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© Alejandro Guerrero
Zoom par Philippe Escalier
Encore une Marilyn (mais cette fois-ci la vraie !)
À l’Essaïon

Cent ans après la naissance de Norma Jeane, une comédienne, un guitariste et une malle de robes rendent à la star sa voix et son histoire.
Encore une Marilyn (mais cette fois-ci la vraie !) a connu une générale mémorable le 14 septembre 2026 au Théâtre Grévin, à quelques mètres seulement de l'effigie en cire de la star. Sophie Forte y entreprenait de rendre à Norma Jeane Mortenson ce que le siècle a pris à Marilyn Monroe. La proposition reprend le 2 octobre à l'Essaïon, rue Pierre-au-Lard.
L'année s'y prêtait. Née le 1er juin 1926 à l'hôpital général de Los Angeles, Marilyn aurait eu cent ans au printemps dernier, et l'anniversaire a remis en marche la machine à commémorer, documentaires, rééditions, ventes aux enchères. L'auteure emprunte une autre voie, celle du récit à la première personne. Une heure vingt durant, la star raconte sa vie elle-même, avec ses mots, ses robes et ses chansons.


Norma Jeane avant Marilyn

Les faits sont rudes et la pièce les prend de front. Gladys Pearl Baker, la mère, monteuse dans les studios, sombre et se voit internée. L'enfant passe de famille d'accueil en famille d'accueil, connaît l'orphelinat de Los Angeles, subit vers neuf ans des agressions sexuelles dont elle parlera plus tard, et se marie à seize, le 19 juin 1942, avec James Dougherty, un voisin de vingt et un ans, ce qui lui épargne un nouveau placement. La blonde qui fera rêver l'Amérique a d'abord été une enfant que personne ne réclamait.

Sophie Forte raconte cela d'une plume alerte, et Alice d'Arceaux le joue avec une gaieté qui rend les faits plus tranchants encore. Le procédé tient du contrepoint musical, la mélodie sourit pendant que la basse raconte autre chose.Ce que l'on croit savoir, ce que l'on sait

Voilà le vrai sujet, et le bémol qu'il faut poser. La blonde écervelée est une invention de studio, entretenue par les photographes et confirmée par un demi-siècle de cartes postales. Les archives disent autre chose. En janvier 1955, Marilyn fonde avec le photographe Milton Greene la Marilyn Monroe Productions, quitte la Californie pour New York, travaille auprès de Lee Strasberg à l'Actors Studio, et revient en décembre 1955 signer avec la Fox un contrat de sept ans, cent mille dollars par film et surtout un droit d'approbation sur les scénarios, les réalisateurs et les directeurs de la photographie. Peu d'actrices de son temps ont arraché pareille liberté artistique à un studio.
Sur la fin, la documentation se fait plus mince et la légende en profite. Elle meurt dans la nuit du 4 au 5 août 1962, à trente-six ans, dans sa maison de Brentwood, et le rapport du coroner du comté de Los Angeles conclut à un suicide probable, formule prudente que soixante ans de littérature ont recouverte d'hypothèses. L'anniversaire chanté à John Fitzgerald Kennedy le 19 mai 1962 au Madison Square Garden a nourri une liaison que les archives laissent à l'état de rumeur. La pièce s'arrête au seuil de ces disputes, ce qui est la meilleure façon de rester honnête avec son personnage. Le titre annonce la vraie Marilyn, il tient parole en se tenant aux faits établis.


Encore une Marilyn, deux portants et une guitare

Le dispositif est d'une sobriété assumée. Les robes tiennent lieu de décor et de chapitres, la rose de Niagara, la rouge des Hommes préfèrent les blondes, la blanche de Sept ans de réflexion, le jean et le chemisier de Rivière sans retour, le pull du Milliardaire, la tenue du Mocambo, et pour finir la robe d'anniversaire du 19 mai 1962. Chaque costume ouvre une séquence, chaque séquence appelle une chanson, Diamonds Are a Girl's Best Friend, River of No Return, My Heart Belongs to Daddy, I Wanna Be Loved by You, portées par la guitare seule et par une voix qui joue avec le timbre de l'original tout en gardant le sien.

L'autrice a trouvé la bonne distance avec une mise en abyme franche. La comédienne s'adresse au public en son nom d'actrice, commente le rôle qu'elle endosse, puis y entre en une phrase. Le spectateur voit le maquillage se faire et se défaire, ce qui est exactement le sujet. Sophie Forte connaît ce terrain. Elle a signé Dolto, lorsque Françoise paraît, créé au Théâtre Lepic en 2020 et repris depuis en tournée. Elle a également écrit Le Chaman et moi, que mettait en scène Éric Bouvron en 2017. La production est assumée par Les Passionnés du Rêve, la compagnie d'Éric Bouvron, Molière du théâtre privé en 2016 pour Les Cavaliers d'après Joseph Kessel, maison qui a fait du plateau nu et du conteur sa signature.


Alice d'Arceaux, Guillaume Nocturne

Alice d'Arceaux porte la proposition du premier au dernier instant. On l'a vue au printemps 2026 au Théâtre de Poche-Montparnasse dans Le Mystère de la charité de Jeanne d'Arc de Charles Péguy, et on la retrouve dans le rôle de Caroline pour Petites Misères de la vie conjugale d'après Honoré de Balzac. De Jeanne à Marilyn, le fil est plus tendu que l'on ne croit, deux jeunes femmes que leur siècle a changées en images avant de les brûler. Elle a le sourire de la star et le regard de la petite fille, elle passe de l'un à l'autre en une réplique, et sa manière de chanter I Wanna Be Loved by You en le prenant au mot vaut toutes les analyses.

Guillaume Nocturne tient la guitare, signe les compositions et incarne tous les autres rôles, les maris, les producteurs, les voix qui décidaient pour elle. Il les campe d'un chapeau et d'une inflexion, avec une drôlerie sèche qui accélère le récit. Musicien de plateau autant que comédien, on l'a vu dans Mademoiselle, Gabrielle Chanel en 2024 et dans Le Dindon en 2021. Alexandre Bierry alterne avec lui dans la même partition, guitare comprise.


La femme qui lisait

En 2010, le Seuil publiait Fragments, recueil des poèmes, notes et lettres retrouvés dans les papiers de Marilyn, préfacé par Antonio Tabucchi. On y découvre une femme qui écrit, doute, se relit, une insomniaque qui note ses rêves et ses colères. C'est cette voix que l'Essaïon fait entendre pendant une heure vingt, et que l'on emporte en remontant les marches du théâtre. Le musée Grévin garde la cire. La rue Pierre-au-Lard rend la parole.
Paru le 18/09/2026

(1 notes)
ENCORE UNE MARILYN - Mais cette fois-ci la vraie !
THÉÂTRE ESSAÏON
Jusqu'au samedi 3 avril 2027

SPECTACLE MUSICAL. Encore une Marilyn, oui, mais celle-ci raconte sa vie en humour, musique et danse, accompagnée d’un guitariste qui incarne tous les autres rôles. Née d’une idée d’Alice, nous avons créé un conte musical tragi- comique, sans décor, mais avec costumes et accessoires. Marilyn raconte sa vie, mêlant h...

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