Interview par Jeanne Hoffstetter
Daniel Benoin
met en scène "Ubu Roi", au théâtre de Paris
Écrite en 1896, la pièce d'Alfred Jarry fait scandale et inspire depuis les metteurs en scène. Daniel Benoin, directeur du théâtre Anthéa, sans y toucher l'adapte à notre monde.
Qu'aviez-vous en tête en choisissant de monter "Ubu Roi", bien que l'affiche annonce clairement la couleur ?
Pour moi un artiste se doit de parler du monde d'aujourd'hui, quel qu'il soit. Et donc j'ai décidé de monter "Ubu" en me demandant ce qu'est le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Celui des politiques, de la fin de la démocratie au profit de la technocratie etc. Comme je n'ai pas trouvé un auteur vivant susceptible de répondre à ce que je souhaitais, j'ai relu "Ubu" qui correspondait tout à fait et j'ai décidé de le monter ! C'est vrai que l'affiche est claire ! Quand Ubu dit «Maintenant j'ai la couronne» là c'est la casquette rouge. Mais il n'y a pas de clowneries, c'est très réaliste.
Alors que Jarry voulait forcer le côté clownesque, vous avez donc fait un autre choix ne serait-ce que par celui du comédien.
Oui, c'est d'ailleurs pour ce côté clownesque que la pièce avait très vite été adaptée au théâtre de marionnettes. Mais à chaque fois que j'ai vu "Ubu" j'ai trouvé ça grossier, ce que je voulais éviter. Il y a simplement de petits signes qui marquent vraiment Trump, c'est tout. Oublier le côté burlesque était capital pour que le public ne passe pas son temps à rire et ressorte sans rien. Alors que là je peux vous assurer que ça n'est pas le cas ! Sinon, je tenais à ce qu'André Marcon joue Ubu et c'est une merveille. Quand je fais une mise en scène j'ai absolument tout dans la tête avant de commencer à répéter, c'est très visuel, la lumière, les décors, même s'il faut revoir quelque chose en cours de route, ce qui n'a pas été le cas avec André, on s'est trouvés immédiatement.
La différence d'âge entre Mélanie Page et André Marcon vient appuyer votre propos ...
C'était très important puisque dans ma mise en scène la Mère Ubu est Mélania Trump, il fallait donc un rapport d'âge à peu près similaire. La deuxième chose importante c'est que l'influence de la mère Ubu doit être absolument comparable à l'influence qu'on commence à connaître de Mélania Trump sur son mari.
Créée dans votre théâtre, la pièce a rencontré un grand succès bien qu'il s'agisse d'un des premiers textes de pataphysique pas forcément évident à entendre. L'avez-vous modifié d'une quelconque façon ?
Je m'étais posé la question, d'autant que Jarry pensait en son temps que ce n'était pas grave de le faire, mais en fait je n'ai pas changé un mot et ça n'a pas du tout gêné le public, donc tout va bien !
De quelle manière gérez-vous le nombre incroyable de personnages de la pièce ?
Avec les armées russes, polonaises... j'ai calculé qu'il y avait à peu près 375 000 personnages et moi j'ai 10 comédiens ! Mais la chose fondamentale est que la pièce dure 1heure20 et comporte 44 scènes ! C'est vrai que ce n'est pas simple d'autant qu'il faut toujours garder ce rapport entre le monde d'Ubu et le monde réel, alors pour certaines scènes, j'utilise 5 vidéoprojecteurs, c'est un travail très précis d'images créées pour le spectacle.
Pour moi un artiste se doit de parler du monde d'aujourd'hui, quel qu'il soit. Et donc j'ai décidé de monter "Ubu" en me demandant ce qu'est le monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Celui des politiques, de la fin de la démocratie au profit de la technocratie etc. Comme je n'ai pas trouvé un auteur vivant susceptible de répondre à ce que je souhaitais, j'ai relu "Ubu" qui correspondait tout à fait et j'ai décidé de le monter ! C'est vrai que l'affiche est claire ! Quand Ubu dit «Maintenant j'ai la couronne» là c'est la casquette rouge. Mais il n'y a pas de clowneries, c'est très réaliste.
Alors que Jarry voulait forcer le côté clownesque, vous avez donc fait un autre choix ne serait-ce que par celui du comédien.
Oui, c'est d'ailleurs pour ce côté clownesque que la pièce avait très vite été adaptée au théâtre de marionnettes. Mais à chaque fois que j'ai vu "Ubu" j'ai trouvé ça grossier, ce que je voulais éviter. Il y a simplement de petits signes qui marquent vraiment Trump, c'est tout. Oublier le côté burlesque était capital pour que le public ne passe pas son temps à rire et ressorte sans rien. Alors que là je peux vous assurer que ça n'est pas le cas ! Sinon, je tenais à ce qu'André Marcon joue Ubu et c'est une merveille. Quand je fais une mise en scène j'ai absolument tout dans la tête avant de commencer à répéter, c'est très visuel, la lumière, les décors, même s'il faut revoir quelque chose en cours de route, ce qui n'a pas été le cas avec André, on s'est trouvés immédiatement.
La différence d'âge entre Mélanie Page et André Marcon vient appuyer votre propos ...
C'était très important puisque dans ma mise en scène la Mère Ubu est Mélania Trump, il fallait donc un rapport d'âge à peu près similaire. La deuxième chose importante c'est que l'influence de la mère Ubu doit être absolument comparable à l'influence qu'on commence à connaître de Mélania Trump sur son mari.
Créée dans votre théâtre, la pièce a rencontré un grand succès bien qu'il s'agisse d'un des premiers textes de pataphysique pas forcément évident à entendre. L'avez-vous modifié d'une quelconque façon ?
Je m'étais posé la question, d'autant que Jarry pensait en son temps que ce n'était pas grave de le faire, mais en fait je n'ai pas changé un mot et ça n'a pas du tout gêné le public, donc tout va bien !
De quelle manière gérez-vous le nombre incroyable de personnages de la pièce ?
Avec les armées russes, polonaises... j'ai calculé qu'il y avait à peu près 375 000 personnages et moi j'ai 10 comédiens ! Mais la chose fondamentale est que la pièce dure 1heure20 et comporte 44 scènes ! C'est vrai que ce n'est pas simple d'autant qu'il faut toujours garder ce rapport entre le monde d'Ubu et le monde réel, alors pour certaines scènes, j'utilise 5 vidéoprojecteurs, c'est un travail très précis d'images créées pour le spectacle.
Paru le 25/10/2026
(20 notes) THÉÂTRE DE PARIS Jusqu'au dimanche 25 octobre
COMÉDIE DRAMATIQUE RÉPERTOIRE CLASSIQUE. Ubu est un homme lâche, avare, brutal, grotesque. Poussé par la Mère Ubu, il décide de prendre le pouvoir sans partage. Il ne conquiert pas : il écrase. Il ne gouverne pas : il confisque. Il exerce son autorité avec la délicatesse d’un char d’assaut, dans une violence à la fois absurde et méthodiq...
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