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D.R.
Zoom par Patrick Adler
J’espère que nos enfants iront mieux que nous
À la Pépinière

Auréolé de ses deux Molières, c'est dire si Rudy Milstein jouait gros, surtout au vu de son anxiété naturelle. Le deuxième Opus serait-il donc aussi réussi que le premier ?
La réponse est Ouiiiiiii ! Absolument, absolument... comme dirait feue Sylvie Joly. D'aucuns objecteront sûrement que c'est encore un brin bobo-Parisien, voire dirigé pour les CSP+. Pas faux, mais... c'est drôle, inventif, incisif, acide, dans l'air du temps, habilement mis en scène et la distribution est vraiment au cordeau ! C'est donc la chronique d'un succès annoncé.
Comme dans « La Vie est un long fleuve tranquille », Rudy Milstein qui apparemment, lui aussi, un désir de paternité, va s'intéresser aux naissances, à la fertilité, posant la question très actuelle du risque de procréer dans un monde insécure, convoquant l'horloge biologique (dans sa pièce, l'une peut, l'autre pas) et l'enjeu social représenté par l'enfant grandissant (HPI ou pas ?) comme la difficulté à gérer la famille, le tout sur fond de névrose et de toxicité. Et, comme dans le film de Chatillez, il va être question de bébés échangés. Pas par vengeance, cette fois, mais parce que les résultats d'un test génétique prédictif sont très inquiétants. Conséquences en catastrophe...

Il vous faudra plus d'une heure pour voir le secret éventé mais quel bonheur de voir ces deux couples bobos se mentir, user de subterfuges, faire comme si de rien n'était. Entre Marie la névrosée (Ariane Mourier) et sa « meilleure ennemie » de trente ans (Anne Marivin), la compétition est engagée. Quand l'une pond à l'envi et sans effort - sans envie non plus -, l'autre rame, déprime, d'autant que son mari (Nicolas Lumbreras), parangon de lâcheté, n'est en rien rassurant et soigne son ennui dans le polyamour ou les « coups » d'un soir. L'autre mari (Erwan Téréné) ne l'est pas davantage, croulant sous le travail et subissant sans broncher les injonctions hystériques de sa femme qui, même si elle affirme être épanouie dans son couple, se laisserait bien tenter par l'aventure adultérine. Pour l'heure, elle n'en est qu'aux balbutiements, à l'admiration béate d'un supérieur aux méthodes pourtant peu orthodoxes en termes de management, voire sadiques. Mais, chez ces gens-là, les bobos, on a tôt fait de s'arranger avec ses principes...
L'arrivée du bébé chez le couple prétendu infertile va changer la donne et surtout les rapports dans ce quatuor infernal. Après des mois de distance, les retrouvailles, les jeux de société pour l'ambiance et surtout un jeu (de la vérité ?) de massacre jubilatoire qui va nous offrir un « climax » délirant.

Woody Allen a trouvé en France une parentèle en Rudy Milstein qui n'a pas son pareil pour traquer et représenter sur scène les névroses qu'il transforme en éclats de rires du début à la fin. Il faut dire que le casting est de très haute volée : l'énergie folle déployée par les formidables Anne Marivin et Ariane Mourier contraste avec la mollesse assumée du jeu de Nicolas Lumbreras et Erwan Téréné, tout aussi convaincants, ce qui renforce l'effet comique. Et l'irruption de la candide Maeva Pinto Lopes, l'infirmière hors-sol de la pièce, comme du clarinettiste Antoine Sibelle - seul lien entre les couples - ajoute à l'aspect lunaire de l'ensemble. Une chose est désormais acquise : si vous avez quelques angoisses, vous irez mieux en allant voir cette pièce !
Paru le 02/09/2026

(5 notes)
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