui permet de faire avec eux des choses étonnantes, comme dans le cas présent emmener Chevallier et Laspalès dans cet univers. J'aime cette idée d'être déplanté. Ils se retrouvent dans un chalet qu'ils ne connaissent pas et où tout tourne autour d'eux : où sont réellement leurs places ? Et puis j'aime que l'acteur incarne, qu'il utilise ses muscles, son énergie, ses forces vives. C'est ce que je leur ai demandé et c'est passionnant." Son travail de metteur en scène "est avant tout de défendre l'univers de l'auteur, de s'en nourrir et de trouver les moyens de le faire exister dans toutes ses facettes". Il insiste aussi sur l'importance et le talent de son équipe, lumières, décors... Il a la chance, dit-il, "de travailler avec des fées", puis il revient sur ses comédiens : "Après vingt-cinq ans d'association artistique, ils ont légitimité à jouer cette pièce ! Je suis directeur d'acteurs, et c'est intéressant de se demander jusqu'où ils peuvent aller dans cet univers sombre, sans être déstabilisés !"


Philippe Chevallier et Régis Laspalès,
les pianistes


Ils se sont rencontrés au cours Simon et portent sur les gens le même regard. Complices, ils s'en amusent depuis vingt ans. Leur programme ? Continuer à faire rire, à faire du théâtre et du cinéma. Pas de règlement de comptes en perspective !

Comment vous sentez-vous sur votre banc ?
Régis Laspalès : Très positif ! En fait, ils n'arrivent pas à jouer, ils sortent leurs partitions, se disent "Bon, on travaille !", et les reproches reprennent, ils vident leur sac.
Philippe Chevallier : L'inconvénient, c'est qu'on n'a pas de dossier, il faut garder le dos droit et la colonne vertébrale impeccable...

Ce texte n'est-il pas perturbant pour vous qui travaillez également ensemble depuis tant d'années ?
P. C. : Eh bien non, et c'est ça qui est rigolo, c'est que ces personnages ont un tel ressenti, que... Bien sûr, on a eu des conflits, mais sur des détails. Dans le cas présent, ils sont en permanence énervés l'un par l'autre.
R. L. : Ils n'en peuvent plus, oui ! Ils n'en peuvent plus !
P. C. : Mais ça, c'est la réalité du duo de pianistes que l'on incarne, ça n'est pas notre réalité à nous.
R. L. : Le fait que l'on joue cette histoire, même si elle ne nous est pas arrivée, va peut-être troubler un peu...

Gérald Sibleyras nous plonge sans préavis dans le vif du sujet...
P. C. : Effectivement, cette pièce est très particulière parce qu'il n'y a pas de progression dramatique, il y a deux caractères donnés d'emblée. Vladimir - c'est moi - pète les plombs d'entrée. Il étouffe. Mais l'autre n'est pas blanc-bleu non plus et, finalement, je pense qu'il n'est pas mécontent de cette séparation.
R. L. : Nous, on n'est jamais allés aussi loin, sinon on ne serait pas là ! Mais c'est vrai que quand on a lu ça, ça nous a interpellés comme on dit, on a le même âge qu'eux, on fait des tournées, on joue ensemble depuis vingt ans... Le public va se demander : est-ce que ça pourrait leur arriver ? C'est amusant que ce soit nous qui jouions cette pièce, non ?
P. C. : Cette situation très paroxysmique qu'exploite Sibleyras est quand même très éloignée de nous. Quand je joue mon texte, je n'ai pas du tout l'impression de m'adresser à Laspalès.
R. L. : Le public peut quand même ressentir qu'ils ont été complices pendant un moment...
P. C. : Oui, mais comme vous le disiez, et c'est ce que je trouve amusant, c'est que la situation est très vite franche et violente, il n'y a pas de montée, de petits grains de sable accumulés, non, non. Il prend une tranche de vie où tout explose, on ne le voit pas allumer la mèche.

Malgré tout, les gens rient beaucoup, est-ce parce que c'est vous ?
P. C. : Non, c'est parce que le texte est surprenant et très drôle.
R. L. : Au début, peut-être, le fait que ce soit nous... Mais la folie de Vladimir prête beaucoup à rire. Et mes escapades dans la montagne avec une Autrichienne qu'on ne voit jamais... Parce que moi, contrairement à Vladimir qui refuse catégoriquement de sortir, je m'acclimate parfaitement.

Une évidence pour vous cette pièce ?
R. L. et P. C. : On en lit beaucoup, mais là, franchement, on a tellement aimé qu'on ne pouvait pas la laisser passer !
Dossier par Jeanne Hoffstetter
Paru le 20/06/2008

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