Connexion : Adhérent - Invité - Partenaire
Accueil Qui sommes nous Nos services Comment adhérer Questions courantes Contactez nous

D.R.


“Torch Song Trilogy”
en création française au Vingtième Théâtre
Jouée des années durant à Broadway, "Torch Song Trilogy" d'Harvey Fierstein marque le grand public lorsque son auteur la porte à l'écran en 1988. Amoureux de cette pièce sensible et réaliste, "l'une des plus belles pièces gays jamais écrites", Christian Bordeleau la traduit et l'adapte. Son travail décide le Vingtième Théâtre à la programmer début septembre, portée par une distribution prometteuse. Interviews et portraits pour présenter en avant-première l'auteur et les protagonistes principaux de cette création attendue.
Éric Guého : Arnold

"Je suis un jour monté sur scène et sans que je ne fasse rien, la salle a commencé à rire. J'ai compris qu'il se passait quelque chose." Avec une voix mesurée, Éric Guého explique la découverte d'une vocation l'ayant entraîné vers l'Actors Studio et le cours Simon, en prélude à une série de pièces venues consacrer son talent comique. Paradoxalement, son rôle marquant est celui, assez atypique, d'un ange de la mort dans La Valse du hasard de Victor Haïm dont il garde un souvenir tout particulier. Les débuts de Pink TV lui donnent l'occasion de faire les siens au petit écran, en présentant, tous les soirs à 20 h 40, une chronique humoristique. Tournée en extérieur, Bonheur-Bonheur pose sur les sujets les plus variés un regard empli d'humour.
Gentil, généreux mais aussi intolérant, Arnold est bien le personnage fort et contrasté qu'il rêvait de jouer. "Cette pièce ne parle pas uniquement d'homosexualité. Rapports avec la mère, manque de communication, désir
d'adoption, elle aborde aussi des thèmes multiples toujours d'actualité.» Au moment de sa sortie, le film Torch Song Trilogy a beaucoup marqué les esprits. "Les spectateurs vont avoir en tête Fierstein et ils vont voir Guého !", dit-il modestement. "Il va me falloir asseoir mon personnage, forcément très différent. Ce qui est intéressant, ce sont les rapports que nous allons tisser entre nous, sur scène et l'ambiance qui va s'en dégager. Dans l'équipe, tout se passe bien, on est heureux de jouer ensemble. Ce bonheur devrait être contagieux." Pour ceux qui l'ont déjà vu sur scène, le doute n'est pas de mise, Éric Guého devrait être un grand Arnold.

Firmin David : Alan

Malgré son air assuré et calme, rien ne trahit dans son visage le virage de la trentaine, mis à part son CV où l'on découvre un parcours aux expériences multiples. Au théâtre, son dernier rôle était à la Comédie-Française, dans Le Marchand de Venise. "Moi qui étais prêt à faire un arbre, au fond à gauche, quand j'ai appris que j'étais retenu pour le messager, j'étais fou de joie." Auparavant, il a joué aussi Tremblay et Cocteau dont l'univers et les textes le fascinent : "J'aimerais interpréter Stanislas dans L'Aigle à deux têtes."
Formé au cours Simon puis par Jean Darnel, Firmin David s'est installé durant un an et demi à Londres pour y prendre des cours de chant qu'il met en pratique dans Mickey's Winter on Ice. Pour le reste, il a l'habitude de combler ses moments creux par des feuilletons policiers. "Je ne suis pas encore en mesure de refuser trop de choses !" Par contre, il accepte, sans réticence aucune, le rôle que Caroline Huppert lui propose dans son prochain téléfilm pour France 2. "J'aime beaucoup son travail", explique-t-il avant d'ajouter qu'au cinéma, il a souvent joué des rôles de jeunes auxquels on aurait donné le bon Dieu sans confession : "En fait, c'était de vraies pourritures, c'est ce qu'il y a de plus intéressant !" Puis, vient le cri du cœur : "Il me tarde de pouvoir jouer des personnages plus matures." En attendant, il reprend dans Torch Song Trilogy, le rôle jadis incarné par Matthew Broderick. "Dans le film, il était calme, on a voulu le rendre plus énergique. Mon personnage est très sensuel et sexuel. Il faut savoir qu'Alan débarque à New York à 14 ans où il fait le trottoir pour survivre avant de devenir mannequin." Et de conclure : "Dans la vie, je suis à l'opposé de ce genre de personnage. Il a fallu que je me libère !"


Rosine Cadoret :
M'man

Quel était votre dernier spectacle ?
Il s'agit de L'Homme en question, la pièce de Félicien Marceau, jouée avec Michel Sardou à la Porte Saint-Martin, puis en tournée, dans une ambiance très sympa. J'interprétais une femme qui draguait tant et plus Michel Sardou dans les ascenseurs !

Ça marchait ?
Oui ! J'avais pas essayé avant, je n'ai pas tenté depuis, mais sur scène, ça marchait (rires) !

Sinon, on vous a souvent vue sur le petit écran !
J'ai joué, en effet, dans un grand nombre de séries, avec des rôles conséquents, parfois des tournages longs, comme les 200 épisodes de Rue Carnot. Je suis également partie en Nouvelle-Zélande tourner pendant six mois Port Cook. Dans Une famille pour deux, j'étais la mère d'Éric Métayer.

Visiblement, on commence à vous donner des rôles de maman !
Oui, c'est un tournant, en attendant de jouer les grands-mères ou - puisque l'espérance de vie augmente - la ménagère de moins de cent ans !

