Zoom par Patrick Adler
La solitude d’un acteur de peep show avant son entrée en scène
A la Manufacture des Abbesses
En reprenant cette pièce, jouée plus de 600 fois par l'auteur belge Paul Van Mulder, Loris Freeman, aidé à la mise en scène par l'excellent Thierry Harcourt, en fait un objet théâtral insolite et captivant de bout en bout. Si le sujet est à priori non-concernant, il revêt grâce à l'interprétation magistrale de Loris Freeman une puissance hors du commun et nous renvoie à notre propre humanité par le questionnement, les doutes, la soif de reconnaissance et tout simplement cette soif inextinguible d'amour qui traversent la pièce. Du Grand Art !
Il déploie sa silhouette longiligne sur scène, se déshabille posément, avec pudeur et élégance. Après avoir remisé ses affaires en coulisses, il revient, vêtu d'un seul peignoir. Il va parler. Une heure durant. Sans discontinuer. Sauf pendant les respirations qu'il s'accorde en dansant. La voix est grave, le propos aussi. Bienvenue chez cet Ulysse des temps modernes, apprêtez-vous à vivre un voyage hors du commun !
Si l'homme affiche une plastique enviable, si narcissiquement qu'on pourrait l'imaginer comblé dans ce jeu de miroirs où il opère chaque jour et où, dans le noir, il devient le point central, le focus des voyeurs venus, quinze minutes durant, assister à ses « happenings », est-il pour autant heureux ? Il s'interroge. Où est sa place dans ce monde interlope qu'il n'a pas d'emblée choisi et qui le contraint davantage chaque jour ? Tout est allé si vite. Le hasard d'une rencontre. Il s'est pris au jeu, au jeu de l'argent facile qui étourdit autant qu'il inquiète. Il a cru un temps combler sa solitude car ce devait être « un boulot qui ne fait pas travailler la tête » (sic). Là, ça tourne à la névrose. Notre Ulysse n'aura de cesse de combattre contre l'indifférence, pour la reconnaissance et la dignité.
Le jeu de Loris Freeman oscille entre douceur et colère dans ce texte brillant où le verbe est cru mais jamais vulgaire. L'homme est juste sincère et le public, pris à témoin et engagé plus que jamais dans son voyage le suit, adhère à ses propos, à ses joies comme à ses peurs, compatit, souffre avec lui, allant jusqu'à excuser ses accès de violence quand la soupape explose. Pourquoi l'a-t-on forcé à apparaître seul cette fois et pas avec sa partenaire face à un homme qui l'a « privatisé » ? Jusqu'où peut-on accepter d'être un homme-objet ? Pourtant cet homme, il le connait ou plutôt il l'a rencontré. Juste une fois. Un fan. Un habitué du peep-show qui l'a ému, à qui il a même accordé une étreinte quand il lui a parlé. Il est comme ça, Ulysse, il aime donner. Comme à cette fille rencontrée dans une boite gay à qui il va offrir attention et plaisirs, sans être remercié en retour, en étant même humilié. L'ingratitude du monde ! Chez cette Ulysse, il n'y a pas de Pénélope pour l'attendre. Juste le souvenir d'une mère aimante qui face à ce fils aussi beau, ce Don Juan, jouait les Cassandre et augurait toujours le pire.
Cette mise à nu cérébrale fait de cette histoire « baroque » un événement théâtral. Il fallait sans doute un homme d'exception comme le charismatique Loris Freeman pour l'interpréter. Il a été danseur, reporter de guerre, comédien dans une série populaire (« Demain nous appartient »). Tout le monde n'a pas la chance d'avoir eu, si jeune, autant de vies. Le résultat est là : il est juste magistral, digne et beau, ce qui le rend magnétique aux yeux du public qui ne tarit pas d'éloges à chacune de ses sorties de scène. Thierry Harcourt, le metteur en scène, a su allier pudeur, violence et poésie , ajoutant avec bonheur de la chorégraphie dans cette pièce qui est un des événements inattendus de cette rentrée. Chapeau, Messieurs !
Si l'homme affiche une plastique enviable, si narcissiquement qu'on pourrait l'imaginer comblé dans ce jeu de miroirs où il opère chaque jour et où, dans le noir, il devient le point central, le focus des voyeurs venus, quinze minutes durant, assister à ses « happenings », est-il pour autant heureux ? Il s'interroge. Où est sa place dans ce monde interlope qu'il n'a pas d'emblée choisi et qui le contraint davantage chaque jour ? Tout est allé si vite. Le hasard d'une rencontre. Il s'est pris au jeu, au jeu de l'argent facile qui étourdit autant qu'il inquiète. Il a cru un temps combler sa solitude car ce devait être « un boulot qui ne fait pas travailler la tête » (sic). Là, ça tourne à la névrose. Notre Ulysse n'aura de cesse de combattre contre l'indifférence, pour la reconnaissance et la dignité.
Le jeu de Loris Freeman oscille entre douceur et colère dans ce texte brillant où le verbe est cru mais jamais vulgaire. L'homme est juste sincère et le public, pris à témoin et engagé plus que jamais dans son voyage le suit, adhère à ses propos, à ses joies comme à ses peurs, compatit, souffre avec lui, allant jusqu'à excuser ses accès de violence quand la soupape explose. Pourquoi l'a-t-on forcé à apparaître seul cette fois et pas avec sa partenaire face à un homme qui l'a « privatisé » ? Jusqu'où peut-on accepter d'être un homme-objet ? Pourtant cet homme, il le connait ou plutôt il l'a rencontré. Juste une fois. Un fan. Un habitué du peep-show qui l'a ému, à qui il a même accordé une étreinte quand il lui a parlé. Il est comme ça, Ulysse, il aime donner. Comme à cette fille rencontrée dans une boite gay à qui il va offrir attention et plaisirs, sans être remercié en retour, en étant même humilié. L'ingratitude du monde ! Chez cette Ulysse, il n'y a pas de Pénélope pour l'attendre. Juste le souvenir d'une mère aimante qui face à ce fils aussi beau, ce Don Juan, jouait les Cassandre et augurait toujours le pire.
Cette mise à nu cérébrale fait de cette histoire « baroque » un événement théâtral. Il fallait sans doute un homme d'exception comme le charismatique Loris Freeman pour l'interpréter. Il a été danseur, reporter de guerre, comédien dans une série populaire (« Demain nous appartient »). Tout le monde n'a pas la chance d'avoir eu, si jeune, autant de vies. Le résultat est là : il est juste magistral, digne et beau, ce qui le rend magnétique aux yeux du public qui ne tarit pas d'éloges à chacune de ses sorties de scène. Thierry Harcourt, le metteur en scène, a su allier pudeur, violence et poésie , ajoutant avec bonheur de la chorégraphie dans cette pièce qui est un des événements inattendus de cette rentrée. Chapeau, Messieurs !
Paru le 31/08/2026
(9 notes) MANUFACTURE DES ABBESSES Jusqu'au samedi 10 octobre
SEUL(E) EN SCÈNE à partir de 18 ans. Dans l'intimité d'un peep-show, un homme brise le silence pour livrer une confession suspendue entre douceur et éclats de violence. Ce qui débute comme l'aveu d'un être qui n'a rien à dire se mue en une quête éperdue de dignité et de reconnaissance. Sa parole, véritable bouée lancée contre le non-...
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