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D.R.
Spécial Avignon par Patrick Adler
A la folie
Factory Teinturiers, à 14h25

On peut aimer « A la folie »... ou pas du tout, comme quand on sépare les pétales d'une marguerite. Si le sujet n'est pas sexy, si le traitement va à l'essentiel (pas de décor, juste une table, quelques chaises, un portant avec quelques effets vestimentaires), le jeu et le ton, d'une grande justesse, en disent long sur l'état de la psychiatrie. On en ressort forcément choqués mais au moins informés. Caroline Loeb se veut citoyenne, lanceuse d'alerte. On l'aime pour cela. De toutes les matières, c'est le droit qu'elle préfère...
L'ambiance est glauque, la frontière ténue entre les patients et les soignants qui, d'ailleurs, voient leurs rôles régulièrement inversés dans la pièce, ce qui accentue le malaise, brouille les certitudes. Et si tout un chacun balançait du jour au lendemain dans la folie ? La psychiatrie vue par Joy Sorman et adaptée à la scène par Caroline Loeb se veut naturaliste, sans effets de manches. Cash. L'univers est sédaté, les gestes lents, c'est un monde anesthésié qui vit à deux à l'heure, se répète, s'invente, car il y a beaucoup de poésie chez les « soignés ». On ne cherche ni à magnifier, ni à caricaturer. Le réel se suffit. Et on reçoit cette leçon en pleine poire.

Les saynètes s'égrènent et du malaise ambiant naît la compassion pour les soignés qui, hagards, tordus par la vie, trouvent qui une colère, qui un fantasme pour s'exprimer, pour exister et pour les soignants, désemparés, à l'écoute, qui donnent à l'envi soins, attention, amour. La psychiatrie, c'est du vivant, c'est du concret et surtout beaucoup d'amour. A la solitude des uns répond la détresse des autres. Servie par une distribution de haut vol (Claire Nebout, Mourad Boudaoud, Gigi Ledron, excusez du peu !), la pièce, qui ne se veut en rien moralisatrice mais juste sincère, nous renvoie le miroir de cette société qui a failli à sa tâche. Se dire qu'une journée en prison coûte bien moins cher qu'une journée à l'hôpital... Ca en dit long sur le calendrier des urgences.

Alors, après les chorégraphies élégantes qui auront su émailler le propos et le rendre plus léger, l'œil averti de Caroline Loeb conclura par un chant choral subtil signé Pascal Mary et un appel à pétitionner pour sauver notre psychiatrie. Un petit air de « Libéré, délivré » qui, hélas, n'a rien d'une comédie. A voir !
Plus d'informations : www.la-factory.org/a-la-folie/
Paru le 22/07/2026