Qu'est-ce qui vous séduit le plus dans votre métier ?
J'aime les choses qui commencent. J'ai adoré ouvrir le théâtre Présent de La Villette avec les frères Jolivet et ensuite le Café d'Edgar avec Marc Jolivet dans Les Concierges de l'espace.
J'ai aussi fait partie, au début, de la Compagnie du Pallium de Jean-Michel Ribes qui était venu me chercher quand je prenais des cours d'art dramatique.

Avec la mère d'Arnold, vous sortez des rôles "gentils" que l'on vous a souvent confiés. Qu'en pensez-vous ?
En effet, ce qui me plaît, c'est qu'elle soit un peu méchante... ça va me faire beaucoup de bien ! Elle balance des trucs durs, dit ce qu'elle pense, parfois avec de l'humour, mais le plus souvent sans prendre de gants. Elle n'arrive pas à accepter l'homosexualité de son fils et surtout le fait qu'il ne lui dise jamais rien de sa vie. En tout cas, c'est une sacrée bonne femme et pour moi c'est un beau personnage.

Frédéric Chevaux : Ed
Parler de son travail, c'est un peu faire le tour de France. Habitué à des rythmes d'enfer, Frédéric Chevaux avoue ne pas savoir dire non, "surtout lorsqu'on me propose un rôle comme Ed". À peine de retour de Martinique et de Guadeloupe où il s'est produit avec Des Équilibres, spectacle mis en scène par François Berdeaux mêlant danse, cirque, théâtre, hip-hop et acrobatie, il attaque de front les répétitions de deux spectacles. À la sueur de mon front est aussi au programme. Ce théâtre-réalité où les comédiens restituent des témoignages recueillis par une journaliste doit se jouer en province dans quelques mois.
Arrivé à Paris à 18 ans, Frédéric Chevaux fait le cours Florent. "J'ai rencontré les profs qu'il fallait ainsi que des comédiens avec qui j'ai travaillé." Le travail de la chanson est venu un peu moins naturellement. "Au départ, j'étais complètement bloqué. Un jour, un metteur en scène m'a dit que mon rôle dans La Nuit des rois comportait trois chansons. C'était hors de question... il a insisté un moment et j'ai fini par céder. Maintenant, je me régale." Un plaisir évident pour qui l'a vu, il y a peu, dans Oliver Twist au Trianon. Enfin, le résumé de son parcours serait incomplet sans les rôles qu'il a tenus dans trois Shakespeare montés par la dynamique Compagnie Casalibus. Parmi eux, Le Songe d'une nuit d'été est toujours en tournée.
Qui en douterait ? Son rôle dans Torch Song Trilogy le comble d'aise. "Je n'ai encore jamais joué un personnage dans un texte contemporain. Il va me falloir trouver le rythme théâtral, tout cela va être passionnant à faire."


Trois questions à Christian Bordeleau, traducteur, adaptateur et metteur en scène Pourquoi cette pièce n'a-t-elle jamais été montée en France ?
Réunir les bonnes personnes autour d'un projet n'est jamais chose facile. Je sais que Jean-Michel Rouzière, défunt directeur du théâtre du Palais-Royal, s'y est essayé par deux fois. Mais à l'époque, la scène de la backroom a refroidi les têtes d'affiche
à qui l'on a proposé le rôle d'Arnold. Après, il y a eu le film...

Comment s'est passée l'adaptation ?
Un bonheur ! Même s'il a fallu couper les redites : les trois pièces ayant été écrites et jouées une à une avant d'être réunies sous le titre Torch Song Trilogy, il y avait chaque fois des rappels. J'ai aussi inséré quelques clins d'œil au film, dont la structure diffère quelque peu des pièces d'origine.

Heureux d'avoir atteint votre objectif ?
Et comment ! D'autant que cette pièce n'a pas pris une ride. À la fin des années soixante-dix - c'est de la prémonition -, Fierstein abordait alors des sujets qui font aujourd'hui la "Une" des journaux, comme l'adoption par les gays.

L'auteur : Harvey Fierstein
Né à Brooklyn en juin 1954, il commence sa carrière en 1971 dans Pork, l'unique pièce d'Andy Warhol. La consécration viendra rapidement, avec Torch Song Trilogy, récompensée par deux Tony Awards - meilleur acteur, meilleur auteur. Il a aussi écrit le livret de la comédie musicale La Cage aux folles qui connaîtra le succès malgré son côté militant. Il a tourné notamment dans Independence Day, Mrs Doubtfire, a joué pour la série Cheers et triomphé dans la comédie musicale Hairspray.

La pièce :
Ces trois grandes "chansons réalistes" (Torch Song) réunies en une seule pièce, retracent environ six ans de la vie d'Arnold, un drag queen professionnel haut en couleur, au moment de sa rencontre avec Ed, prof de lycée, incapable de s'assumer. Leur relation tourne court, laissant la place à Alan et à une période heureuse, avant que ce dernier ne soit assassiné. Ed se sépare alors de sa femme et retrouve Arnold devenu le père adoptif d'un garçon de 15 ans. Malgré ce contexte, les retrouvailles d'Arnold et de sa mère demeurent très conflictuelles.

La distribution :
Éric Guého, Frédéric Chevaux, Rosine Cadoret, Brigitte Guedj, Firmin David, Thomas Maurion, Jean-Philippe Maran. Musicien : Étienne Lemoine. Assistante à la mise en scène : Valérie Drevon.
Dossier par Philippe Escalier
Paru le 03/09/2005

-
Haut