Spécial Avignon par Patrick Adler
La promesse de l’aube
A la Factory Teinturiers à 13h10
En faisant une petite infidélité à son auteur fétiche : Molière, et en s'attaquant à ce livre-monument du patrimoine français, nul doute qu'il revêt une résonnance particulière pour Tigran Mekhitarian qui endosse ici l'habit du « fils de » avec intelligence, agilité et talent. Y aurait-il, au fond, une similitude entre l'histoire de Romain Gary et celle de Tigran ?
Ils sont trois, trois seulement sur scène pour ouvrir ce livre et raconter l'histoire extraordinaire de cet amour fou d'une mère pour son fils. Quand le récit devient épopée, que le public ressent ce besoin crucial de ne pas en perdre une miette, d'autant qu'il rit, pleure, vibre à chaque séquence, on se dit, une fois encore, que Tigran a ce don de rendre accessibles les œuvres et que cet art de la pédagogie - inné chez lui - devrait inciter chacun à lire ou relire les classiques.
Mué sur scène en narrateur qui joue le fils face à sa mère (époustouflante Delphine Husté), tout est crédible et d'une telle fluidité qu'on se sent à tout moment concerné. Qui n'a pas connu les projections parfois abracadabrantesques de ses parents pour son avenir ? Chez la mère de Romain - presque une caricature de « mère juive », bien qu'elle soit arménienne - tout est accentué. Le ton, l'accent, le volume - elle monte souvent à l'octave -, elle voit grand pour son fils : il quittera le plancher des vaches (maigres) de Lituanie, épousera la France, fera de grandes études, sera un grand écrivain, aura un poste aux Affaires Etrangères... Elle se donnera corps et âme pour sa progéniture, sur-aimant « la chair de sa chair », sans se soucier s'il n'étouffe pas. Un peu. Beaucoup. Passionnément.
Car, comment ne pas être ébahi, comment ne pas recevoir autant d'amour sans se sentir redevable, sans se poser la question du pourquoi, du comment. Etre l'élu, surtout d'une telle mère, oblige. D'autant qu'elle a, quoi qu'il arrive, la solution à tout, qu'elle n'hésite pas à pousser les portes, à hausser le ton, faire montre d'autorité pour imposer son fils...jusqu'à son dernier souffle puisque, à sa grande surprise, il entrera au Ministère des Affaires Etrangères. Elle aura œuvré en silence, sans rien lui dire. De même qu'en recevant ses lettres, il ne pouvait imaginer qu'elle serait passée de vie à trépas depuis trois ans. Elle aura diligenté quelqu'un pour les lui adresser.
« Sublime, forcément sublime », pour paraphraser Marguerite Duras. C'est merveilleux de bout en bout, servi par une distribution impeccable. Tigran Mekhitarian, Delphine Husté (drôlissime et émouvante en mère extravagante) sont largement à la hauteur de ce puissant hommage aux mères sacrificielles, rejoints avec bonheur par le musicien Léonard Stefanica qui endosse les autres rôles et signe les compositions musicales, apportant ainsi douceur et poésie à ce récit qui magnifie l'émancipation, l'éducation, l'abnégation. Le ton presque monocorde, le phrasé très « oriental » de Tigran imposent une musicalité envoûtante qui trouvent leur pendant dans les envolées aussi véhémentes que burlesques de Delphine et se noient avec bonheur dans l'accompagnement musical de Léonard. Ajoutez à cela quelques anachronismes comme l'ordinateur ou les clins d'œil au foot et vous avez une œuvre résolument moderne, une parenthèse heureuse pour le public.
« Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes », écrivait Gary.
Pour Tigran Mekhitarian, qui affiche avec sérénité la petite trentaine, se sentir aimé autant lui donne des ailes. La preuve ? Il est sur tous les fronts, a une rentrée théâtrale bien remplie et s'attaque déjà à un nouvel opus : » la vie devant soi ». Waouh !
Courez voir ce petit chef-d'œuvre. Un conseil néanmoins : il est prudent de réserver.
Mué sur scène en narrateur qui joue le fils face à sa mère (époustouflante Delphine Husté), tout est crédible et d'une telle fluidité qu'on se sent à tout moment concerné. Qui n'a pas connu les projections parfois abracadabrantesques de ses parents pour son avenir ? Chez la mère de Romain - presque une caricature de « mère juive », bien qu'elle soit arménienne - tout est accentué. Le ton, l'accent, le volume - elle monte souvent à l'octave -, elle voit grand pour son fils : il quittera le plancher des vaches (maigres) de Lituanie, épousera la France, fera de grandes études, sera un grand écrivain, aura un poste aux Affaires Etrangères... Elle se donnera corps et âme pour sa progéniture, sur-aimant « la chair de sa chair », sans se soucier s'il n'étouffe pas. Un peu. Beaucoup. Passionnément.
Car, comment ne pas être ébahi, comment ne pas recevoir autant d'amour sans se sentir redevable, sans se poser la question du pourquoi, du comment. Etre l'élu, surtout d'une telle mère, oblige. D'autant qu'elle a, quoi qu'il arrive, la solution à tout, qu'elle n'hésite pas à pousser les portes, à hausser le ton, faire montre d'autorité pour imposer son fils...jusqu'à son dernier souffle puisque, à sa grande surprise, il entrera au Ministère des Affaires Etrangères. Elle aura œuvré en silence, sans rien lui dire. De même qu'en recevant ses lettres, il ne pouvait imaginer qu'elle serait passée de vie à trépas depuis trois ans. Elle aura diligenté quelqu'un pour les lui adresser.
« Sublime, forcément sublime », pour paraphraser Marguerite Duras. C'est merveilleux de bout en bout, servi par une distribution impeccable. Tigran Mekhitarian, Delphine Husté (drôlissime et émouvante en mère extravagante) sont largement à la hauteur de ce puissant hommage aux mères sacrificielles, rejoints avec bonheur par le musicien Léonard Stefanica qui endosse les autres rôles et signe les compositions musicales, apportant ainsi douceur et poésie à ce récit qui magnifie l'émancipation, l'éducation, l'abnégation. Le ton presque monocorde, le phrasé très « oriental » de Tigran imposent une musicalité envoûtante qui trouvent leur pendant dans les envolées aussi véhémentes que burlesques de Delphine et se noient avec bonheur dans l'accompagnement musical de Léonard. Ajoutez à cela quelques anachronismes comme l'ordinateur ou les clins d'œil au foot et vous avez une œuvre résolument moderne, une parenthèse heureuse pour le public.
« Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ça vous donne de mauvaises habitudes », écrivait Gary.
Pour Tigran Mekhitarian, qui affiche avec sérénité la petite trentaine, se sentir aimé autant lui donne des ailes. La preuve ? Il est sur tous les fronts, a une rentrée théâtrale bien remplie et s'attaque déjà à un nouvel opus : » la vie devant soi ». Waouh !
Courez voir ce petit chef-d'œuvre. Un conseil néanmoins : il est prudent de réserver.
Plus d'informations : www.la-factory.org/la-promesse-de-laube/
Paru le 21/07/2026




