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D.R.


Odile Mallet et Geneviève Brunet
Sans que l'on puisse les confondre, elles se ressemblent comme des jumelles, normal, elles le sont. L'une termine la phrase de l'autre, quand l'autre ne termine pas celle de l'une, ce dont elles s'amusent. Le théâtre est leur passion qu'elles soient sur scène ou dans les coulisses lorsqu'elles signent la mise en scène. Avec "Pour Lucrèce", l'ultime pièce de Giraudoux qu'elles montent au Théâtre 14, elles signent également costumes et décors.
Douées pour le dessin, vous êtes à 18 ans reçues au concours des Arts déco, mais aussi au Conservatoire.
Un choix difficile ?
Odile : Nous avons choisi sans hésiter le Conservatoire où nous avons été reçues à l'unanimité, cela nous plaisait beaucoup plus.
Geneviève : À 9 ans, notre grand-père médecin nous avait fait jouer Le Malade imaginaire et ça nous semblait tout à fait normal. On aimait déjà ça !
O. : Peut-être aussi que le fait d'entendre dire sans arrêt "Oh, les belles petites jumelles !" nous a donné très tôt l'envie d'être regardées. Nous étions déjà inconsciemment en représentation !
G. : Je ne crois pas du tout, mais pas du tout, que ce soit l'envie d'être regardées, petites, qui nous ait donné celle de faire du théâtre !

Vous sortez du Conservatoire avec les honneurs...
O. : Geneviève a eu les premiers prix et moi les seconds.

Depuis, vous n'avez pas cessé de travailler !
G. : Nous avons même commencé pendant le Conservatoire, ce qui n'était pas très bien vu : "Elles sont là pour apprendre et se prennent pour des professionnelles..." Vous voyez ?

Jean Vilar, le TNP, Valère-Desailly, les Tréteaux de France, du "grand répertoire" à la comédie, vos parcours sont enviables ! Le regard du public sur le théâtre a-t-il changé aujourd'hui ?
O. : Fatalement, avec la télévision...
G. : La télé-réalité, les people ont mangé des spectateurs, mais il y a autre chose : les études classiques se perdent, tout ce qui est littéraire est passé au second plan de l'éducation et l'on finit par ne plus comprendre les mots. Le langage a beaucoup changé à travers le journalisme et la télévision. Les gens n'ont plus l'habitude d'écouter un texte, ils regardent les images ça va plus vite ! Les jeunes gens qui aiment le théâtre comme nous l'aimons, ça existe toujours, bien sûr, mais ils ne connaissent plus les mots...

La situation n'est pas désespérée ! Vous montez Pour Lucrèce de Jean Giraudoux, un auteur dont l'intellectualisme a souvent été mis en avant et qui était à la mode à une époque où le raffinement du langage avait de l'importance !
O. : Il est fascinant de relever les défis ! Mais il nous semble qu'il y a chez Giraudoux une prescience de l'avenir tout à fait extraordinaire, un aspect psychanalytique et un humour qui n'ont pas vraiment été montrés jusqu'à présent. Son style est si brillant que l'on oublie parfois d'aller voir derrière !
G. : C'est une étude d'un modernisme tout à fait étonnant sur les rapports hommes-femmes.

Montez-vous la pièce dans son intégralité ou y avez-vous apporté des modifications ?
O. : Nous n'avons rien changé, simplement un peu allégé certaines scènes pour rendre la pièce plus accessible au public d'aujourd'hui.
G. : La mise en scène nécessite avant tout un grand travail avec les acteurs, car tous ont des rôles majeurs à défendre.

En quelques mots pouvez-vous nous raconter son thème ?
G. : C'est un combat entre le vice et la vertu. À travers deux femmes, l'une débauchée, l'autre adepte de la pureté, telle la Lucrèce antique,
Giraudoux nous entraîne dans une intrigue proche des
Liaisons dangereuses.
O. : C'est l'histoire d'une vengeance implacable dans laquelle, peut-être avec malice, Giraudoux s'est amusé à mettre tous les ingrédients du mélo : le vitriol, le
somnifère, le duel, le poison... Tout ! Mais son art en fait une tragédie.

Ce n'est pas un peu dépassé aujourd'hui ?
O. : Pas du tout ! L'incommunicabilité, le fanatisme même y sont présents en filigrane. Sujets très actuels.
G. : Ainsi qu'une grande divergence entre ce monde
des hommes et celui des femmes. C'est un peu l'axiome "Ni pute ni soumise". Ce n'est pas dépassé puisque ça existe encore de nos jours. Il est évident que les normes de la vie ont beaucoup changé depuis 1968, mais il y a quand même ce monde différent et parallèle des hommes et des femmes.
O. : Une personne qui représente la rigueur, la recherche d'un absolu... Même aujourd'hui, quel drame cela peut provoquer ! Je peux ajouter que le réquisitoire contre les hommes fait par une extraordinaire mère
maquerelle au dernier acte est un morceau d'anthologie.

Sans aucun doute un grand plaisir de théâtre !
O. : Je le crois. L'intrigue a de quoi captiver, dès le début quelque chose de dangereux se met en place...
G. : À la fin du premier acte, on se demande ce qui va se passer, c'est un vrai suspense !
O. : Et la beauté du style ne le rend que plus fascinant.
Interview par Jeanne Hoffstetter
Paru le 06/02/2006

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